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POLITIQUE NÉFASTE DES « LAÏCISTES »


par K.P.S. Gill


Traduction de l'article Jaundiced vision of secularists paru dans The Pioneer du 4/03/2006

 

K.P.S. Gill     Il semble que le politicien indien soit tout à fait inéducable et incapable de tirer les leçons de l’histoire. Aujourd’hui, pratiquement tous les partis, dans ce pays, se divisent en deux camps au sens large : les « communautaristes » et les « laïques ». La première catégorie, qui inclut à peu près tous les partis politiques issus des minorités-tels que le Jamaat-e-Islami, le Jamaat-e-Ulema-e-Hind, la Ligue Musulmane de l’Union Indienne (LMUI) [tous trois musulmans], le Akali Dal [sikh], et les groupes qui constituent le « Sangh Parivar » [regroupement des organisations et partis hindous] – est d’orientation ouvertement communautaire, et ces partis cherchent à cristalliser leur identité en se polarisant contre les autres.

     Mais les partis « laïques » sont, en fait, tout sauf laïques ; ils versent dans un « communautarisme à l’envers » qui au cours de l’histoire a causé des torts incalculables à la nation, et qui continue à saper le progrès, la sécurité et la stabilité de l’Inde.

     Les manifestations anti-Bush organisées à l’occasion de la courte visite du président [début mars 2006] sont une illustration intéressante de ce fait. Les protestations les plus bruyantes émanant des partis « laïques » sont venues des formations de gauche, et particulièrement du CPI(M) – le parti communiste indien – qui fait partie de la coalition qui constitue le gouvernement du Premier Ministre Manmohan Singh. Bien entendu, c’est leur droit de protester et d’affirmer leur point de vue ; cela dit, leur logorrhée verbale et la grossièreté des attaques lancées par certains leaders de haut rang sont un piètre témoignage de leur cause et de leurs convictions.

     Ce qui est révélateur, cependant, c’est que malgré une extraordinaire coopération des médias, et surtout des chaînes d’information pléthoriques, qui ont cadré des petits groupes de quelques dizaines de personnes, parfois de quelques centaines, en plans très serrés, faisant passer une agitation artificielle pour de grands mouvements de foule, il était clair que les manifestants « laïques » avaient un soutien très limité.

     Ne parvenant pas à mobiliser suffisamment les sympathisants de son bord idéologique, le CPI-M n’a eu aucun scrupule à se rabattre sur le stratagème d’une manifestation « multipartite » dépendant principalement des capacités de mobilisation des forces communautaires du Jamiat-e-Ulema-e-Hind [parti politique musulman], et ce n’est que grâce aux efforts de ce dernier que le rassemblement un peu imposant au terrain de Ramlila, à Delhi, a pu, tant bien que mal, se mettre en place.

     Il suffit de regarder les diverses photos ou images vidéo diffusées par les médias pour voir que la foule du terrain de Ramlila était majoritairement musulmane, avec juste quelques poignées de manifestants « laïques ». La colère de ces manifestants, qui répondaient à l’appel de leur communauté, était surtout dirigée contre les « caricatures danoises » [représentant le Prophète] et autres sujets sans grand rapport avec le contexte de la visite du président Bush en Inde.

     Ce qui est grave, cependant, c’est que lorsque les partis « laïques » se raccrochent au wagon d’une mobilisation communautaire de masse sur des questions émotionnelles et sectaires autour d’une plate-forme anti-Bush « islamique », c’est qu’ils cautionnent une tendance dangereuse et subversive, et contribuent à aggraver la radicalisation de certaines parties de la communauté musulmane, et à rendre plus centrales, au sein de l’espace politique national, des formations « communautaristes » telles que le Jamiat. Ce n’est pas la première fois que les Communistes font un compromis idéologiquement incompatible avec les forces communautaires, comme le montre leur alliance prolongée (et celle du Congrès) avec l’IUML au Kerala.

     La conduite des caciques du Congrès au pouvoir lors de la campagne des élections législatives dans l’État d’Assam est un autre exemple révélateur, qui entraînera des conséquences désastreuses pour la sécurité et la stabilité, non seulement de cet État, mais aussi pour le nord-est en général, où des immigrants bangladeshis clandestins continuent d’affluer.

     Les déclarations concernant les amendements à apporter à la Loi sur les Étrangers pour « protéger » les musulmans (qui inclut le grand nombre de clandestins bangladeshis ayant acquis le droit de vote dans cet État et que le Congrès courtise parce qu’ils représentent une banque de votes) tombent dans la même catégorie de manipulation mal inspirée d’une communauté, avec des conséquences désastreuses à long terme. Encore une fois, le Congrès se laisse entraîner par des calculs électoraux à court terme et agit directement à l’encontre de l’intérêt national.

     En Uttar Pradesh, l’affaire de la « récompense » de 51 crores de roupies [1] offerte par un ministre musulman à quiconque lui « apporterait la tête » des dessinateurs danois qui avaient osé caricaturer le Prophète a été accueillie par un silence assourdissant des partis « laïques ». Il est intéressant de noter qu’alors que les partis « laïques » inventent des arguments tortueux pour justifier le fait de n’avoir pas appliqué la loi nationale pour cet acte d’incitation au crime, et alors que certains coreligionnaires du ministre accourent pour le féliciter de cette « courageuse » défense de l’islam, l’Organisation de la Conférence Islamique a estimé qu’il fallait condamner toutes les « fatwas » et autres annonces appelant à éliminer les dessinateurs danois, les considérant comme « non conformes à l’islam ».

     Le fait est que tous les principaux partis « laïques » de l’Inde ont fait de la consolidation de la « banque de votes musulmane » une priorité de leur programme politique et électoral, et ils ont été portés à croire que le fait de soutenir les positions musulmanes extrémistes plutôt que les modérées est plus rentable pour s’attirer le « vote musulman ». Le « vote hindou », lui, est supposé être divisé au sein des diverses formations nationales et régionales selon des critères de caste, de langue, et de particularités locales, ainsi qu’entre les camps « laïques » et « communautaires ». Il est donc convenu que, en dehors du Sangh Parivar, cette mobilisation communautaire de la masse hindoue est soit impossible, étant donnée la nature fragmentée de la communauté, soit, d’une façon ou d’une autre, politiquement indésirable.

     Malgré d’abondantes preuves du fait que les musulmans forment aussi une communauté d’une diversité considérable traversant tout le spectre des régions et des classes indiennes, ces mêmes considérations n’ont pas produit des perspectives justes quant à la principale minorité du pays. Il est intéressant de constater que les formations hindoues communautaires sont aussi de plus en plus atteintes par cet aveuglement intellectuel : voir, par exemple, les déclarations de M. LK Advani, et, plus récemment, de M. Jaswant Singh à propos de Mohammed Ali Jinnah [2].

     Cet aveuglement afflige la politique indienne depuis des décennies, et cette affliction n’a pas épargné quelques-uns des plus grands leaders de la nation. Gandhi, Mahatma (grande âme) sur bien d’autres points, s’est gravement trompé dans ses positions à l ‘égard des musulmans. C’était déjà très clairement le cas lors de sa première intervention importante, et désastreuse, dans la politique nationale, à savoir le Mouvement Khilafat [3].

     Les frères Ali, alors célèbres, mais complètement oubliés maintenant, sauf de quelques historiens spécialisés dans cette période, avec lesquels Gandhi forma une alliance du déshonneur pour diriger ce mouvement, déclarèrent ouvertement qu’un voleur musulman valait mieux que Gandhi, tout simplement parce qu’il était musulman ; face à cette insulte, Gandhi ne broncha pas. Lorsque des rumeurs coururent que les Afghans allaient peut-être envahir l’Inde, l’un des deux frères, Mohammed Ali, déclara : « Si les Afghans envahissent l’Inde pour faire la guerre sainte [la jihad], les Mahométans indiens devront non seulement se joindre à eux mais aussi combattre les hindous s’ils refusent de coopérer avec eux. » Gandhi ne fit aucun commentaire. Pire, Gandhi, l’apôtre de l’ahimsa [non-violence], justifia de façon répétée la violence musulmane.

     À la suite de l’effondrement du mouvement Khilafat, la Révolte des Moplah éclata au Kerala [4], où des meutes de musulmans se livrèrent sur les hindous à des violences et des pillages d’une sauvagerie indescriptible. Gandhi commença par nier ces atrocités, puis, lorsqu’il fut confronté à des preuves irréfutables, il décrivit les Moplah comme des gens « très croyants » et déclara qu’ils se battaient « pour ce qu’ils considèrent comme de la religion, et d’une façon qu’ils considèrent comme religieuse ».

     C’est cette politique du deux poids, deux mesures qui, finalement, fut la cause de la partition de l’Inde. Malheureusement, elle a survécu à cette catastrophe et continue de dominer la politique « laïque » en Inde encore aujourd’hui. Les classes politiques indiennes, de quelque parti ou idéologie qu’elles relèvent, ont généralement échoué à comprendre la psyché des minorités.

     L’état d’arriération et la pauvreté abyssale des musulmans indiens, qui subsistent encore 58 ans après l’Indépendance, est symbolique à la fois du déclin de ses propres dirigeants et de la faillite de la politique des formations laïques consistant à exploiter les banques de votes. On ne peut pas remplir le ventre des gens avec la religion, ni oblitérer leurs vrais besoins (éducation, santé, développement de capacités et savoir-faire productifs) à coups de dogme. Tragiquement, cela demeure le seul programme et les seuls objectifs des dirigeants politiques indiens.

     Mais la mesure purement symbolique de « représentation » [des minorités] dans l’armée et les services publics, et la manipulation continuelle des sentiments communautaires n’aideront en rien à régler ces problèmes. La solution consiste en des efforts non discriminatoires visant à améliorer la condition de tous les pauvres de l’Inde, et cela inclut les minorités du pays.


(K.P.S. Gill fut directeur-general de la police du Punjab. Il est aussi Président de l'Institut « for Conflict Management ».)


Notes (toutes les notes sont de Jaïa Bharati) :

[1] Une crore = 10 millions de roupies. Un euro est égal à environ 50 roupies.

[2] Mohammed Ali Jinnah (Karachi, 1876 ­ id., 1948), homme politique indien puis pakistanais. Leader de la Ligue musulmane, il contribua à la partition de l’Inde et la création du Pakistan, dont il fut le premier gouverneur (1947), en soutenant la théorie des deux nations. Pour les fondamentalistes musulmans de la Ligue, les hindous et les musulmans formaient deux entités politiques séparées de nationalités distinctes, les musulmans appartenant à la nation musulmane, l'Oumma, et non à l'Inde, donnant ainsi la primauté à l'identité religieuse sur la préférence nationale, alors que la grande majorité des musulmans indiens étaient sinon des hindous convertis, du moins des descendants d'hindous convertis au cours des siècles. (voir sur notre site : La partition de l’Inde). Pour démontrer qu’hindous et musulmans ne pouvaient vivre ensemble et que la création d’un État pour les musulmans était inévitable, Jinnah organisa une vaste campagne de violences, appelée « action directe », contre la communauté hindoue dans les États où les musulmans étaient majoritaires.
Récemment, M. LK Advani et M. Jaswant Singh, pourtant leaders de premier plan du BJP, supposé parti nationaliste hindou, afin de séduire l’électorat musulman, se sont livrés à des déclarations vantant « l’homme d’État » que fut selon eux Jinnah, provoquant la colère de nombreux membres de leur parti et du Sangh Parivar, mais aussi de la communauté hindou en général.

[3] Après la Première Guerre mondiale, les musulmans de l'Inde s'insurgèrent contre les conditions de paix imposées par les Alliés à la Turquie. À partir de 1919, plusieurs responsables politiques musulmans menés par les frères Ali, membres de la Ligue musulmane, exigèrent que le Sultan de Turquie continue d'être considéré comme le Calife ou chef religieux de la Nation musulmane, alors même que les Turcs rejetaient cette autorité et que l'empire ottoman touchait à sa fin. Gandhi, sans se rendre compte de l'anachronisme de cette revendication et de son caractère panislamique, lui donna son plein appui, allant jusqu'à déclarer qu'il était du devoir de tout hindou de soutenir le « mouvement du Khalifat » avant même celui de l'indépendance de l'Inde. Nombreux furent ceux qui ne purent comprendre en quoi le sort du Sultan de Turquie prévalait sur la bataille pour la libération de l'Inde, pourtant le Congrès s'associa au « mouvement du Khalifat ». Fort de l'appui de Gandhi et du Congrès, celui-ci se développa dans toute l'Inde et avec lui l'opinion musulmane devint alors violemment anti-britannique. Mais sans pour autant se rapprocher du Congrès et des hindous. Bien au contraire, ce mouvement panislamique en faveur du Khalifat turc accrut l'antagonisme entre les deux communautés.
« Gandhi, écrit l'historien Louis Frédéric, en soutenant le mouvement panislamique 'au nom de l'unité de l'Inde' ne se rendit nullement compte que ce mouvement était en réalité dirigé contre l'union politique des hindous et des musulmans. Saint homme peut-être pour les hindous, Gandhi se révélait un bien piètre politicien » L'Inde de L'Islam, p 268.

[4] Après l’échec du « mouvement du Khalifat », des émeutes éclatèrent dans toute l’Inde dont certaines aboutirent à des rebellions armées de grande ampleur comme au Kérala avec la révolte de la communauté des Moplah, descendants d'Arabes immigrés. Ceux-ci, s'étant procurés des armes se soulevèrent en masse et établirent une sorte de « gouvernement Khalifat » dans leur province. Ils attaquèrent les hindous, les spoliant de leurs biens, violant les femmes, et en forcèrent un grand nombre à se convertir à l'Islam. Cette révolte, durement réprimée par les Anglais, n'eut pas de suite, mais les Moplah devinrent de fermes partisans de la Ligue musulmane, comme nombre de musulmans ayant participé au « mouvement Khalifat », contribuant ainsi au développement de celle-ci. Par la suite, il ne se passa pas d'année sans que de terribles émeutes communales n'opposent hindous et musulmans.


 

     
© Jaïa Bharati