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RÉGRESSION SPATIALE POUR L’HÉRITAGE HINDOU

Vinod Saighal

Article paru dans La Revue de l'Inde N°1 – octobre / décembre 2005



     La plus grande part des violences qu’on a pu observer ces dernières années sur plusieurs continents se réclamaient principalement de motifs religieux. Là où elle n’a pas explosé à grande échelle, elle couve sous des tensions identitaires permanentes : entre musulmans et chrétiens, musulmans et hindous, en fait entre musulmans et non-musulmans partout où l’Islam est majoritaire. On attribue souvent ces tensions à des éléments marginaux plutôt qu’à l’action planifiée et solidement financée d’une volonté d’expansion panislamique, et l’on se réfère, pour l’expliquer, à un « choc des civilisations ». Mais ce concept ne permet pas de rendre compte d’un phénomène bien plus précis ni de la régularité avec laquelle il se produit en différents points du globe. En ce qui concerne le sous-continent indien, nous assistons à une régression de l’espace même où l’héritage védique s’était développé et avait su résister durant des millénaires à la domination étrangère, avant que l’Inde n’accède à l’indépendance. Il est effrayant de voir à quel point, au cours des dernières décennies, la culture hindoue a été progressivement exclue de larges zones du sous-continent qui l’a vu naître et ce, principalement dans le Nord, l’Ouest, l’Est ainsi qu’au Bengladesh. Si ce phénomène n’était pas arrêté, on assisterait à un rétrécissement continu de l’espace où l’héritage védique s’était d’abord épanoui, enrichissant les racines spirituelles et philosophiques de la culture mondiale. Même dans l’espace – en cours d’érosion constante – de cette Inde tronquée [par la partition de 1947] qui lui reste accessible, la culture hindoue ne peut s’exprimer ouvertement sans avoir constamment à s’excuser d’exister. Le danger qui la menace ne concerne pas seulement l’hindouisme en tant que culture séparée, mais l’héritage spirituel qu’il représente pour toute l’humanité.

     À une époque où la religion est de plus en plus asservie à la poursuite de buts politiques, l’instabilité de l’Inde et du monde exigerait une reformulation du sens même de l’attitude religieuse et la réaffirmation de son contenu spirituel. Mais durant les décennies qui ont suivi l’indépendance du sous-continent, c’est comme instrument du politique que le facteur religieux a joué un rôle déterminant : l’Inde a été divisée selon des lignes d’identités religieuses dont le militantisme a été savamment utilisé par des calculs géostratégiques extérieurs [du colonisateur britannique], pour aboutir à l’installation de bases militaires étrangères sur le sous-continent, notamment au Pakistan. De ce fait, les menaces qui pèsent aujourd’hui sur l’Inde se sont cristallisées autour de son caractère hindou, et c’est son héritage védique qui s’est trouvé menacé, sur cette terre qui, tant qu’elle a été hindoue, a ignoré pendant des millénaires tout exclusivisme et tout intolérance religieuse qui n’ont jamais fait partie de sa conception d’une vaste liberté spirituelle qui autorise tous les chemins. Ces phénomènes ne l’atteignirent qu’après l’expansion des religions plus récentes, dont la dernière finit par l’asservir durant près d’un millénaire. Aujourd’hui encore, les capacités de nuisance du Pakistan et du Bengladesh se concentrent exclusivement sur son caractère hindou et sont suffisamment précises pour justifier l’analyse d’une menace dirigée non sur l’Inde en tant que pays mais en tant que culture dépositaire d’un héritage propre. Cette menace est d’autant plus dangereuse qu’elle est ignorée, aussi n’est-il pas inutile d’analyser la situation inextricable qui s’est développée sur le front Ouest où, pendant 50 ans, le Pakistan a mené l’Inde par le bout du nez. En effet, du fait de la sensibilité de sa large communauté musulmane aux questions religieuses, la politique de l’Inde a presque invariablement été réactive. Même les gains de sa victoire indiscutable contre le Pakistan, lors de la libération du Bengladesh en 1971, ont été vite dissipés, au point que l’hindouisme se trouve aujourd’hui au bord de l’extinction dans ces deux pays. Indépendamment du déclin récent du Pakistan sur la scène internationale, il est indéniable que ce pays a réussi à atteindre les objectifs suivants :



 
Contrecarrer les efforts de l’Inde visant à obtenir un siège permanent au Conseil de Sécurité de l’ONU. (Notons que cette position du Pakistan et du Bengladesh n’a été reprise par aucun autre pays musulman),

 
Garder la question du Cachemire ouverte dans les forums mondiaux. Là aussi, la base des revendications constamment rappelées est la religion,

 
 
De concert avec la Chine, limiter l’accès de l’Inde à l’Asie centrale, par la répression ou l’élimination systématiques des cultures indigènes, dans un arc qui va d’Afghanistan au Tibet, en passant par le Jammu, le Cachemire et au-delà,




 
 

Réduire le colosse indien à l’état de géant quémandeur, en l’obligeant à plaider sa cause devant la communauté internationale pour le sauver du terrorisme transfrontalier en provenance du Pakistan. Notons que ce terrorisme a manifestement une dimension religieuse qui vise non seulement l’acquisition de territoires mais l’éviction d’hindous hors de zones à prédominance musulmane,
Mettre l’Inde sur la défensive sur plusieurs fronts,

 
Obliger l’Inde à d’énormes dépenses pour contrer la menace de conflits de basse intensité générés par le Pakistan sur une base religieuse, ou financés par lui,
Créer des tensions sur les frontières indo-népalaise et indo-bengladeshie,


 
De concert avec l’Arabie Saoudite, contribuer à l’énorme prolifération de madrassas (écoles coraniques), en Inde et dans le sous-continent, notamment au Bengladesh et dans la zone frontalière Indo-népalaise,

 
Soutenir des groupes militants dans le Nord-Est en dépit de l’écrasante défaite militaire de 1971,

 
Multiplier les cellules de jihadis en de nombreux points de l’Inde et du sous-continent,
Mettre en circulation de grandes quantités de fausse monnaie dans le pays,

 
De concert avec ses sympathisants au Bengladesh, pousser les hindous à l’exode dans les deux pays,

 
Installer des éléments hostiles en résidence permanente en Inde, en vue d’activités anti-indiennes à venir, ayant pour cible tout ce qui est hindou,

  
Prendre une place dominante dans la pègre de Mumbaï (Bombay) et d’autres villes de la côte Ouest à travers ses représentants basés à Mumbaï,
Infiltrer l’industrie de cinéma de Mumbaï,

 
Favoriser la mise en place d’axes politico-criminels dans la plupart des États régionaux de l’Ouest, notamment au Maharastra et au Gujarat,
Entretenir l’action militante au Jammu et Cachemire,
Effectuer d’innombrables actes de subversion, de sabotage et de terrorisme,

 
Subvertir la psyche islamique et mettre en place des mouvements panislamiques à tonalité anti-hindous et anti-Inde.

     Quand on regarde objectivement l’énumération ci-dessus, les implications qui en découlent devraient nous faire réfléchir. Il est inconcevable qu’un pays de la taille de l’Inde, qui dispose de ressources bien supérieures à celles de son adversaire, le Pakistan, ait laissé cet état de choses se développer au fil du temps, a fortiori après avoir remporté quatre guerres contre lui. Si l’Inde avait essuyé un échec dans l’un quelconque de ces conflits, les conséquences pour les hindous auraient été si sinistres qu’il vaut mieux ne pas y penser. La question est dès lors de savoir si l’Inde est intrinsèquement faible ou si elle a été artificiellement affaiblie par de mauvaises politiques, de mauvaises options militaires, et par une incapacité à comprendre comment l’arme religieuse est utilisée par le Pakistan – et, plus récemment, par le Bengladesh – ainsi que la réponse qui doit y être apportée.

     Si l’on veut porter remède aux faiblesses que l’on a laissées se développer dans la pensée stratégique de l’Inde, ainsi que dans les modes de réponse inadéquats qui ont résultés de prémisses erronées, il faut faire table rase des concepts en cours, changer la façon de poser le problème et ouvrir des perspectives nouvelles qui permettront de trouver des réponses plus efficaces aux menaces qui pèsent sur l’héritage védique du sous-continent.

     Pour que l’Inde puisse émerger comme acteur important sur la scène mondiale, elle doit pouvoir répondre à la menace des fondamentalistes islamistes en provenance du Pakistan et du Bengladesh, qui s’est étendue à toute la zone Nord-Est et jusqu’à l’Inde elle-même, sous le nez et à la barbe de nos services de renseignements. En conséquence, à moins que l’Inde ne soit en mesure de sortir de l’impasse actuelle concernant le terrorisme transfrontalier et les flux migratoires illégaux (principalement non hindous et inamicaux à l’égard de l’Inde), elle ne serait pas en mesure d’empêcher la montée d’un fondamentalisme musulman dans le sous-continent. Il est donc de première importance d’entreprendre une analyse des options non militaires qui nous permettraient d’arriver à un niveau plus acceptable des problèmes transfrontaliers, particulièrement dans les corridors de l’Est, où ils sont actuellement en pleine expansion.

     Le gouvernement Indien a fait l’objet de nombreuses critiques, à l’intérieur comme à l’extérieur, concernant ses relations avec ses voisins. Ce que beaucoup trouvent inexplicable, c’est qu’un pays de la taille de l’Inde puisse continuer à en appeler à d’autres puissances pour juguler l’envoi, par le Pakistan – et maintenant par le Bengladesh –, de groupes insurgés sur son territoire. Ces pays ne pouvant pas se mesurer à l’Inde, du fait de la disproportion des ressources de part et d’autre, l’incapacité supposée de l’Inde à trouver une réponse effective à ces menaces doit venir de mauvaise priorités sur les plans de l’organisation des forces armées et l’acquisition d’armements, ainsi que dans l’adoption d’une seule option stratégique, la guerre conventionnelle, qui ignore d’autres types de réponse possibles.

     Compte tenu des sensibilités religieuses existant dans le pays, les questions traitées ici ont longtemps été considérées comme taboues. Cependant, les forces armées, en tant qu’organisation professionnelle ont le devoir, comme c’est le cas partout dans le monde, d’examiner tous les aspects de la sécurité nationale avec une objectivité clinique. Lorsque, il y a quelques années, le site le plus sacré de l’Islam, la Mecque, a été menacé par des révolutionnaires, les forces saoudiennes n’ont eu aucune hésitation à donner l’assaut dans la sainte citadelle de l’Islam afin d’y rétablir l’ordre. On trouverait des exemples analogues en Egypte et ailleurs. Les nations soucieuses de leur sécurité et leurs forces armées se doivent d’agir avec détermination dès lors qu’elles se trouvent en présence d’une menace claire. Ce n’est qu’en Inde qu’on laisse les problèmes suppurer dans une interminable agonie. C’est même devenu un trait indien, ou peut-être hindou. Cet article entend situer la question de la sécurité nationale de l’Inde à l’intérieur d’une dimension plus vaste, celle de l’héritage védique et post-védique. Cette formulation n’exclue en rien les garanties d’égalité et de liberté pour les minorités non hindoues, ni l’importance primordiale que nous accordons à une coexistence harmonieuse des communautés, car celle-ci fait partie intégrante de l’héritage philosophique indien, comme des garanties inscrites dans sa constitution.

     Il ne fait aucun doute que la menace la plus directe sur la sécurité de l’Inde vient aujourd’hui du terrorisme mondial et de ses liens avec le fondamentalisme islamique, lequel est toujours susceptible de recevoir ses instructions et un soutien logistique et financier du Pakistan comme du Bengladesh, les deux agissant d’ailleurs de concert. Cette menace existe à l’état diffus et peut se concrétiser à n’importe quel moment dans le pays ou à sa périphérie immédiate, comme on peut le voir au Népal, ou dans la politique du Bengladesh visant à déstabiliser tout le Nord-est. Ce n’est pas tant le niveau actuel de la menace qui est alarmante que son niveau potentiel, lequel résulte de l’incapacité des gouvernements de l’Inde à prendre des initiatives décisives en temps opportun.

     De même, alors que nos adversaires utilisent l’intervalle entre deux guerres pour se renforcer en vue du coup suivant ou pour poursuivre leurs buts à long terme, comme le font la Chine, les USA et le Pakistan, en Inde la complaisance s’installe très rapidement, même dans les forces armées, ouvrant la porte à des vulnérabilités nouvelles. Ce piège aussi doit être évité par les responsables indiens.

     Par ailleurs, compte tenu de la proximité du Bengladesh et de la présence de 16 millions de bengladeshis immigrants sur les états frontaliers, la montée du terrorisme islamique dans l’Est menace sérieusement la sécurité de l’Inde, tant sur le plan de son intégrité territoriale que sur celui de l’héritage védique dans cette région. De manière significative, l’ULFA (United Liberation Front of Asom) et la MULTA (Muslim United Liberation Tigers of Assam) ont déjà rejoint le Bengladesh Islamic Manch (BIM), organisation créée en mai 2002 pour coordonner les activités communes à différents groupes terroristes implantés au Bengladesh ainsi que dans les zones à majorité musulmane du Sud-Est de l’Inde et de Myanmar (Birmanie). Le BIM s’est fixé comme objectif la création d’un État islamique transnational avec le Bengladesh comme noyau dur. Or tout cela s’accompagne d’un transfert progressif d’Ouest en Est (du Pakistan vers le Bengladesh) d’une capacité croissante de guerre asymétrique, avec, comme objectif permanent à long terme, l’érosion interne de l’Inde. Ce glissement Ouest-Est, en plus de renforcer l’effort de jihad du Pakistan, a été rendu encore plus nécessaire avec l’immixtion des USA dans la politique pakistanaise et le regard vigilant que l’Occident garde sur ce pays, qui sont susceptibles de s’approfondir dans les années qui viennent.

     En conséquence, aucune paix n’est envisageable sans un démantèlement général préalable des installations hostiles existantes dans tous les secteurs. De même, tout pronostic d’une possibilité de compréhension mutuelle entre l’Inde, le Pakistan et le Bengladesh, ainsi que des mesures de paix qui l’accompagneraient, tourneraient probablement au désavantage de l’Inde, car ses voisins garderaient toujours intactes leurs capacités de réactivation des cellules dormantes et pourraient reprendre leurs activités anti-indiennes (en fait anti-hindoues) à n’importe quel moment, du moins tant que la combinaison mollahs-armée gardera des atouts en mains sous quelque forme que ce soit. Par conséquent, l’Inde ne peut se permettre de baisser sa garde. Elle devra plutôt redoubler d’efforts en matière de renseignement et de contre-renseignement, si l’on veut que le processus de paix progresse de manière significative.

     Quels que soient les résultats des conversations en cours entre l’Inde et ses voisins, et quelles que soient les concessions accordées par l’Inde pour désamorcer les tensions existantes, que ce soit de son propre chef ou sous la pression de l’extérieur, les aspects évoqués dans les paragraphes suivants travailleront contre l’Inde pendant encore longtemps. Tout d’abord, la communauté musulmane s’opposera en bloc à tout changement radical de sa politique étrangère, surtout de ses relations avec Israël et les États-Unis. Cette attitude s’enracine dans un sentiment viscéralement anti-israélien et dans la haine que le panislamisme a installé dans presque tous les pays où existe une communauté musulmane. Le problème est exacerbé en Inde de par la taille de sa communauté musulmane et la vulnérabilité de celle-ci à la propagande transfrontalière. Le Gouvernement indien et la classe dirigeante doivent accepter la réalité d’un sentiment fondé sur l’identité religieuse plutôt que sur un antinationalisme à proprement parler.

     Deuxièmement, alors que les régimes militaires du Pakistan et du Gouvernement Bengladeshi possède la capacité de démanteler leurs camps de jehadis utilisés pour l’entraînement des éléments infiltrés, il est peu probable qu’il en soit de même pour les madrasas gérées par des groupes radicaux qui prônent la jihad et le meurtre des non-musulmans comme acte de foi en la religion du Prophète. En réalité, c’est la haine instillée dans les jeunes recrues des madrasas qui permet à ces tanzeems de garder le contrôle de leurs ouailles. Modernisons les madrasas et laissons des pensées nouvelles les pénétrer et nous assisterons à un changement radical dans le comportement des étudiants. Néanmoins, les islamistes radicaux ne laisseront jamais cela se produire, et aucun gouvernement pakistanais ou bangladeshi ne se hasarderait à une confrontation directe avec ces groupes. Quelles que soient les ouvertures de paix et les mesures de confiance qui pourraient être prises, les produits de ces madrasas et les dirigeants fanatiques qui les contrôlent seront toujours en position de rétablir des camps d’entraînement pour des missions-suicides de l’autre côté de la frontière.

     Troisièmement, tant que l’Amérique poursuivra sa politique interventionniste au Moyen-Orient, en Asie Centrale, au Pakistan et en Afghanistan, il en résultera nécessairement la poussée d’un islam anti-modernisateur, en premier lieu dans le sous-continent, où l’identité panislamique nourrira alors la croissance de groupes fondamentalistes hostiles à l’Inde. Même s’ils ne s’engagent pas dans des activités anti-nationales stricto sensu, ils constitueront une sorte de poudrière toujours prête à s’enflammer. Il suffit pour cela que de jeunes musulmans soient manipulés et que la politique du gouvernement lui soit présentée comme anti-musulmane, même s’il n’en est rien. Notons que même dans l’hypothèse d’une coexistence harmonieuse entre communautés en Inde, la situation mondiale tendra toujours à exacerber l’hostilité des musulmans contre les hindous dans le sous-continent.

     Tels sont quelques uns des problèmes qui continueront à entraver la croissance de l’Inde en tant que pouvoir régional, quels que soient les progrès réalisés sur les plans économique, technologique ou autres, et indépendamment des concessions que l’Inde sera amenée à faire au Pakistan et au Bengladesh pour diminuer la tension au Jammu et au Cachemire ou pour harmoniser leurs relations. Il serait inconséquent à l’extrême pour le Gouvernement et les responsables de la sécurité de baisser leur garde dans le sillage d’une amélioration des relations avec les pays voisins, car le Pakistan et le Bengladesh garderont toujours l’option de relancer la mise en provoquant des troubles au moment opportun. Or, pour répondre à ce type de menace, l’Inde ne dispose d’aucun mécanisme de réponse autre que la guerre conventionnelle. Pour surmonter ce danger permanent, les mesures suivantes doivent être prises :







 
Tout d’abord, le Gouvernement et les responsables de la Sécurité du pays doivent réaliser que le Pakistan et le Bengladesh seront toujours en position de créer des troubles en Inde, directement ou pour le compte de puissances étrangères, à moins que leurs capacités de nuisance soit suffisamment affaiblie au point de ne plus pouvoir promouvoir des activités anti-indiennes à l’avenir. Si cela n’était pas fait, l’Inde continuerait à souffrir comme elle l’a fait durant les 50 dernières années en dépit de sa situation de puissance militaire et économique régionale,

 



  
Les organes de sécurité doivent être renforcés et devenir capable de repérer et démanteler toutes les cellules dormantes et les organisations infiltrées par les agences hostiles. Aucune négligence n’est admissible dans ce domaine, quelque soit l’attitude des États régionaux. L’entraînement et la modernisation des forces paramilitaires et des services de renseignement doivent donc être considérablement augmentés en vue de cet objectif,

 
 

  
Le profil démographique, surtout sur les États frontaliers, doit être piloté beaucoup plus professionnellement. Dans les zones frontalières, toute tentative des fondamentalistes en vue de propager l’anti-modernité et repousser les femmes derrière le purdha pour leur interdire l’accès aux écoles d’État doit être fermement combattue,




 
 

Réduire le colosse indien à l’état de géant quémandeur, en l’obligeant à plaider sa cause devant la communauté internationale pour le sauver du terrorisme transfrontalier en provenance du Pakistan. Notons que ce terrorisme a manifestement une dimension religieuse qui vise non seulement l’acquisition de territoires mais l’éviction d’hindous hors de zones à prédominance musulmane,


 
Des efforts particuliers doivent être fournis, au besoin par des forces fédérales déployées sur la frontière, pour ouvrir des écoles dans les régions arriérées, vulnérables à la propagande des fondamentalistes.

     Il est grand temps, pour les responsables de la Sécurité en Inde, de comprendre qu’à moins que le Pakistan et le Bengladesh ne soient mis hors d’état de nuire, il ne peut y avoir de paix entre l’Inde et ces pays, même si des accords de paix satisfaisants sont signés. C’est l’incapacité des responsables de la Défense à saisir cette situation qui maintient la capacité de nuisance de nos adversaires.

     Il existe une dissymétrie structurelle entre le Pakistan et le Bengladesh d’une part, et l’Inde d’autre part en ce qui concerne leurs capacités respectives de nuisance : du côté du Pakistan et du Bengladesh, les fondamentalistes peuvent toujours bloquer la distribution de publications et de films indiens dans les secteurs qu’ils contrôlent, comme ils l’ont déjà fait. En Inde, en revanche, ils utilisent librement toute opportunité pour subvertir la psyche des populations musulmanes par la propagande, l’accès direct, les médias et la multiplication des madrasas. Ici, la Constitution de l’Inde, son système judiciaire et ses médias, qui par ailleurs renforcent la démocratie et dont le pays peut à juste titre s’enorgueillir, travaille à son désavantage tant que cette menace extérieure existe. Il faut ainsi se rendre compte que sous le gouvernement du Général Musharaff, les organisations de jehadis au Pakistan étendent l’emprise de leurs réseaux bien plus rapidement que Pervez Musharraf et les Américains ne le réalisent. Alors que les principaux partis politiques ont été mis sous contrôle, chaque mois qui passe voit naître de nouvelles madrasas ouvertes par les militants islamistes. Ces derniers mettent aussi en place des activités charitables de terrain dans les secteurs les plus pauvres de la société pakistanaise, négligées par l’État. Leurs caisses s’emplissent d’une quantité massive de petites donations du public. D’ici cinq à dix ans, ils représenteront un défi crédible à la suprématie de la Fondation Fauji de l’armée pakistanaise [1]. Quelque chose de similaire pourrait se produire au Benglasdesh.

     Ceci dit, le repérage et l’endiguement du terrorisme ne peuvent constituer à eux seuls la stratégie à long terme d’une nation confrontée à une menace terroriste potentielle. Il faut viser la destruction du cœur et de la pensée de l’organisation qui la parraine. Le recours à de mesures répressives devrait lui succéder, non la précéder. Pendant trop longtemps, du fait de son incapacité à saisir l’essence du problème, la politique indienne ainsi que ses services de sécurité ont été incapables d’une quelconque efficacité. Une autre réponse doit être trouvée, et chaque nation doit élaborer ses propres alternatives aux méthodes américaines actuelles de traitement de la menace terroriste – la destruction préventive ou les représailles massives, qui sont inadéquates.

     Après avoir donné de sérieux coups à Al Quaïda, les USA semblent se satisfaire de canaliser l’énergie résiduelle des jehadis vers la Russie, l’Asie et l’Afrique, comme en Tchétchénie, au Cachemire ou ailleurs, pourvu que les pays occidentaux restent raisonnablement hors d’atteinte. Le plus sûr moyen de s’assurer d’un affaiblissement des capacités hostiles à l’Inde est d’abord de renforcer sa sécurité. Inutile de dire que ce point laisse actuellement beaucoup à désirer. Une démocratie telle que l’Inde, avec la politique qui est la sienne, laissera toujours ouvertes de grandes failles dans sa sécurité nationale, surtout si son adversaire peut mobiliser à l’intérieur du pays des sympathies panislamiques ou des ressentiments qui se sont accumulés dans la communauté minoritaire. La question se complique du fait que la sécurité relève des États régionaux, y compris sur le plan judiciaire. Dans ce domaine, la Constitution recèle une faiblesse grave à laquelle il n’a jamais été porté remède malgré tous les amendements apportés au cours des cinquante dernières années : on n’y trouve aucune définition d’un crime de nature fédérale ni aucune instance judiciaire fédérale qui puisse être saisie sur l’ensemble du territoire. Aucun autre pays ne connaît une telle infirmité, qui peut être facilement exploitée par les intérêts hostiles.

La dynamique démographique

     Selon un ancien Secrétaire d’État Américain, G. P. Schutltz, c’est la soumission imposée aux femmes par une population masculine souvent désœuvrée qui a provoqué l’explosion démographique. Dans le sous-continent, celle-ci a joué un rôle important dans la dégradation de la situation au Nord-Est. Quelle que soit l’estimation du nombre d’immigrants, qui varie de douze à vingt millions, il reste que l’Inde sera toujours le bassin de réception final des immigrations illégales de la plupart des pays périphériques. Une grande part de ces populations est potentiellement vulnérable à la propagande anti-indienne. Les implications en termes de sécurité sont bien perçues par New Delhi et le Bengale, qui sont maintenant revenus de la politique de l’autruche. Néanmoins, ni le Bengale ni les États de Nord-Est, ni le Centre n’ont formulé de politique claire pour écarter la menace posée par ce flux migratoire grandissant. Le plus probable est que la décision du Centre de maintenir le statu quo concernant la loi sur l’immigration clandestine en Assam, le IMDT Act [2] est susceptible d’exacerber le problème dans les années qui viennent.

     Si l’on ne prend pas de mesure préventives anticipatrices, les flux en provenance du Bengladesh, du Pakistan et du Népal pourrait se changer en invasion, lorsque se feront sentir les effets de l’arrivée à échéance de l’accord multifibre signé par les membres de l’OMC, qui a pris fin le 31 décembre 2004. En effet les Américains et les Européens, qui se fournissaient jusqu’alors en textile auprès de soixante pays, sont autorisés maintenant à réduire le nombre de leurs fournisseurs à quelques pays seulement. Le principal bénéficiaire en sera la Chine et, dans une moindre mesure l’Inde ; les principaux perdants seront le Bengladesh, le Népal et le Pakistan. Des millions de gens pourraient se trouver sans emploi dans des pays qui sont parmi les plus pauvres et les plus instables du monde. Les experts du Bengladesh craignent une perte de 1.25 à 2.5 milliards de dollars d’exportation, sans compter ses répercussions sur le secteur bancaire et l’ensemble de l’économie. Environ 70% des travailleurs textiles au Bengladesh sont des femmes, la plupart venant de zones rurales pauvres. Il est à craindre que si elles perdaient leur emploi, beaucoup n’aient d’autre option que la prostitution pour survivre. À cet égard, la décision des industries automobiles indiennes Tata, d’investir 2 milliards de dollars au Bengladesh apparaît comme un pas dans la bonne direction. D’autres entreprises indiennes pourraient suivre, si elles recevaient des garanties crédibles de la part du gouvernement hôte.

     Sur le plan des influx démographiques, le Bengladesh pourrait devenir le Mexique de l’Inde, si ce n’est déjà fait. Les USA n’ont pas pu arrêter l’immigration clandestine en dépit d’une bien meilleure gestion frontalière et d’outils de surveillance très sophistiqués. Bien sûr, les USA n’ont pas à craindre des populations immigrantes le même type de menaces que l’Inde de la part d’un Bengladesh démographiquement submergeant certaines régions du Nord-Est et du Bengale occidental. Cela exige des modèles de réponse du côté indien qui fassent preuve d’imagination et d’innovation.

La voie à suivre

     Pour nous Indiens, l’héritage védique est éternel ; il ne peut ni disparaître ni être diminué. Ceci dit, nous en sommes les dépositaires, et chaque génération se doit de trouver les réponses aux problèmes qu’elle rencontre. Cela est non seulement conforme au Karma Yoga enseigné par la Bhagavad Guita, mais c’est devenu un impératif de survie. Nul doute que la culture hindoue est assaillie de l’extérieur et mise à mal à l’intérieur. Comment peut-elle relever ce défi ? Suggérons quelques actions possibles dans les conditions qui prévalent aujourd’hui dans le sous-continent :







 
La radicalisation de l’hindouisme ou d’un noyau dur tel que le mouvement Hindutva, ainsi qu’il est prôné par certaines organisations, n’est certes pas une réponse satisfaisante. L’hindouisme doit garder son identité propre, laquelle est fondée sur les valeurs de compassion, de tolérance et de non-violence, et ce quelles que soient les menaces qui l’assiègent. La renonciation à de telles valeurs serait une renonciation à nous-mêmes et représenterait une défaite spirituelle inacceptable,

 



  
Les menaces qui pèsent sur l’hindouisme aujourd’hui, sur la terre même de sa naissance, c’est-à-dire l’ensemble du sous-continent qui s’étend de l’Océan Indien jusqu’à l’Hindou-Kouch et au Tibet, sont aussi graves que celles qui ont existé dans le passé et doivent être contrées par les services compétents comme dans tout État de droit. Si besoin est, ces services peuvent être renforcés et leurs compétences temporairement étendues jusqu’à ce que le danger soit définitivement écarté,

 
 

  
Il est du devoir de l’État indien et de chaque citoyen de s’assurer qu’en dépit des différences communautaires qui ont été exacerbées par des objectifs politiques et par la situation internationale, aucun membre de minorités communautaires ne soit maltraité ni contraint à vivre dans la peur. Engendrer la peur, même en l’absence de toute violence physique, est aussi condamnable que cette dernière,




 
 

Parallèlement au renforcement des organes de sécurité, les gouvernements fédéral et régionaux doivent s’assurer que l’émancipation des femmes et l’éducation des filles soient mises en tête des priorités. Aucune organisation communautaire, aucun homme politique ni aucun individu ne devrait être autorisé à s’opposer à une telle politique.

 
 La stabilisation de la population dans tout le sous-continent doit devenir un objectif prioritaire de la SAARC [3].

    
Conclusion

     Dans la lutte contre le terrorisme, les forces du marché mondial dominent la scène militaire, effaçant la distinction entre armées publiques et privées, comme on le voit en Irak et en Afghanistan. Partout où des soldats font défaut, des agences privées de recrutement fournissent les hommes nécessaires et des entreprises privées gèrent des prisons militaires. Il est possible que les USA obligent le Pakistan et le Bengladesh à remplir ce rôle, avec ses conséquences possibles pour l’Inde.

     Les responsables de la défense en Inde doivent parler avec courage et souligner les conséquences probables des changements démographiques en cours dans le sous-continent, qui sont presque exclusivement au désavantage de l’Inde, qu’ils aient lieu au Pakistan, dans les territoires du Nord, au Cachemire occupé [4], au Népal ou au Bengladesh. À moins qu’une stratégie claire ne soit formulée pour modifier ces tendances lourdes, les forces alignées contre l’hindouisme vont se renforcer considérablement au détriment de l’Inde. Les officiers de l’armée, s’ils n’ont pas à être impliqués dans le débat, n’ont pas non plus à le fuir. Le danger d’une disparition démographique des populations non musulmanes dans de vastes zones du sous-continent, alors que simultanément le Pakistan et le Bengladesh favorisent l’immigration massive de population musulmanes potentiellement hostiles à l’héritage védique sur le sol même de l’Inde, est en soi un facteur de déstabilisation ; couplée à une propagande délibérée auprès de ces populations, elle devient une menace directe et irréfutable pour la sécurité du pays. Il doit en conséquence y être remédié de façon urgente et immédiate, dans le respect de nos valeurs fondatrices mais avec une volonté ferme et claire.

Vinod Saighal

© La Revue de l'Inde

( Vinod Saighal, Major Général à la retraite de l’armée de l’Inde, ancien attaché militaire de l’Inde en France, est l’auteur de plusieurs ouvrages : Third Millennium Equipoise, Restructuring South Asian Security, Restructuring Pakistan, Dealing with Global Terrorism: The Way Forward and Global Security Paradoxes 2000-2020)


Notes :

[1] La Fondation Fauji est le plus important des trois trusts privés de l’armée pakistanaise par lesquelles celle-ci possède et contrôle une grande partie de l’économie du pays. La Fondation finance aussi une grande quantité d’hôpitaux et d’institutions éducatives, se substituant ainsi à l’État dans des domaines qui sont normalement de son ressort.

[2] Illegal Migrant (Determination by Tribunals) Act. Cette loi sur l’immigration clandestine a été votée en 1983 pour l’ensemble de l’Inde mais les décrets d’application n’ont été promulgué que pour l’Assam. Ses modalités sont telles qu’elle est pratiquement impossible à appliquer et, de ce fait, favorise plutôt qu’elle ne décourage l’immigration clandestine. De plus, l’Assam la juge discriminatoire à son encontre dans la mesure où elle ne s’applique que sur son territoire.

[3] Association pour la Coopération Régionale en Asie du Sud crée en 1985, qui comprend le Bangladesh le Bhoutan, l’Inde, les Maldives, le Népal, le Pakistan et Sri Lanka.

[4] Les zones occupées par le Pakistan comprennent le POK (Pakistan Occupied Kashmir) et les zones du Nord-Ouest (Gilgit, Baltistan et Hunza) que le Pakistan juge d’un intérêt stratégique vital et administre directement.


 

     
© Jaïa Bharati