Padma Subrahmanyam, Bharata Natyam, danse de l'Inde, culture indienne, aryen, veda,hindouisme, Cachemire, civilisation indienne, histoire de l'Inde, Actualité de l'Inde, Tibet, Pakistan, Ayodhya, Gandhi<br> <a href="http://www.jaia-bharati.org/ayodhya/index.htm">Ayodhya : Inde, invasions musulmanes</a><br> <a href="http://www.jaia-bharati.org/cachemire/index.htm">Cachemire : Inde, Pakistan : terrorisme islamiste</a><br> <a href="http://www.jaia-bharati.org/culture/index.htm">Culture Indienne : Inde</a><br> <a href="http://www.jaia-bharati.org/invasion/index.htm">Invasion en Inde</a><br> <a href="http://www.jaia-bharati.org/histoire/index.htm">Histoire de l'Inde</a><br> <a href="http://www.jaia-bharati.org/indiatoday/index.html">L'Inde Aujourd'hui, l'Inde de nos jours</a><br> <a href="http://www.jaia-bharati.org/contes-legende/krishna-leela/index.htm">Shri Krishna Leela ou Le jeu divin de Krishna</a><br>








« LA DANSE ET DIEU SONT UNE MÊME CHOSE »

Interview de Padma Subrahmanyam

Réalisée par Dominique Rabotteau et Frédéric Soltan
en janvier 2006 à Chennai

 

Padma Subrahmanyam est l'une des grandes danseuses indiennes contemporaines du Bharata Natyam, sans doute la plus connue des formes classiques de la danse en Inde. Elle est la directrice de Nrithyodaya, une école de danse, fondée par son père en 1942 à Chennai, où elle entraîne de jeunes danseurs et danseuses de nationalités diverses non seulement à la pratique du Bharata Natyam, mais à sa théorie et à ses fondements, que Padma Subrahmanyam a étudiés particulièrement, obtenant un doctorat pour ses travaux. Sa perspective de cette danse sacrée est originale, et lui a valu des critiques comme de nombreux admirateurs. En 2003, elle a reçu le Padma Bhushan, l'une des plus hautes distinctions décernées par le gouvernement indien.

 

Quelle est la relation entre le sacré et la danse ?

Padma Subrahmanyam     Ce ne sont pas deux choses séparées. La danse est sacrée en elle-même, il n’y a pas de relation entre les deux. La danse fait partie du religieux et de la philosophie. Elle est sacrée parce qu’elle symbolise la relation entre l’individu et la création dans son ensemble.
     Quand je danse, chaque cellule de mon corps, chaque atome et mon cœur aussi participent à ce mouvement. Cela vient du rythme, en corrélation avec le cosmique. C’est le but de cet art. Si la danse n’existait plus dans l’univers, le soleil s’éteindrait et les constellations se perdraient. Il existe un rythme du cosmos ininterrompu, il y a une danse cosmique.
     La relation entre le microcosmique (moi) et le macrocosmique (l’univers) c’est la manifestation du Suprême.
     La danse et Dieu sont une même chose.

Aujourd’hui, pensez-vous que le public ressente la danse comme vous ?

     Ce n’est pas important. Je vis cette expérience. Si cela intéresse les autres, je suis prête à partager, sinon tant pis. Si vous goûtez du sucre sans en avoir jamais mangé auparavant, vous ne pourrez pas dire que c’est sucré.


Pensez-vous continuer la tradition des devadasis ?

     Le concept des devadasis [1] n’existe plus. Il ne pourra revivre en aucune manière. Ces femmes étaient intégrées à une société particulière, à une époque particulière. Deva dasi veut dire « esclave de Dieu ». Il ne faut pas être danseuse pour être une devadasi, il suffit d’être soumis à Dieu.

     Pour moi, la danse est sacrée parce que, selon ma tradition et mon éducation, tout est sacré. Ce n’est pas seulement la danse, la création, tout ce qui est animé ou inanimé est sacré. Il n’y a rien de séculaire dans ma culture. Tout est la manifestation du Suprême. Nous ne comprenons pas toujours qu’Il est partout, dans tout ce que nous faisons. Il est là, Il est en vous, dans votre travail. Si chacun a conscience de cela, l’harmonie pourra régner dans le monde.


La relation de maître à élève existe-t-elle toujours ?

     Heureusement cette tradition existe toujours. L’Inde est le seul pays où, depuis des siècles et des siècles, cela perdure. Nous sommes toujours ancrés dans la tradition védique. Même si le pays a connu de nombreuses invasions et influences étrangères, les lois fondamentales n’ont pas changé. L’esprit de dévotion est très présent dans tous les arts de l’Inde. Chaque artiste éprouve un respect presque sacré pour son maître. Rares sont les artistes qui se détournent de ces valeurs fondamentales de notre culture.


La danse peut-elle avoir un impact sur la société ?

Padma Subrahmanyam     En Inde, la danse a toujours été un moyen de communication avec les autres. La danse, le théâtre dansé, permettaient de faire passer les valeurs morales et religieuses, de manière permanente.
     Malheureusement, aujourd’hui, les gens ne voient pas le contenu de ce qu’ils regardent. Il y a un sens beaucoup plus profond que le spectateur ne ressent pas toujours. Il doit aller plus loin que la vision superficielle.
     Pour moi, la danse doit communiquer à deux niveaux. Le premier est celui du temps. L’artiste doit être de son époque, mais il doit aussi être au-delà de son temps, il doit traduire l’éternel. Dans mes programmes, j’essaie de faire passer des messages de mon temps mais aussi de transmettre les messages relevant d’une autre époque.


Pensez-vous que le fait d’être une femme ait pu gêner votre carrière?

     Je n’ai jamais eu de problèmes avec ma féminité. En tant qu’hindoue, si vous suivez la tradition, vous êtes très respectée. Mais, si la femme se laisse influencer par d’autres valeurs, des concepts extérieurs à l’hindouisme, là elle peut être méprisée.

     La notion originelle est que chacun d’entre nous est une partie du divin. Nous sommes moitié Shiva, moitié Parvati. Parvati, la femme ou la Shakti est le symbole de l’énergie et Shiva est la matière. L’alliance des deux a toujours existé. Malheureusement, pour certains, ce concept est devenu obsolète. J’essaie à travers mon art de faire revivre cette conscience que les femmes symbolisent l’énergie celle qui fait bouger la société et le monde.


Quelle est l’importance de la tradition dans l’éducation ?

     Maintenant pour éduquer un enfant, les maîtres font répéter l’alphabet mécaniquement : « a » comme amer, « b » comme bon etc. Avant dans la tradition tamoule, celle du Sud de l’Inde, tout était enseigné à l’aide des idées et des concepts. Dans les temps anciens nous apprenions « a » comme étant la première lettre d’une phrase qui expliquait le dharma [2]. Chaque lettre était l’occasion de comprendre un principe religieux ou culturel. J’essaie par mon travail d’apprendre cela aux enfants. Je tente de faire émerger des idées nouvelles de nos anciennes traditions, de remettre au goût du jour les valeurs de la nature éternelle.

     Ces enseignements peuvent guider n’importe qui, qu’il soit Indien ou Français. Je tiens toujours à montrer combien les femmes ont contribué à faire vivre ces valeurs, combien elles ont été respectées. Le respect doit être naturel que ce soit pour un homme ou pour une femme. Si vous êtes respectueux, vous serez respecté.


Padma Subrahmanyam devant la photo de son maître, photo de Frédéric Soltan

Padma Subrahmanyam devant la photo de son maître
(photo Frédéric Soltan)


© Dominique Rabotteau et Frédéric Soltan

 

 

Notes :

[1] Autrefois, les devadasis étaient des danseuses attachées à un temple. Elles dansaient pour la divinité de ce temple.

[2] Dharma : loi de notre propre nature.

 

 

 

  
© Jaïa Bharati