QUAND L'INDE VOIT ROUGE

 

Le Parti communiste a remporté les élections dans deux États clés de l'Union.
Le gouvernement veut-il trop plaire au marché ?

     Le gouvernement risque-t-il d'être poussé vers la gauche, après la confortable victoire du Parti communiste de l'Inde (CPI) aux élections législatives locales dans les États du Bengale-Occidental et du Kerala [respectivement dans le nord-est et le sud-ouest du pays] le 11 mai dernier ? Tout tend à prouver que les pressions vont s'accroître sur le Premier ministre Manmohan Singh, afin qu'il adopte une orientation plus « populaire » dans ses décisions économiques. Par ailleurs, la politique pro-américaine de New Delhi pourrait bien se heurter désormais à la vigoureuse opposition des « camarades » rouges. Seule consolation pour Manmohan Singh, la gauche a officiellement déclaré qu'elle ne ferait pas chuter son gouvernement et qu'elle ne rejetterait pas brutalement toute proposition [le Parti du Congrès est au pouvoir depuis 2004 grâce à une coalition soutenue au Parlement par des élus communistes].

     Bien des membres du Congrès sont d'avis que le gouvernement ne sait effectivement plus où il en est et que sa politique favorable au marché lui a aliéné sa base électorale traditionnelle. Par ailleurs, les musulmans commencent à se détourner du Congrès depuis la visite en Inde du président Bush [en mars dernier]. Au Kerala, ils ont même abandonné le « vieux parti » au profit des communistes, tandis qu'en Assam [dans le nord-est], où un scrutin avait également lieu, le tout nouveau Front Musulman a empiété sur les voix du Congrès.

Le Congrès va-t-il donc mal ?

     Sur le papier, il semblerait qu'il n'ait aucune raison de se plaindre. Il s'est emparé de Pondichéry, formera le prochain gouvernement de l'Assam et fait partie de la coalition qui a remporté la victoire au Tamil Nadu [dans le sud du pays]. Et, dans sa circonscription, Sonia Gandhi est arrivée largement en tête, avec quelque 400 000 voix. Mais, à elle seule, l'étendue du succès des coalitions menées par les communistes dans des États clés a suffi à semer le désarroi dans les rangs du Congrès. De nombreux membres du parti se demandent si sa stratégie actuelle fonctionne vraiment sur le terrain. Ou, plus crûment : la politique économique du gouvernement passe-t-elle bien auprès du public, ou ne séduit-elle que les économistes et les organisations professionnelles ?
    
     Dans un pays comme l'Inde, il est difficile de parvenir à un équilibre entre les politiques favorables au peuple et celles jugées bonnes par les entreprises et par l'élite.      À gauche bien sûr, certains considèrent que les communistes y sont parvenus au Bengale-Occidental. Ce qui expliquerait, selon eux, leur victoire écrasante. Moralité : on ne peut pas faire fi du peuple. Pas plus qu'il n'est possible de remporter d'élection sans l'étiquette de « grand réformateur » apposée par des organisations professionnelles comme la Confédération des industries indiennes.
     Manifestement, il va falloir que les groupes de pression du monde des affaires interagissent avec l'homme de la rue de façon plus subtile.

     En 2004, le Parti national-hindou (BJP) avait dû quitter le pouvoir après une cuisante défaite électorale. Sa campagne intitulée « L'Inde qui brille », complètement déconnectée des réalités, avait marqué les esprits.
     Aujourd'hui, le Congrès ferait bien de s'en souvenir.


 

 

     
© Jaïa Bharati