Shri Krishna Leela
ou
Le jeu divin de Krishna


Chapitre 2

L'enfance de Krishna

 


    Krishna était encore un bébé, mais la renommée de sa force se propageait à travers le pays d'incidents en exploits tels que…

     Cet après-midi-là, Yashoda avait glissé le petit lit de Krishna sous le chariot qui servait à transporter les jarres de beurre et de lait caillé. Krishna dormait, à l'ombre de la charrette remplie de marchandises.
     Quelques instants plus tard, il se réveilla, affamé, et se mit à pleurer pour attirer l'attention de sa mère. Avec son petit pied, il poussa le chariot avec une force telle, qu'il le renversa. Tous les pots se brisèrent, répandant leur précieux contenu sur le sol.

     Kansa était tout à fait convaincu que le bébé qui avait tué Pootna était son futur assassin. Aussi, il mit en place une nouvelle stratégie pour éliminer Krishna. Il fit mander un démon nommé Trinavart et lui dit : « Trinavart, trouve Krishna et tue le, par quelque moyen que ce soit ! »
    Trinavart s'inclina et partit sur-le-champ pour Gokul. Lorsqu'il atteignit la maison de Nand Baba, il vit Krishna installé sur les genoux de sa mère. Il exerça son pouvoir magique et Yashoda sentit son fils devenir de plus en plus lourd. Incapable de le porter davantage, elle le déposa sur le sol et rentra vaquer à ses occupations. Trinavart bondit, souleva l'enfant et l'emporta. Grâce à ses pouvoirs magiques, il provoqua une tempête de sable qui enveloppa le village dans un brouillard épais..

     Trinavart avait jeté Krishna sur son épaule, et l'enfant s'accrochait de toutes ses forces à son cou. Le démon volait à bonne altitude, lorsqu'il secoua son corps et ses épaules violemment pour lui faire lâcher prise. Mais Krishna s'agrippait fermement. Trinavart avait beau tourner brutalement à droite, puis à gauche, pour se débarrasser de son fardeau, l'enfant restait solidement ancré sur son épaule. Au bout de quelques heures d'un zigzag violent et incessant, Trinavart se fatigua.

     Alors, Krishna se fit lourd comme le plomb et se mit à serrer le cou du démon de plus en plus fort. Trinavart essaya vainement de résister, mais il avait du mal à respirer et s'affaiblissait de seconde en seconde. Dans un dernier sursaut, il secoua son corps immense, ouvrit sa bouche démoniaque en un rictus effrayant, et s'abattit sur le sol, foudroyé. Dès qu'il mourut, la tempête se calma.

     Lorsque Yashoda et ses amies s'approchèrent du corps du géant, quelle ne fut pas leur surprise de voir petit Krishna sucer son pouce en souriant. Yashoda se précipita sur son fils, le souleva et le serra contre elle en pleurant de peur et de joie.

     Quelques mois s'écoulèrent, et Krishna venait de faire ses premiers pas.
     Ce jour là, alors qu'il jouait avec les autres enfants devant la maison, Krishna engouffra une poignée de terre dans sa petite bouche. Un de ses compagnons courut rapporter le fait à Yashoda. Elle entraîna aussitôt Krishna à l'écart et lui dit : « Mon fils, les enfants qui mangent de la terre ont des vers dans leur ventre et tombent malade. As-tu mangé de la terre ? »
     « Non, maman, je n'ai pas mangé de terre » répondit Krishna.
     « Ouvre la bouche et montre moi », insista Yashoda.
     Krishna ouvrit largement la bouche et Yashoda fut frappée de stupeur : l'univers tout entier était là – le soleil, la lune, les étoiles, la terre…
     Alors Yashoda fut certaine que son fils n'était pas un petit garçon comme les autres, mais qu'il était Dieu lui-même.

     Voyant sa mère pétrifiée, Krishna utilisa ses pouvoirs divins afin qu'elle oublie ce qu'elle venait de voir. Aussitôt, Yashoda sourit, prit l'enfant dans ses bras, le cajola tendrement et Krishna lui sourit en retour.

     Krishna et Balaram [1], son frère, jouaient souvent dans la cour de Nand Baba. Yashoda et Rohini aimaient les regarder jouer.
     Krishna était un petit garçon facétieux, au caractère vif. À table, il pouvait se mettre en colère, refuser son assiette et exiger celle de son père. Lorsque Nand Baba lui cédait son repas, il s'émerveillait de l'affection que lui témoignaient ses parents et se fondait en sourires.
     Les frasques de Krishna les fascinaient. Sa beauté, son regard captivant avaient ensorcelé les dames de Gokul qui l'appelaient « Manmohan ». Elles l'invitaient à venir se régaler de beurre et de yaourt, et le paraient même de leurs plus beaux bijoux.

     Mais Yashoda était anxieuse pour deux raisons : elle avait peur qu'il se blesse lors de ses équipées, ensuite qu'il s'éloigne et se fasse enlever par les hommes de Kansa.
     Elle avait beau le mettre en garde, il disparaissait dès qu'elle avait tourné le dos. Elle avait beau l'appeler, il ne répondait pas et revenait quelques heures plus tard, tiré de force par une voisine.

     Des dames venaient se plaindre à Yashoda : « ton fils a cassé mes jarres de beurre et tout s'est répandu par terre ! » Krishna alors se faisait tout petit et s'éclipsait discrètement.

·    Quelques années passèrent. Krishna avait grandi, ses bêtises également.

     Un jour, une vachère le trouva en train de manger son beurre avec ses amis. Elle courut chez Yashoda : « Ne peux-tu raisonner ton fils ? Viens voir, il a cassé mes jarres de beurre et de yaourt, tout est par terre ! »
     Yashoda répondit, impuissante : « Que puis-je faire ? Je suis fatiguée de ses frasques ! Je l'ai grondé et puni tant de fois, mais il s'en moque comme de sa première chemise. Maintenant, c'est à vous de protéger vos biens le mieux possible. »

     La vachère sortit et s'en alla alerter ses consœurs, qui firent de leur mieux pour mettre leurs produits laitiers en sécurité. En vain. Taquiner les vachères en leur volant le lait était devenu pour Krishna une seconde nature !

     Le jour de la Puja [2] d'Indra, alors qu'elle cherchait Krishna partout, Yashoda le découvrit, lui et ses amis, en train de se goinfrer du beurre destiné à la cérémonie. Furieuse, elle le poursuivit, un bâton à la main. Mais lorsqu'il se mit à pleurer, elle jeta son bâton, le saisit par la main et l'entraîna vers l'immense mortier sur lequel il s'était hissé pour attraper le pot de beurre. « Je vais t'attacher au mortier, au moins tu ne feras plus de bêtises ! "
     Ainsi fut fait. Yashoda, enfin tranquille, repartit vers ses préparatifs.

     Au bout d'un moment, Krishna eût envie de se promener. Il se mit à genou et commença à marcher à 4 pattes. Il tira sur la corde et fit basculer le mortier pour qu'il puisse rouler derrière lui. Il arriva au pied des deux arbres jumeaux qui se dressaient devant la maison. Ces deux arbres étaient en fait les deux fils de Kubena, le Dieu de la richesse. Ils s'appelaient Nalkuber et Manigreeva, et avaient été changés en arbre par un sortilège.
     En effet, on raconte qu'un jour, alors qu'ils avaient bu plus que de raison, ils s'étaient baignés dans la rivière avec leur femme. Soudain, le sage Narada était apparu sur la berge. Aussitôt, les femmes s'étaient rhabillées et cachées derrière les hautes herbes. Mais les deux maris étaient restés plantés devant le sage, ivres et nus comme des vers. Narada n'avait pu supporter ce manque de respect, et leur avait jeté un sort : « Arbres vous deviendrez, à Gokul pour l'éternité. »
     En entendant la malédiction, les femmes s'étaient jetées aux pieds du saint homme et avaient imploré sa pitié. Touché par leur chagrin, le Sage avait déclaré : « Ils seront délivrés par le Dieu Vishnu lui-même, sous la forme de Krishna. »
     Depuis ce temps-là, les deux arbres se dressaient devant la maison de Nand Baba.

     Krishna, à quatre pattes, traînant le mortier derrière lui, se faufila entre les deux arbres. Bien entendu, le mortier resta coincé entre les troncs. Krishna se mit à tirer sur la corde, et il tira si fort, qu'il déracina les deux arbres qui s'abattirent sur le sol. Dès qu'ils touchèrent le sol, les deux fils de Kubera apparurent. Les mains jointes, ils se prosternèrent devant Krishna et, avec sa permission, retournèrent dans leur royaume.
     Nand Baba et Yashoda accoururent. Ils délièrent Krishna, le serrèrent contre eux, l'embrassèrent et Krishna, tout heureux, leur sourit.
     
     Un jour, une marchande de fruit passa devant la maison de Nand Baba. Krishna sortit acheter des fruits, avec, comme toute monnaie d'échange, une poignée de riz. Ses mains étaient encore si petites que les grains glissaient à travers ses petits doigts, et se répandaient sur le sol. La marchande, fascinée par tant d'innocence, lui donna plusieurs fruits sans rien demander en retour. Arrivée chez elle, quelle ne fut pas sa surprise de découvrir de précieux bijoux au fond de son panier !

     Presque tous les jours, les habitants de Gokul assistaient à de nouveaux miracles. L'émerveillement se mêlait à la peur. La chute des deux arbres sans la moindre tempête avait déclenché une psychose collective. Ils s'attendaient à un malheur, persuadés que les démons ne les laisseraient pas en paix, et décidèrent de quitter Gokul. Ainsi fut fait.
Tous les habitants de Gokul émigrèrent et s'installèrent à Vrindavan.

     Krishna était heureux dans ce nouvel environnement. Il avait emporté sa nature espiègle avec lui.
     Il avait tellement insisté auprès de ses parents, qu'il avait arraché la permission d'aller garder les vaches avec ses compagnons. Il adorait les parties de cache-cache, demeurait introuvable et ne réapparaissait que lorsque ses amis commençaient à s'inquiéter.

     Pendant ce temps, à Mathura, Kansa avait appris la mort de Trinavart, et ne trouvait plus le sommeil…

à suivre...                

Note :

[1] : Souvenez-vous, le 7ème fils de Devaki, transféré par les pouvoirs divins dans la matrice de Rohini. (voir la première partie)

[2] Puja : cérémonie religieuse en l'honneur d'une divinité.

 

 


     
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