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POUR NE PAS OUBLIER

Rappel sur le terrorisme transfrontalier émanant du Pakistan


(2ème partie)


par B. RAMAN

Traduction de l'article Lest We Forget publié dans l'hebdomadaire indien Outlook en février 2002.

(Traduit de l’anglais par Olivier Danino)


 

Depuis le 11 septembre 2001

     Le Jaish-e-Mohammad (JeM) a rejoint le Front Islamique International de ben Laden. Un grand nombre de cadres « militaires » du Harkat-ul-Mujahideen (HuM), du Lashkar-e-Toiba (LeT), du JeM, du Sipah-e-Sahaba Pakistan (SSP), et du Tehrik-e-Nifaz-e-Shariat-e-Mohammadi (TNSM), une organisation extrémiste des régions tribales du Pakistan voisines de la Ligne Durand [1], se sont infiltrés en Afghanistan avec la complicité des services de renseignement militaires pakistanais (Inter-Services Intelligence - ISI) et ont combattu aux côtés des Talibans et de l'Al Qaida contre l'Alliance du Nord et la coalition menée par les USA, subissant de lourdes pertes. Le « Herald » de décembre 2001 a estimé le nombre des Pakistanais appartenant à ces organisations et portés disparus à plus de 6000, mais d'autres rapports indépendants attestent qu'au moins 8000 Pakistanais membres de ces organisations furent tués par les frappes aériennes américaines ou dans les combats contre l'Alliance du Nord. Les survivants sont depuis retournés au Pakistan avec une fureur accrue contre les USA et l'Inde due aux pertes qu'ils ont subies et à l'humiliation écrasante qu'ils ont reçue des Afghans après l'effondrement des Talibans. La récente interdiction du LeT et du JeM prononcée par Musharraf [2] avait surtout pour but d'empêcher une réaction en retour de ces mouvements contre les USA et l'appareil militaire pakistanais sur le territoire pakistanais, plutôt que d'empêcher des attentats terroristes qu'ils pourraient commettre contre l'Inde.

     Les opérations militaires et para-militaires menées par la coalition en Afghanistan ont confirmé certains faits qui étaient déjà connus de l'Inde auparavant, mais n'étaient pas reconnus par le reste du monde. Entre autres :

- La large participation pakistanaise, officielle et officieuse, dans la mise en place non seulement du régime Taliban, mais aussi d'autres infrastructures terroristes en Afghanistan.

- Le rôle du HuM dans le détournement d'un avion d' Indian Airlines en décembre 1999. Des documents en rapport avec ce fait furent retrouvés dans une cache abandonnée du HuM à Kaboul.

- La présence d' « éléments voyous » au sein de la communauté scientifique pakistanaise, dans des domaines en rapport avec les armes de destruction massive (ADM), éléments qui avaient des liens avec les extrémistes religieux. La révélation de l'existence de contacts entre certains de ces scientifiques et le réseau terroriste de ben Laden a peut-être été une surprise désagréable pour le reste du monde, mais pas pour les analystes indiens informés. Les scientifiques actifs ou à la retraite d'un département aussi sensible que celui du nucléaire sont sous surveillance constante de l'ISI, afin d'empêcher tout contact indésirable avec des étrangers, et, comme le « Herald » de décembre 2001 le fit remarquer, ils n'auraient pas pu établir de contacts avec les Talibans et l'Al Qaida sans la connaissance ou la complicité de l'ISI. L'arrestation et le procès en cour martiale, en 1995, d'un groupe de fanatiques religieux de l'armée pakistanaise, dirigé par le Major Général Zaheer-ul-Islam Abbasi, a mis en lumière le degré de la pénétration d'extrémistes religieux dans les bas et moyens échelons de la hiérarchie des services de renseignements de l'armée pakistanaise, et ce depuis l'époque de Zia-ul-Haq [3], mais les avertissements concernant une semblable pénétration de la communauté scientifique responsable des ADM n'ont pas reçu, du reste du monde, toute l'attention qu'ils méritaient.

- Les contacts louches du Dr Abdul Qadir Khan, père de la bombe atomique pakistanaise, avec l'Irak étaient bien connus, et apparemment suivis de près par les Occidentaux, mais d'autres éléments voyous de la communauté scientifique ne furent pas repérés. Après le 11 septembre, les discussions dans les medias occidentaux sur les dangers possibles liés à la capacité pakistanaise de développer des ADM se sont concentrées sur le risque d'une prise de contrôle de cette capacité par Al Qaida et d'autres groupes terroristes. Le danger ne vient pas seulement d'une prise de contrôle clandestine par des terroristes, mais tout autant des scientifiques voyous qui satisfont volontiers et délibérément les exigences des terroristes et des extrémistes religieux.

- Les plans conçus par des organisations terroristes telles que le HuM pour amener la djihad sur le territoire américain en recrutant et formant non seulement des membres de la diaspora pakistanaise aux USA et au Canada, mais aussi des Américains « de souche ». Ces recrutements et entraînements se pratiquaient au moins depuis 1995, la plupart des recrues américaines étant des noirs américains qui se sentaient aliénés de l'establishment et de la société américains. L'auteur de ces lignes avait, en 2000, attiré l'attention sur les plans et les tentatives de ces éléments pour amener la djihad aux USA. L'arrestation annoncée, à Mazar-e-Sharif d'un Américain blanc converti à l'Islam et à l'idéologie Taliban/Al Qaida a montré que ces terroristes ont réussi à gagner des partisans pour leur djihad contre les USA, ce non seulement au sein de la communauté pakistanaise aux USA et parmi les « afro-américains », mais aussi parmi les blancs. Combien de ces recrues entraînées au terrorisme fonctionnent-elles comme agents dormants et complices sur le territoire américains et quel rôle, s'il y en a un, ont-elles pu jouer dans l'élaboration des attentats du 11 septembre et dans les alertes à l'anthrax qui suivirent, sont des questions qu'il faut examiner sérieusement afin d'empêcher un autre 11 septembre.

     Si l'on fait le bilan de la « guerre » contre le terrorisme à ce jour, la question la plus importante est de savoir combien de ces étrangers pakistanais et non-pakistanais ont réussi à survivre et où ils se trouvent maintenant. C'est de ces survivants que nombre des menaces à venir sur la sécurité de l'Inde, des USA, de la Russie et d'autres pays peuvent venir. Une autre question tout aussi importante est de savoir ce qu'il va advenir du Mollah Mohammad Omar, l'émir des Talibans, et de ben Laden et son groupe d'« experts ».

     Alors qu'il est probable que quelques-uns - voire beaucoup - de ces survivants se soient peut-être dispersés dans les montagnes et la campagne afghanes et se fassent oublier pour le moment, des informations fiables provenant du Pakistan laissent penser qu'un grand nombre de ces survivants ont pu entrer au Pakistan avec la complicité de membres actifs ou retraités des services de renseignements pakistanais, qu'ils ont trouvé refuge au FATA [4], dans les zones tribales sous administration régionale (PATA), de la Province de la Frontière du Nord-ouest (NWFP), ainsi que dans les mosquées et madrasas, qui ont fourni des recrues à ces organisations - particulièrement au complexe de Binori, à Karachi et dans d'autres lieux de la NWFP et à Lahore. L'ISI garde constamment ces trois complexes de mosquées/madrasas, parmi les principaux du Pakistan, sous stricte surveillance et donc ils n'auraient pas pu s'y abriter sans que l'ISI en ait connaissance, ou même n'en soit complice.

     Il a été signalé que presque tous les chefs Talibans avaient trouvé refuge dans les mosquées/madrasas au NWFP et au Balouchistan. Les membres survivants du « groupe d'experts » du Front Islamique International de ben Laden sont, selon les rapports, passés au FATA, qui est pour eux l'endroit le plus sûr au monde. Des rumeurs courent, au FATA, que ben Laden y est aussi, mais ceci reste à confirmer.

     Les attentats perpétrés par les organisations djihadistes pakistanaises contre l'Assemblée législative du J&K à Srinagar le 1er octobre 2001, et contre le parlement à New Delhi le 13 décembre 2001 constituent un point de repère important pour les raisons suivantes :

- Ils représentent une attaque non seulement contre la démocratie indienne, mais aussi contre la démocratie telle qu'elle est pratiquée dans tous les pays démocratiques du monde. Les organisations extrémistes pakistanaises, et en particulier le LeT, considèrent la démocratie « à la Westminster » comme anti-islamique dans la mesure où elle ne reconnaît pas la conception que la souveraineté émane de Dieu. Ils considèrent le bon fonctionnement de la démocratie parlementaire en Inde comme une influence corruptrice sur l'esprit du peuple pakistanais.

- L'attentat contre le Parlement [à Delhi] fut une nouvelle preuve de la détermination ce ces organisations à étendre leurs actions terroristes à d'autres parties de l'Inde que le J&K.

- Ces actes étaient le reflet de la colère de l'establishment pakistanais et des organisations djihadis à l'égard de l'Inde, résultant de leur perception de l'aide apportée par l'Inde à l'Alliance du Nord et de l'humiliation infligée aux Pakistanais en Afghanistan. L'attentat contre le Parlement coïncidait avec la visite à New Delhi d'Abdullah Abdullah, le Ministre des Affaires Etrangères du gouvernement provisoire afghan.

- Sous le choc, le monde fut bien obligé d'admettre sans réserve ni ambivalence que l'Inde a bien été victime de terrorisme émanant du territoire pakistanais et qu'elle a le droit légitime de se défendre contre ce terrorisme.

- Ils rendirent indéfendable l'affirmation de Musharraf , jusqu'au 13 décembre 2001, que ces actions étaient menées par des combattants de la liberté cachemiris. Sous la pression internationale, et confronté au danger de vigoureuses représailles de la part de l'Inde dans l'exercice de son droit d'autodéfense, il a été contraint de reconnaître qu'il s'agissait d'actes terroristes et de condamner le recours au terrorisme, quelle qu'en soit la cause, même la soi-disant cause cachemirie.

- Ils montrèrent qu'il y a une limite rationnelle même à la patience légendaire de l'Inde et que la possession d'armes nucléaires par le Pakistan n'empêcherait pas l'Inde d'exercer son droit d'autodéfense.


     Le bluff de Musharraf ne passait plus.

     Face à la pression militaire indienne et la pression diplomatique internationale, Musharraf, par son discours télévisé du 12 janvier 2002 et quelques mesures prises avant et après cette date, fit semblant d'essayer de répondre à une partie des préoccupations de l'Inde. Exemples :

- Il gela les avoirs bancaires du HuM, du LeT et du JeM avant même le 12 janvier.
- Il interdit le LeT et le JeM le 15 janvier 2002 et fit arrêter et mettre en détention certains de leurs leaders et de leurs cadres.


     L'Inde, cependant, demeure sceptique quant à la sincérité de ses actions pour les raisons suivantes [5] :

- Les comptes bancaires ont été gelés après avoir donné aux organisations concernées assez de temps pour retirer d'importantes sommes d'argent, faire des virements ou réduire par d'autres moyens les soldes de ces comptes. En conséquence, selon le journal « The News » d'Islamabad, le compte de ben Laden, géré par son Numéro 2 Ayman al-Zawahiri, présentait un solde de seulement 252 dollars, celui du HuM de 70 dollars et celui du JeM de 314 dollars. Le solde du compte du LeT n'a pas été divulgué.

- Il a fait interdire le LeT et le JeM, qui ont commis des attentats terroristes en dehors du J&K, y compris celui contre le Parlement de Delhi, mais il a épargné le HuM et l'Al Badr, qui ces derniers mois ont limité leur activité terroriste au territoire du J&K.

- Même dans le cas du LeT et du JeM, il a attribué l'interdiction à leurs soi-disant activités terroristes sur le territoire pakistanais, non pas à celles menées en Inde. En réalité, ils n'ont jamais pratiqué d'actions terroristes en territoire pakistanais.

- La notification du 15 janvier 2002 interdisant le LeT et le JeM n'a pas été rendue applicable au PoK (Pakistan Occupied Kashmir, la partie du Cachemire occupée par le Pakistan), qui inclut les régions du Nord (Gilgit et Baltistan), les zones tribales sous administration fédérale (FATA) et les zones tribales sous administration provinciale (PATA).

- Les arrestations des cadres des organisations interdites se sont limitées aux cadres politiques et administratifs. Certains d'entre eux ont déjà été relâchés sous le prétexte qu'il n'y avait aucune preuve de leur implication dans des activités terroristes [6].

- De l'aveu même de journalistes pakistanais de renom tels que Kamran Khan de « The News », environ 5000 terroristes entraînés n'ont pas été inquiétés et ont fui au PoK, comprenant les régions du Nord, ou se sont cachés dans d'autres parties du Pakistan.

- Les descentes de police, jusque là, n'ont été dirigées que contre des bureaux mineurs de ces deux organisations. Les quartiers généraux du JeM dans la madrasa de Binori à Karachi et du LeT, à Muridke, près de Lahore, n'ont pas fait l'objet de telles opérations.

- Les saisies opérées par la police se ramènent jusqu'à présent à des dossiers, des affiches, des pamphlets, etc. Ni armes ni munitions n'ont été saisies. Aucune action n'a été intentée contre les organisations cachemiries autochtones telles que le HM qui mène des opérations contre l'Inde à partir du territoire pakistanais.

- Musharraf continue à se dérober aux requêtes de l'Inde pour que lui soient livrés des terroristes, dont les pirates qui ont détourné deux avions, en 1981 et 1999, et doivent être traduits en justice en Inde. En ce qui concerne les ressortissants pakistanais recherchés, il a déclaré que si des preuves crédibles étaient présentées, il les ferait juger au Pakistan, mais il n'a pris aucune initiative pour les faire arrêter et interroger. Pour ce qui est des ressortissants indiens, il persiste à dire qu'une action à leur encontre ne serait envisagée que s'ils se trouvaient sur le territoire pakistanais, ce qui revient à nier leur présence au Pakistan.

- À l'instar de ses prédécesseurs, il n'a rien fait pour répondre aux demandes d'Interpol concernant des terroristes recherchés et classés dangereux ayant perpétré des attentats contre des Indiens ou en territoire indien.


     En 1993, le président Clinton avait mis le Pakistan sur une liste d'Etats soupçonnés de soutenir le terrorisme, ce pour une période de six mois. Durant cette période, le Pakistan a fait tout ce que lui demandait Washington, y compris la mise à pied du chef de l'ISI (le Lt. Gen. Javed Nasir) et d'un bon nombre de ses officiers supérieurs.
     Mais une fois que Washington eut retiré le Pakistan de cette liste, le pays reprit ses vieilles habitudes de soutien au terrorisme transfrontalier contre l'Inde. New Delhi a par conséquent, de bonnes raisons d'être on ne peut plus sceptique quant à la sincérité de Musharraf lorsqu'il dit vouloir mettre fin au terrorisme sous toutes ses formes, quels que soient ses objectifs. La communauté internationale menée par les USA doit maintenir la pression sur lui jusqu'à ce qu'il produise des résultats vérifiés sur le terrain quant au démantèlement des infrastructures terroristes au Pakistan et à la cessation du terrorisme transfrontalier.

     Jusque-là, la guerre américaine contre le terrorisme s'est limitée, sur le plan financier, au gel des comptes suspects. Les terroristes n'utilisent pas l'argent légitimement collecté à travers les donations ou autres pour leurs opérations ; pour cela ils se servent de fonds illégaux provenant de sources telles que le trafic d'héroïne.

     A moins que la guerre actuelle ne soit mise à profit pour trouver et détruire tous les stocks d'héroïne en Afghanistan et au Pakistan, pour mettre fin efficacement à la culture illégale d'opium, pour démanteler les raffineries d'extraction d'héroïne en Afghanistan et au Pakistan et arrêter et traduire en justice les producteurs et les trafiquants d'héroïne comme complices des terroristes, ceux-ci n'auront aucune difficulté à se procurer de l'argent pour leurs opérations. Cette question, pour l'instant, n'a pas reçu l'attention qu'elle méritait et pratiquement aucun producteur ou trafiquant notoire n'a été capturé au cours des opérations actuelles de la coalition menée par les USA.

     Le désarmement est un autre aspect important de la guerre contre le terrorisme. Il est double : d'une part la saisie des armes qui circulent au Pakistan, et de l'autre le démantèlement des unités de fabrication et de trafic d'armes qui opèrent au Pakistan.


B. Raman

Traduit de l'anglais par Olivier Danino
© Jaïa Bharati - Juin 2003

(B. Raman est Secrétaire du Cabinet du gouvernement indien à la retraite, et occupe à présent les fonctions de Directeur de l'Institut d'Études Politiques de Chennai (Madras).)


 


Notes :

[1] La ligne Durand, du nom un haut diplomate anglais, Sir Mortimer Durand, qui la traça d’un trait de plume sur une carte, délimite la frontière entre le Pakistan et l’Afghanistan. Elle partage les régions pachtounes autrefois afghanes entre ces deux pays. Les pachtounes ne la reconnaissent pas et la traversent comme bon leur semble dans les deux sens.

[2] Lors d’un discours prononcé en janvier 2002.

[3] Général dictateur qui dirigea le Pakistan de 1977 à 1988. Il mena des réformes en faveur de l’islamisation de la société pakistanaise.

[4] les zones tribales sous administration fédérale.

[5] Le scepticisme de l’inde s’est depuis avéré justifier. Les attentats non jamais cessés et se poursuivent aujourd’hui. Quelques 800 personnes ont été victimes des combattants islamistes dans les semaines qui précédèrent les élections libres au Cachemire en septembre-octobre 2002.

[6] Ainsi Masood Azar fut libéré en févier 2003. A ce jour la quasi-totalité des terroristes a été libérée.

 

 

     
© Jaïa Bharati