LE CANCER DU TERRORISME

Par Tavleen Singh

 


     L'horreur de l'attaque à Bali est tout à fait tragique. Pourquoi ? Dans quel but ? À quelle fin ? Pourquoi les jeunes musulmans sont-ils si pleins de haine ?

     Peut-être parce que je me trouvais là-bas le mois dernier, dans l'une des plus belles et des plus paisibles contrées du monde, peut-être parce que, dès l'instant où l'on atterrit à l'aéroport de Densapar, on sent la magie dans l'air, l'horreur de cette attaque à Bali m'a profondément marqué. Pourquoi ? Dans quel but ? À quelle fin ? Pourquoi les jeunes musulmans sont-ils si pleins de haine ? Ces questions ont tourné dans ma tête chaque fois que ces images terribles et tragiques du Sari Nightclub sont apparues sur mon écran de télévision, et sans même le vouloir, je me suis retrouvé à chercher des réponses. Ce n'est pas que ces réponses soient difficiles à trouver, c'est plutôt qu'il est délicat de les exprimer sans être aussitôt accusé de sentiment anti-musulman.


Un pays hindou

     Que diriez-vous, par exemple, si je vous avouais que j'ai choisi Bali plutôt qu'une autre île de l'archipel indonésien justement parce qu'elle est hindoue, dans un pays qui se targue d'avoir la plus forte population musulmane du monde ? C'est l'influence hindoue de Bali qui la rend si spéciale et c'est la raison pour laquelle elle attire plus d'un million de touristes étrangers chaque année. C'est parce qu'elle est hindoue que Bali possède cette atmosphère languide et voluptueuse pleine de dieux et de sentiment religieux que l'on retrouve dans les villes indiennes sacrées. Les tabous de l'Islam n'existent pas ici, et au milieu d'un état dont la religion dominante abhorre l'idolâtrie, on trouve des villages balinais où la fabrication de statues de dieux hindous constitue l'économie principale.

     Me trouvant récemment dans un de ces villages, je déambulais devant des boutiques qui vendaient davantage de représentations de Ganesh, Vishnu ou Garuda que je n'en avais jamais vu en Inde. Je me suis arrêté là pour regarder une cérémonie hindoue très élaborée et d'une beauté magique, où chaque villageois venait participer. Marchant en procession derrière la divinité du village, les hommes portaient des turbans blancs et des costumes qui ressemblaient à des dhotis et les femmes avaient mis leur plus beaux saris.

     Ce sont des cérémonies comme celle-ci et la douce ferveur avec laquelle Bali s'attache à sa foi et à ses dieux, et non pas seulement les plages et les boites de nuit, qui attirent les touristes par milliers sur cette île évocatrice du Paradis, du moins jusqu'à l'attaque terroriste de la semaine passée.

     Est-ce parce que les musulmans fondamentalistes savent qu'il ne pourra jamais y avoir de Bali islamiste qu'ils l'ont choisie pour cible ? L'envie pourrait-elle se mélanger à la rage qui motive les terroristes ces temps-ci ? Comment des pays islamiques pourraient-ils être paradisiaques ? Oserons-nous dire que ce ne sont pas seulement les touristes étrangers qui ont attiré les terroristes, mais également le fait que Bali soit hindoue ? Pouvons-nous aller plus loin et dire que, bien avant que Ossama Ben Laden n'ait découvert que le monde occidental était l'ennemi, nous, en Inde, avions déjà expérimenté la rage du terrorisme islamique ?

     L'Inde, en tant que pays où l'on adore des « idoles », n'est-elle pas automatiquement l'ennemi naturel ? Hélas, non seulement nous osons à peine exprimer cet état de fait, mais tout en sachant que le terrorisme islamique est un sérieux problème, nous n'osons même pas agir.

     Au Cachemire, avant même que Farouk Abdullah ne manipule soi-disant le scrutin des élections de 1987, il existait les preuves d'un fondamentalisme islamique propagé par les « madrassas » [1]. Ce pauvre Farouk a bien essayé autant qu'il l'a pu d'attirer l'attention des journalistes et des officiels de Delhi sur ce sujet, mais personne n'y a prêté la moindre attention et aujourd'hui, nous avons des fondamentalistes qui opèrent librement à travers tout le pays. Les libéraux aiment proposer des explications sur le fait que l'Islam engendre de nos jours plus de terroristes que toute autre religion. Dans le contexte indien, ils éclosent avec les élections truquées du Cachemire et Narendra Modi.

     Bal Thackeray est désormais trop fantaisiste pour être pris au sérieux. Dans le contexte international, la seule explication que l'on avance, c'est la Palestine. Si les Américains avaient été plus justes dans leur politique au Moyen-Orient, s'ils n'avaient pas toujours semblé favoriser Israël, il n'y aurait pas eu de 11 septembre et les 200 adolescents et vacanciers qui ont été tués au Sari Nightclub la semaine dernière ne seraient pas morts.

     En bref, nous devons essayer de comprendre la rage des terroristes islamistes, chercher à comprendre les fautes que l'Amérique – le Chef Suprême de notre monde unipolaire – a commises pour engendrer ces terribles actes terroristes. Au risque de paraître encore une fois anti-musulman, puis-je suggérer que chercher à comprendre ne fera que donner naissance à plus de terrorisme parce que nous n'aboutirons qu'à une liste encore plus longue de griefs supposés. Nous pourrions aussi bien remonter aux croisades et reconnaître que dans ce conflit de civilisations, ce sont les chrétiens qui ont commencé.

     Ensuite nous en arriverions à la colonisation en soulignant le fait que, une fois encore, ce sont les pays chrétiens qui ont été les méchants de cette histoire, et on pourrait continuer comme cela indéfiniment.

     Au cours de mes voyages en Inde et à l'étranger, j'ai rencontré un certain nombre de musulmans qui avaient tous une explication à proposer. La Palestine, le Cachemire, la colonisation, le gaz et le pétrole, les croisades. C'est une longue, longue liste, et étant en Inde, on peut ajouter le fait que les musulmans ont été exploités par des politiciens « sécularistes » pleins de duplicité, Babri Masjid [2], le manque de postes de fonctionnaires, le fait d'être considérés comme des citoyens de seconde zone et ainsi de suite… Mon problème est que je n'ai presque jamais rencontré de musulman, même parmi les plus modérés du genre libéraux, qui soient prêts à admettre qu'il ne peut exister de justification pour le type de violence dont nous avons été témoins la semaine passée au Saree Nightclub. Ceci est mauvais, injuste et inacceptable. Point final.

     Il ne peut y avoir de justification à la tuerie d'innocents et rechercher à tout prix des explications est malhonnête. Pour citer le Président Bush : « Nous devons combattre et vaincre l'idée selon laquelle la mort injustifiée d'innocents fait avancer une cause ou constitue un support pour une aspiration. Et nous devons appeler cet acte méprisable par son véritable nom – meurtre. »

     Des dirigeants et des ecclésiastiques musulmans dont la foi interdit toute remise en question se plaignent souvent de l'occidentalisation et du fait que la civilisation occidentale leur soit imposée. Alors comment ne voient-ils pas que ce qui arrive de leur côté constitue la plus violente des impositions imaginables ? Bali, avec ses idoles et sa foi paresseuse et languide peut représenter la pire espèce de paganisme pour un regard islamique, mais si l'Arabie Saoudite a le droit d'être ce qu'elle est, alors Bali a le droit d'être Bali. C'est un combat qui vaut la peine.

     Incidemment, où sont nos propres organisations hindoues, comme le Vishwa Hindu Parishad ? Un ami de Bali à qui j'ai parlé hier, me disait sa grande tristesse de constater que des secours nombreux s'activaient autour des victimes occidentales, alors que personne ne s'occupait des Balinais. Il revenait de l'hôpital et avait vu les victimes balinaises incapables de payer les soins et les médicaments dont elles avaient besoin.

     Au lieu de jacasser en répétant les banalités usuelles sur le « cancer » du terrorisme et les pays occidentaux qui ne nous comprennent pas, le Premier ministre ferait mieux de trouver ce que son gouvernement pro-hindou peut faire pour aider nos frères hindous quand le besoin est là.

(Traduit de l'anglais)

 


Notes :

[1] Écoles coraniques.

[2] Mosquée désaffectée construite à Ayodhya à l'emplacement et avec les matériaux d'un temple hindou dédié à Rama. Elle fut démolie par des hindous en décembre 1992.

 

 

     
© Jaïa Bharati