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« OP TOPAC »

Extraits de My Frozen Turbulence
(Allied Publishers, New Delhi, 2002)

De Jagmohan


Article paru dans La Revue de l'Inde N°7 – avril / juin 2007

 

Jagmohan fut gouverneur du Jammu et Cachemire à deux reprises et plusieurs fois ministre du gouvernement central.

 

     Jagmohan relate ici la stratégie envisagée à la fin des années 80 par le Pakistan pour subvertir le Cachemire. Une réunion à laquelle participent les chefs de l’ISI [Service de renseignements de l’armée pakistanaise], certains généraux proches du Président Zia-ul-Haq, ainsi qu’un dirigeant moudjahiddine ayant participé à la guerre d’Afghanistan et deux représentants du Front de libération du Cachemire, avait été organisée au domicile du général. Le compte-rendu de la réunion fut connu des services de renseignement indiens vers le début du mois d’octobre 1988, c'est-à-dire près de trois mois après l’accident d’avion dans lequel le président pakistanais périt.

     Bien sûr, le gouvernement pakistanais niera l’existence du plan, et prétendra qu’une une taupe des Services indiens avait « planté » l’histoire pour discréditer Zia. Néanmoins, les faits qui se succéderont à partir de 1998 ressembleront trop au plan pour qu’on soit en présence d’une pure fabrication.

     Il faut rappeler qu’à ce moment-là, le Pendjab était en état d’insurrection. Une section de la population sikh demandait un État séparé : le Khalistan. Cela explique les remarques du Général Zia.


     Cette opération reçut son nom du prince inca Topac Amin, qui avait mené une guerre non conventionnelle contre les espagnols en Uruguay, au XVIIIème siècle. La conception de cette opération était attribuée au président du Pakistan, le général Zia-ul-Huq. Son exécution fut confiée aux services spéciaux de l’armée pakistanaise. L’objectif principal de l’opération Topac était de faire du Cachemire une partie du Pakistan. Ce que ce dernier n’avait pu réussir durant les guerres de 1947-48, 1965 et 1971 le serait cette fois-ci par un amalgame de subterfuge, de subversion, de force et de fondamentalisme religieux.

     L’opération Topac devait se réaliser en trois phases : Dans la première, toutes les structures du pouvoir devaient être infiltrées et subverties de l’intérieur. Un régime allié de collusion devait être constitué. Une infiltration habile et complète de la police, des services publics et de l’appareil administratif devait être mis en œuvre. Il fallait veiller à ce qu’aucune intervention centrale ne se produise avant que la situation soit mûre pour une subversion interne couplée à une intervention armée pakistanaise. Une attention spéciale devait apportée aux étudiants, et les paysans devaient être « manipulés » par l’exploitation de leurs sentiments religieux.

     Durant la deuxième phase, il était prévu d’accroître la pression sur l’armée indienne au glacier de Siachen, à Kargil et en d’autres points vulnérables, afin qu’elle restât engagée sur la frontière et ne puisse dégager aucune capacité pour contrer la subversion et l’insurrection interne.

     La troisième phase était consacrée à la préparation militaire en vue d’un conflit armé, avec des exercices militaires tels que ceux de Zarb-e-Momim. Finalement, la possession finale de la vallée du Cachemire devait se réaliser par l’intensification de la subversion interne et une attaque de l’extérieur.

     Voici ce que le général Zia est censé avoir dit à la sélection de commandants et hauts fonctionnaires de l’unité de services spéciaux :

     « Messieurs, je vous ai déjà parlé de ce sujet d’une façon détaillée, je passerai donc sur les détails. Comme vous le savez, avec nos préoccupations en Afghanistan [où nous oeuvrons] au service de l’islam, je n’ai pas été en mesure de vous présenter ces plans plus tôt. Ne faites pas l’erreur de croire que notre objectif n’est pas clair et ferme – c’est la libération de la Vallée du Cachemire. Nos frères musulmans au Cachemire ne peuvent pas rester plus longtemps sous le joug de l’Inde. Dans le passé nous avons entrepris des actions militaires mal préparées et elles ont échoué. Aussi, cette fois-ci, comme je vous l’ai déjà dit, nous garderons les opérations militaires pour le coup de grâce final, quand et où elles seront nécessaires. »

     Concernant la situation générale des Cachemiris, le général Zia fait les observations suivantes :

     « Nos frères cachemiris dans la Vallée, même s’ils sont avec nous de cœur et d’esprit, sont des gens simples, et ils ne s’engagent pas facilement dans ce type d’activités militaires contre une occupation étrangère [de l’Inde], de la façon dont un Pendjabi ou un Afghan, par exemple, pourra s’impliquer, pour ainsi dire naturellement. Le Cachemiri a quand même quelques qualités que l’on peut exploiter. Tout d’abord, sa sagacité et son intelligence, ensuite son pouvoir de persévérance dans l’adversité. Et enfin, si je puis dire, c’est un maître en intrigues politiques. Si nous lui fournissons les moyens d’utiliser au mieux ces qualités, nous pourrons avoir des résultats. L’utilisation de la force brutale n’est pas nécessaire dans tous les types de guerre, particulièrement dans la situation qui est celle de la vallée du Cachemire. »

     Puis le général Zia se réfère aux circonstances spéciales du Cachemire et s’appesantit sur la nécessité de démoraliser et de diffamer les indiens :

     « Ici, nous devons adopter des méthodes de combat que l’esprit du Cachemiri peut comprendre et adopter, en d’autres mots, une utilisation coordonnée de moyens, moraux et physiques, autres que des opérations militaires, pour détruire la volonté de l’ennemi, porter préjudice à sa capacité politique et l’exposer aux yeux du monde comme oppresseur. Ceci est l’objectif, Messieurs, que nous devons atteindre dans les phases initiales.»

     Voici comment le général Zia explique le cœur de sa stratégie :

     « Dans la première phase qui, si c’est nécessaire, durera deux ou trois ans, nous aiderons nos frère cachemiris à s’emparer de l’appareil politique de l’État au moyen de subversion politique et d’intrigues. Les apparences du pouvoir doivent rester entre les mains de ceux qui ont les faveurs de New Delhi. Il faut donc nous assurer de la collaboration de certaines personnalités politiques membres de l’élite « appréciée », prêtes à collaborer à la subversion de tous les organes effectifs de l’État. »

     Exposant clairement les trois phases de l’opération Topac, le général Zia poursuit :

     « Phase Un : Une révolte modérée contre le régime, de façon qu’il se sente assiégé, mais qu’il ne s’effondre pas, car cela attirerait une mise sous autorité centrale de New Delhi.
     Nous infiltrerons les personnes que nous aurons choisies pour toutes les positions clefs ; elles corrompront les forces de police, les institutions financières, le réseau de communication et d’autres organisations importantes.
     Elles attiseront les sentiments anti-indiens parmi les étudiants et les paysans, de préférence sur les questions religieuses, de façon à ce que nous puissions avoir leur soutien pour des manifestations anti-gouvernementales et des émeutes.
     Nous organiserons et formerons des éléments subversifs et des groupes armés qui auront la capacité, dans un premier temps, de « s’occuper » des forces paramilitaires stationnées dans la Vallée.
     Nous adopterons et développerons des moyens clandestins pour couper les lignes de communications entre le Jammu et le Cachemire et entre le Cachemire et le Ladakh. Nous n’utiliserons pas la force. La route de Kargil passant par le col de Zoji-la et celle du col de Khardung-la [porte de la Vallée de Nubra et du glacier de Siachen] seront l’objet d'une attention spéciale.
     En collaboration avec des extrémistes sikhs, nous créerons la terreur et le chaos au Jammu, en vue de détourner l’attention de la Vallée à cette période cruciale, et de discréditer le régime aux yeux même des hindous.
     Nous établirons un contrôle de fait sur toutes les parties de la Vallée du Cachemire où l’armée indienne n’est pas déployée. Le sud de la Vallée est l’une de ces régions.

     Phase deux : Nous exercerons un maximum de pression sur le glacier du Siachen et les régions de Kargil, Rajauri et Poonch afin de forcer l’armée indienne à déployer ses formations de réserve hors de la Vallée du Cachemire.
     Nous attaquerons et détruirons des dépôts de munitions et les quartiers généraux situés à Srinagar, Pattan, Kupwara, Baramulla, Bandipur et Chowkiwala, par des attaques clandestines aux moments opportuns.
     Des moudjahiddines afghans habitant maintenant l’Azad Cachemire, s’infiltreront à partir d’endroits sélectionnés en vue d’étendre notre influence. Il sera nécessaire de faire des plans de préparation détaillés et judicieux. Il y a de nombreuses leçons à tirer du fiasco de l’opération Gibraltar [en 1965].
     Finalement, une force spéciale composée d’officiers de réserve de l’Azad Cachemire sera sélectionnée afin d’attaquer et de détruire les aéroports, les stations radio, et de bloquer le tunnel de Banihal et la route entre Kargil et Leh.
     À un certain point des opérations, une pression interne sera exercée sur le Pendjab et les régions voisines de Jammu.

     Phase trois : Des plans détaillés pour la libération de la Vallée du Cachemire et pour la création d’un État islamique indépendant s’ensuivra ».

     Il faut reconnaître que le plan était complet, bien pensé et très crédible sur les plans militaires et politiques.

     Les forces pakistanaises ne rencontrèrent guère de succès dans la mise en œuvre des phases II et III. Aucune pression suffisante ne put être exercée sur les positions militaires indiennes, que ce soit à Siachen, à Kargil ou sur d’autres zones sensibles. Les dépôts et installations vitales de l’armée ne purent être touchées. Cela montre que l’armée indienne était sur ses gardes et n’a pu être circonvenue. Mais dans l’administration civile, il en fut tout autrement. Là, l’opération Topac réussit au delà des espoirs les plus fous de ses concepteurs. Tout l’appareil d’État a été systématiquement subverti.

     […] Le problème le plus grave est que le plan et la nature d’une telle opération étaient connus du gouvernement central et que celui-ci ne fit rien. Son inaction est impardonnable. Le désordre, les souffrance, le sang versé et les dangers auxquels l’intégrité du pays est exposé aujourd’hui [en 1990] auraient pu être évités avec un minimum de vigilances et de contre-mesures prises en temps opportun. Mais hélas le pays étaient entre les mains de ceux qui n’avaient aucune vision, et dont l’aveuglement mental n’avait d’égal que leur suffisance et leur arrogance.


 

 

     
© Jaïa Bharati