LA POLITIQUE FRANÇAISE DE NEHRU

 La fin des comptoirs français en Inde (1947 - 1954)




La mise en œuvre de la politique étrangère indienne :
Quelques aperçus sur les relations franco-indiennes


     Nous allons maintenant étudier quelques aspects spécifiques de la politique indienne vis-à-vis de la France pour essayer de voir comment Nehru réussit à mettre en pratique sa politique étrangère définie plus haut. Pour commencer, nous prendrons le problème du référendum et nous suivrons Nehru dans sa démarche de 1947 à 1954.

La question du référendum

     Quelques semaines avant l’indépendance, Nehru ne pensait pas vraiment qu’il serait nécessaire d’organiser un référendum pour décider de l’avenir des Établissements français en Inde. En fait, la propagande du Congrès national indien était depuis le premier jour : « Pourquoi est-il nécessaire de demander aux Indiens s’ils veulent devenir indiens ? ». Dans une note du 27 juin 1947 déjà citée, sur « L'Avenir des Établissements français et portugais », Nehru précisait sa pensée :

« Je pense qu'il est très probable que dès août 1947, le Gouvernement indien fera des propositions formelles en ce qui concerne l'Inde française et portugaise. Ce qui doit inévitablement signifier l'absorption de ces régions dans l'Union indienne. Au pire cela pourrait vouloir dire quelque référendum populaire. Colonel Fletcher et M. Baig pourraient bien préparer le terrain pour cela [1]. »

     Nous voyons que Nehru n'envisage une consultation populaire qu’en dernier lieu. Que les consuls britannique et indien à Pondichéry puissent « préparer le terrain » est une remarque quelque peu surprenante sous la plume de Nehru, mais nous verrons que « l’aide » de Baig sera souvent utilisée.

     Le 29 juin 1948, l’échange de lettres entre Nehru et Daniel Lévi, l’ambassadeur de France à New Delhi, montre que Nehru s’était fait à l’idée d’un référendum :

« Mon Gouvernement partage chaleureusement le désir du Gouvernement français pour un référendum par lequel la population de l'Inde française doit être consultée. Il doit se tenir dans une atmosphère libre de passion et de haine et sans pressions internes ou externes [2]. »

     Entre-temps, le chargé d’affaires Roux, puis l’ambassadeur Lévi avaient expliqué au Premier ministre indien que la France ne pouvait se défaire d’aucune de ses possessions avant que les populations n’aient été consultées. La Constitution française l’exigeait [3].

     C’est pourquoi le 8 juin 1948, le gouvernement français avait annoncé des élections dans les territoires pour élire un corps qui déciderait de la procédure du référendum.

     Il faut noter que parallèlement à la question du rattachement des comptoirs français à l’Inde, Nehru avait un problème autrement plus épineux à résoudre, le sort de l'État dont il était originaire : le Cachemire.

     Dans les premières semaines après l’indépendance, alors que le Maharadjah Hari Singh hésitait à choisir entre Inde et Pakistan, des commandos (raiders) commencèrent à s’infiltrer dans la vallée avec l’objectif de s’emparer de Srinagar. Mais au passage, ils commirent les pires crimes dans la région de Baramula et durant les semaines qui suivirent l’accession de l’État de Jammou et Cachemire à l’Union indienne [4], l’opinion publique cachemirie, révulsée par les événements de Baramula, était définitivement en faveur de l’union avec l’Inde.

     Fort des informations détaillées de ses services de renseignement sur l’état d’esprit des populations à ce moment-là, Nehru déposa une plainte aux Nations unies contre les infiltrations pakistanaises et « généreusement » offrit qu’un plébiscite soit organisé pour résoudre la question du Cachemire.

     Ce plébiscite, on l’oublie souvent, était un plébiscite avec des conditions : dans un premier temps les troupes pakistanaises et les raiders devaient se retirer des parties du Cachemire occupées par le Pakistan [5], et dans un deuxième temps, les troupes indiennes devraient quitter celles qu’elles occupaient. Ce n’était qu’après ce retrait des forces pakistanaises et indiennes que le plébiscite pourrait avoir lieu. Nous verrons l’importance de ce détail quand la question du référendum dans les Établissements deviendra plus pressante.

      Quoiqu’il en soit, dans les premiers mois de 1948 Nehru pensait que son peuple [6] se rallierait à l’Union indienne. Mais la situation devait rapidement évoluer sur le terrain et déjà des rapports lui annonçaient que dans la région de Muzzaffarabad (sous occupation pakistanaise), l’opinion des populations, très proches des musulmans du Pundjab et qui n’avaient pas connu les sévices des raiders, avait beaucoup évolué. C’est dans ce contexte que devaient se tenir fin décembre les élections municipales dans les Établissements français [7].

     Nehru comprit rapidement que même s’il était évident que les Indiens voulaient être Indiens, il y avait bien d’autres facteurs en jeu, dont le principal était la question de la fraude électorale, art traditionnel à Pondichéry.

     Dans une lettre du 16 juillet 1948, adressée au Président du Karikal National Congres, lui enjoignant de participer aux élections, Nehru réitérait :

« Le Gouvernement de l'Inde a déclaré à plusieurs reprises qu'il se soumettrait à la volonté des populations concernées, à condition bien sûr que cette volonté soit correctement établie.
…Les élections municipales sont seulement un préliminaire et seulement le corps élu décidera de la procédure du référendum. Toute organisation boycottant ces élections sera naturellement à son désavantage [8]. »

     En août 1948, après avoir rencontré à Madras une délégation de Pondichéry, qui lui décrivit comment se préparaient les élections, il écrivit au Secrétaire général du ministère des Affaires extérieures :

« …ils m'ont parlé des décisions qui ont été prises par les autorités françaises pour empêcher des élections libres et honnêtes. Je ne sais pas exactement ce que nous pouvons faire à ce sujet mais nous pourrions attirer l'attention de l'ambassadeur français sur ces plaintes et leur faire comprendre qu'à moins que les élections ne soient libres et honnêtes pour tous les partis, cela n’aidera pas à atteindre l’objectif pour lequel elles sont organisées [9]. »

     Pour Nehru, la situation sur les deux fronts ne s’améliorait pas : après une visite au Cachemire début octobre 1948 où il avait vu lui-même les conditions, il reçut des nouvelles des élections dans les comptoirs.

     Dans une note du 15 novembre 1948, intitulée « Le référendum dans les enclaves françaises », Nehru informait le Secrétaire général du ministère des Affaires extérieures :

« Je voudrais dire que, au vu des développements récents, toute cette affaire d’élections et de référendum est partie de travers. Nous ne devons donc rien promettre qui aille dans cette direction [10]. Nous n’avons pas besoin non plus de le rejeter, mais nous devons dire que d’après nos expériences récentes, il est très difficile pour nous de considérer des élections ou un référendum d’une manière sérieuse [11]. »

     Après le cessez-le feu qui avait eu lieu au Cachemire le 1er janvier 1949, Nehru avait de plus en plus de doutes quant à une solution par « consultations » pour résoudre la question des comptoirs. D’autant plus qu’il se rendait bien compte qu’il s’était enfoncé dans le bourbier des Nations unies, où de nombreuses puissances n’étaient pas intéressées par sa « neutralité » mais, par contre, montraient un grand intérêt pour le Proche Orient. Elles trouvaient dans le Pakistan un allié de taille qu’il était bon de ménager. Sans le vouloir, Nehru était entré dans le grand jeu de la guerre froide et de la real politique.

     Au cours d’une conférence de presse, le 5 août 1949, il dit clairement que l’Inde acceptait toujours l’idée d’un référendum, mais que si le résultat de ce référendum n’allait pas dans le sens de « l’histoire », l’Inde en refuserait le résultat :

« Question : N'auriez-vous pas pu dire au Gouvernement français que leurs territoires en Inde étaient des cadeaux des Anglais et que maintenant que les Anglais étaient partis honorablement, il serait mieux qu’ils suivent le même chemin ?

Nehru : …Nous avons pris une position qui n’est pas tout à fait logique, si je puis dire. Mais nous disons deux choses qui sont contradictoires. Tout d'abord, nous disons, et nous ne bougerons pas de cette position, que cette question doit être décidée par le vote de ces populations. Nous nous y soumettrons parce que nous n’entendons pas du tout forcer les [Français]. D'autre part, nous disons aussi que nous ne pouvons pas concevoir – vote ou pas vote – qu’une puissance étrangère reste ici. Autrement dit, si le vote n’était pas vraiment en faveur de l'Inde [pour l’union avec l’Inde], nous nous y soumettrions, mais la question restera non résolue jusqu’à ce qu'elle soit résolue plus tard d’une autre façon. Cela signifierait simplement retarder la solution du problème. Heureusement, cette éventualité est peu probable, donc ce n’est pas très important [12]. »

     Les choses en restèrent là pendant les deux années suivantes et nous n’entrerons pas dans les discussions compliquées sur des observateurs « neutres ».

     La seule chose qu’il nous est nécessaire de noter est que sous la pression populaire (et celle du Congrès), en 1949 un référendum fut organisé par l’administration française à Chandernagor afin de savoir si la population voulait rester avec la France ou bien s’unir au destin de l’Inde. Cette consultation se déroula dans des conditions acceptables, au moins pour le Gouvernement indien [13].

     Le 1 octobre 1951, au Parlement, Nehru fit le point de la situation et réitéra la position officielle de son gouvernement.

« Il avait été annoncé en juin 1948 qu’un référendum aurait lieu pour déterminer l’avenir des territoires français. En juin 1949, un référendum a eu lieu à Chandernagor dans lequel la population a voté avec une majorité écrasante en faveur de l’union avec l’Inde. Un transfert de facto du pouvoir a eu lieu en mai 1950 et le traité de cession de Chandernagor a été signé en février 1951.
     Aucun référendum n’a eu lieu pour le reste des territoires français de Pondichéry, Karikal, Mahé et Yanaon. La position du gouvernement indien a été et est toujours que, tant que les conditions pour un référendum libre ne seront pas réunies sur ces territoires, le gouvernement indien n’en acceptera pas les résultats. De telles conditions sont malheureusement encore très éloignées [14]. »

     Mais déjà les dés étaient jetés. L’Inde ne pouvait pas se permettre de créer un précédent qui sans aucun doute aurait une influence sur la question du Cachemire. En effet, si Nehru avait accepté un référendum sans pré-conditions à Pondichéry, le Pakistan n’aurait pas manqué d’approcher les Nations unies et les puissances occidentales pour obtenir la même chose au Cachemire. Nehru qui s’était lui-même jeté dans la gueule du loup en en référant aux Nations unies, connaissait trop bien la « neutralité » douteuse de certaines nations occidentales envers l’Inde.

     Un an plus tard, le 9 octobre 1952, dans un discours à Madras, le Premier ministre employa des mots assez forts pour annoncer qu’il n’était plus question de référendum :

« Aucune discussion sur la question des Établissements français n’est possible, avec qui que ce soit, à cause de l’atmosphère qui a été créée à Pondichéry. Là-bas, si une personne parle de l’union avec l’Inde, des voyous arrivent pour lui écraser la tête. »

     Une semaine plus tard, l’Inde officialisait la décision que Nehru devait avoir prise depuis quelques mois déjà. Le 17 octobre 1952, dans un Aide-mémoire adressé au gouvernement français, au sujet des Établissements français en Inde, le gouvernement de Delhi mentionnait :

« La situation existante a convaincu le gouvernement indien qu’il ne servait à rien de continuer sur cette base et d'avoir un référendum dans les Établissements français. Les conditions favorables pour organiser un référendum libre et impartial ont, de fait, cessé d’exister [15]. »

     Quelques jours plus tard, au cours d’une conférence de presse, il confirma que l’idée du référendum était morte et enterrée :

« Question : Pensez-vous revenir sur l’accord de 1948 qui disait que le destin des Établissements français devrait être résolu par un référendum ?

Nehru : …J’avais cru avoir été clair en disant que cet accord a été dénoncé par une succession d’actes sur le territoire des Indes françaises. En dépit de nos protestations répétées, ces actes continuent et la situation s’est détériorée. En fait, depuis que j’en ai parlé à Madras, j’ai reçu une autre liste de brigandages [goondaism] perpétrés là-bas. Donc, l’idée d’un plébiscite est bel et bien enterrée. Il ne pourra pas avoir lieu [16]. »

     La France devra faire un compromis avec sa propre Constitution deux ans plus tard lorsqu’elle acceptera que les élus « représentant » la population de Pondichéry (et non pas cette population elle-même) votent pour choisir l’union avec l’Inde.

     Nehru ne devait pas être mécontent que la question de l’Inde française, sans trop d’importance par ailleurs si ce n’est pour le prestige de la France et de l’Inde, se soit terminée sans créer un précédent fâcheux pour la question du Cachemire.


Nehru et le processus de décolonisation

     Après avoir décrit les idées très précises et très conséquentes de Nehru sur la décolonisation, il est intéressant de jeter un regard sur la façon dont cette politique pourra s’appliquer en pratique et quel compromis Nehru devra faire pour ne pas sacrifier d’autres aspects de sa politique extérieure tels que la non-violence et le non-alignement. Comme nous l’avons brièvement signalé, il n’était pas très facile de marier ces différents aspects.

     Nous avons vu les réactions de Nehru sur la question indochinoise en 1947 : il avait dû faire des compromis dans le cas de l’accord sur les transports aériens, bien que, durant cette première année, il n’eût pas manqué une occasion de rappeler aux représentants du gouvernement français ses vues sur l’avenir de l’Indochine. On peut penser que dans une certaine mesure la France respectait ces vues, même si elle ne les partageait pas.

     Nous allons voir maintenant l’attitude de Nehru vis-à-vis de la situation en Tunisie. Le Premier ministre adorait montrer en public, spécialement durant ses voyages à l’étranger, le côté extrêmement idéaliste que nous avons vu. Mais devant affronter des problèmes concrets, il commençait à devenir plus pragmatique, d’autant plus qu’il avait maintenant un rôle à jouer dans le monde, et les rapports de forces n’étaient peut-être pas aussi simples qu’il l’avait cru quelques années plus tôt, lorsqu’il avait pris la direction du grand navire indien

     Bien que la France eût déjà offert une très grande autonomie à la Tunisie, ce n’était certainement pas suffisant pour certains de ses leaders comme Habib Bourguiba et Taieb Slim. Ceux-ci voulaient faire un voyage en Inde pour y rencontrer Nehru. Le Premier ministre accepta immédiatement de les recevoir [17]. Cependant, voulant ménager la France, sa politique resta très mesurée vis-à-vis du mouvement d’indépendance. Dans une note datée du 18 mars 1951 adressée au Secrétaire général du ministère des Affaires extérieures, Nehru écrivit :

« Même si nous avons sincèrement de la sympathie pour le mouvement de libération tunisien, il n’est peut-être pas conseillé dans notre cas de parrainer quelque résolution que ce soit aux Nations unies. Nous sommes nous-mêmes empêtrés dans la question du Cachemire et dans d’autres problèmes et il ne serait pas bon pour la Tunisie que nous soyons leurs principaux parrains. Cependant, cela dépendra des événements. Dans tous les cas, nous leur offrirons le plus de soutien politique possible.
     Quant au soutien financier pour aider un centre d’information, ceci, de nouveau, semble un peu difficile et embarrassant, au vu de nos relations avec le gouvernement français. Si nous voulons peser de tout notre poids sur ces questions, nous nous devons de rester à l’extérieur de ces problèmes compliqués qui pourraient être utilisés contre nous. Nous avons nos propres difficultés avec le gouvernement français à propos des territoires français en Inde [18]. »

     Là encore nous voyons poindre la question du Cachemire, mais la modération de Nehru est principalement motivée par le souci de ménager la France.

     Quelques jours plus tard, dans une déclaration de politique étrangère à la Chambre Basse (Lok Sabha), le Premier ministre se plaignait des éléments durs au Parlement qui voulaient une action beaucoup plus radicale de la part du gouvernement indien pour régler rapidement le contentieux franco-indien. Mais Nehru n’était pas Bismark et ne voulait pas l’être :

« Au sujet des territoires étrangers en Inde, certains membres de l'Assemblée voudraient que nous lancions quelque sorte d’ultimatum [à la France]. C’est extraordinaire de voir jusqu’où certains élus peuvent aller dans ce qu’ils appellent la ligne dure. Ils veulent que nous lancions des ultimatums au Conseil de sécurité des Nations unies, à différents pays étrangers, à différents territoires en Inde, à tous ceux qui, d'après eux, ne fonctionnent pas de la façon dont eux pensent qu’ils devraient fonctionner.
     Ce n’est pas une manière correcte d’agir. En outre, ce n’est pas une façon très réaliste de voir les choses. Dans ce monde compliqué, on ne peut pas initier des actions, lancer des ultimatums, si on ne fait pas suivre [ces déclarations] d’une politique bismarkienne à laquelle les membres de cette auguste chambre ont fait allusion, et si l’on n’a pas la force de Bismark derrière et si le parti d’en face n’a pas la faiblesse correspondante [19]. »

     Il explique ainsi que non seulement il doit faire des compromis, comme dans le cas de la Tunisie, mais il doit aussi ménager des nations comme la France. Dans tous les cas, il restera en faveur d’un processus pacifique pour trouver une solution à de tels problèmes.

     Un peu plus tard, après avoir reçu le rapport de H.S Malik, l’ambassadeur de l’Inde à Paris, sur sa rencontre avec Bourguiba en janvier 1952, Nehru confirma ce qu’il avait dit plus tôt :

« J’ai à peine besoin de vous dire que toute ma sympathie va au mouvement de libération de la Tunisie.
     L’an dernier j’ai eu une longue entrevue avec quelques-uns de leurs représentants venus de Tunis et je leur ai expliqué notre position en détail. Je pense que le gouvernement français n’a pas bien agi là-bas et n’agit toujours pas avec sagesse.
     …Pour ce qui est des affaires coloniales, le gouvernement français montre un stupéfiant manque d’intelligence. Ils ont fait un gâchis en Indochine et sans aucun doute ils feront de même en Tunisie et au Maroc.
     Malgré tout cela, je suis parfaitement d'accord avec vous que nous ne devons pas prendre l’initiative sur ce sujet aux Nations unies Nos propres relations avec la France, bien qu’en général amicales, ne le sont pas du tout en ce qui concerne Pondichéry, etc. Je ne pense pas que cela aiderait d’aucune façon la cause de la libération tunisienne, si nous traitions cette affaire de la façon suggérée [en soutenant la Tunisie aux Nations unies].
     …Je pense qu’ils [les Tunisiens] ne réalisent pas vraiment certains autres aspects du problème, notamment notre friction avec la France au sujet de Pondichéry.
     Nous avons déjà la question du Cachemire aux Nations unies. Cela suffit [20]. Donc nous ne devons pas prendre l’initiative [21]. »

     Une semaine plus tard Nehru écrivit à nouveau à Malik pour expliquer (et préciser) sa lettre précédente :

« Nous devons trouver un équilibre entre notre sympathie pour le peuple tunisien, nos actions dans le passé en faveur de sa liberté, certaines considérations pratiques et la procédure diplomatique. Le gouvernement français a, comme d’habitude, fait un grand gâchis du problème. Selon tous les rapports reçus, la situation en Indochine est très mauvaise pour les Français et cela va sans doute empirer. N’ayant pas appris leur leçon [de l’Indochine], ils créent plus de gâchis en Tunisie.
     … Le rythme des événements dans le monde est beaucoup trop rapide pour ces puissances coloniales qui avancent très lentement [22]. »

     Dans les mois suivants, Nehru répétera souvent, dans des notes internes et confidentielles, son opinion peu flatteuse sur la France de l’époque et sa politique coloniale ; il insistera en particulier sur le fait que la France était exsangue et d’une faiblesse économique extrême surtout à cause de la guerre en Indochine.

     Nous voudrions ici signaler une conséquence importante de cette politique de ménagement envers la France qui, certes, appréciait la position indienne sans pour cela que cela n’aide de façon pratique à résoudre le contentieux : Durant nos recherches sur l’histoire moderne du Tibet, nous avons eu l’occasion d’interviewer d’anciens hauts fonctionnaires tibétains qui participèrent aux délibérations des Nations unies pour les résolutions sur le Tibet en 1959, 1961 et 1965. Tous étaient unanimes pour dire que Nehru perdit beaucoup de son aura auprès des jeunes nations en voie de décolonisation lorsqu’il abandonna le Tibet à son sort, pour « ménager » la Chine. Il suivit la même démarche pour d’autres nations comme la Tunisie ainsi que nous venons de le voir. Pour ces nations asiatiques ou africaines, si l’Inde n’était pas capable de les aider concrètement en temps de difficulté, elle ne pouvait prétendre jouer un rôle de leader en temps de paix [23].

     Pour terminer nous devons citer également la position vis-à-vis de l’Algérie, même si ce sujet n’est pas couvert dans la période de notre étude.

     Lorsque Ferhrat Abbas vint en Inde pour rencontrer Nehru en octobre 1958, il n’avait qu’un but, que le gouvernement indien reconnaisse son gouvernement provisoire. Il ne devait pas en être ainsi. Nehru encore une fois voulait ménager la France [24]. Il écrivait::

« La question d’une reconnaissance immédiate du Gouvernement Provisoire de la République algérienne a des aspects assez difficiles. Cela entraîne la reconnaissance d’un gouvernement qui, si l’on peut dire, fonctionne en dehors du territoire qu’il est censé gouverner. Le vrai test, dans notre esprit, a toujours été : comment pouvons-nous faire quelque chose, et pas simplement un geste, sans être capable d’apporter une aide. Donc pour le moment nous ne reconnaissons pas officiellement son gouvernement [25]. »



Certaines autres difficultés de Nehru

     Il nous faut maintenant mentionner un autre problème qui, de prime abord, ne paraît peut-être pas très important, mais qui joua tout de même un rôle dans les relations entre la France et l’Inde et, dans une certaine mesure, retarda sans doute la possibilité d’une solution rapide au contentieux franco-indien. Ce problème est le fait que les collaborateurs de Nehru n’avaient pas toujours l’expérience désirée et qu'ils travaillaient souvent à l’encontre des grands principes de la politique extérieure de l’Inde.

     Nous prendrons tout d’abord le cas du premier Consul général de l’Inde à Pondichéry Rashid Ali Baig. Ce n’est pas, d’habitude, le rôle d’un diplomate de se mettre tout le monde à dos, mais Baig avait un don pour cela et réussit cet exploit en un temps record, de telle façon que le gouvernement français devra même à un moment donné demander son rappel.

     Pour citer un exemple, en novembre 1947, Baig organisa une réunion publique à Pondichéry pour Ravindra Varma, le Président de la Branche jeune [26] du Congrès national indien. Varma, après avoir déjeuné avec Baig, fut déposé en voiture par le Consul sur les lieux de réunion, où il commença à injurier, entre autres, la France, le Gouverneur Baron et Sri Aurobindo, l’ancien leader nationaliste venu à Pondichéry afin d'y poursuivre sa recherche spirituelle.

     Pour donner un aperçu de la violence du discours de Varma, on pourrait citer :

« La France n’est plus une puissance de premier ordre, c’est une nation pourrie et dégénérée. Sa monnaie vaut zéro, elle n’est pas indépendante mais à la merci des États-Unis.
…J’ai vu leur civilisation sur la place de la Concorde à Paris où circulaient des Français dont le cerveau est saturé d’alcool. Que l’on ne nous parle plus de la France et de sa culture, car la France n’est plus une nation, elle est morte. »

     Et il continuait ainsi, tantôt sur Baron, tantôt sur Sri Aurobindo et son Ashram, tantôt encore sur le député Saravane :

« Qu’il [Baron] n’essaie pas de nous faire croire que la France est forte et l’égale de l’Inde.
     Baron est comme Jinnah en plus fou. Jinnah au moins, a réclamé un pays [avec un statut] d’une nation autonome. Ce que Baron veut n’a pas de sens [une enclave de la culture française en Inde].
     Si c’est pour les 5000 roupies par mois que la France le paie qu’il veut rester ici, je le plains, car il n’en profitera pas longtemps. »

     Après une plainte formelle de la France contre les agissements de Varma et de Baig l’Inde dut réagir, mais Baig n’en continua pas moins de s’en prendre violemment à ceux qui voulaient rester du côté de la France, ainsi qu’à la France elle-même ou à l’Ashram de Sri Aurobindo [27]. À part ces attaques ouvertes, il était très jaloux que de nombreuses personnalités indiennes [28] rendent visite à Sri Aurobindo sans venir le voir. Il s’en plaignit même à Nehru, qui dut lui répondre le 25 décembre 1947 et lui rappeler qu’il était un diplomate et qu’il y avait une certaine étiquette à laquelle les diplomates devaient se tenir :

« … Ce n'est pas simplement une question locale. Cela concerne les relations entre l'Inde et la France. Ces relations, sauf pour Pondichéry, ont été bonnes et nous avons reçu l'aide de la France aux Nations unies [29]. La France est techniquement toujours une grande puissance et doit préserver sa dignité.
     Nous ne pouvons pas traiter cela avec désinvolture.
     Un nouvel ambassadeur est arrivé de France. Il a été particulièrement choisi pour nous faire plaisir.. C’est le fils du Professeur Sylvain Lévi, l'indologiste célèbre.
     Je n'ai aucun doute que la question des Établissements français et portugais en Inde sera résolue conformément à nos vœux tôt ou tard [30]. »

     Ici Nehru mentionne un des problèmes importants auquel il a à faire face : le nombre de dossiers pratiquement « insolubles » qui s’accumulent sur son bureau fait qu’il n’a pas toujours le temps de se pencher sur les rapports de son Consul général à Pondichéry et même sur la question des Établissements :

« Si nous avions été libres de nos autres problèmes, nous aurions pu nous en occuper immédiatement, mais dans le contexte mondial d’aujourd'hui, nous ne pouvons pas nous permettre de nous battre sur tous les fronts et nous ne voulons pas nous quereller avec la France sur cette question particulière à l'heure actuelle. Nos représentants doivent comprendre cela ainsi que beaucoup d'autres facteurs qui déterminent notre politique générale. Vos propres réactions peuvent être parfaitement justifiées, mais elles doivent être contrôlées et gérées à cause de ces autres facteurs [31]. »

     Mais comme il le fera souvent avec Krishna Menon ou certains autres de ses collaborateurs, il ne les réprimandera pas vraiment mais essaiera plutôt de les raisonner et de leur expliquer les conséquences de leurs excès [32] :

« Votre intérêt dans votre travail et votre exubérance sont des qualités admirables, mais parfois l'exubérance pourrait franchir la frontière diplomatique et créer de nouveaux problèmes pour nous. Bien sûr, vous avez ma confiance.
…Il n'y a aucune raison pour que nous élevions une objection à leur université ou au fait que la culture française ait une place en Inde. En fait nous n’y objectons pas si cela peut être fait conformément à un règlement politique. »

     Deux semaines auparavant, il avait rappelé à Baig qu’en tant que Consul il devait garder des rapports cordiaux avec tous. Nous devons remarquer une fois encore que Nehru, le Premier ministre et ministre des Affaires extérieures, était obligé de s’occuper de beaucoup de détails auxquels un Premier ministre généralement ne consacre pas de temps. Par exemple, Nehru lisait les rapports de fonctionnaires parfois très subalternes (comme Baig), qui d’ailleurs n’étaient prêts à écouter que les ordres directs du Premier ministre. Il est étrange qu’un simple consul général doive correspondre directement avec le Premier ministre pour ce qu'il faut bien appeler des détails. En fait, Nehru aimait bien donner quelques leçons de diplomatie à ses collaborateurs comme quinze ans plutôt il donnait des cours d’histoire à sa fille. Il écrivit donc à Baig :

« Je suis désolé de vous informer que par suite de nombreuses préoccupations j'ai été incapable de suivre le progrès de vos rapports.
Je les ai envoyés chercher et …j'ai maintenant étudié ces rapports et j’en ai trouvé la lecture comme d'habitude très intéressante.
     Je vois que dans une de vos dernières lettres vous avez demandé une directive. La voici : Nous ne pouvons pas mettre en application des règles d'étiquette pour des non-fonctionnaires. Donc, nous ne pouvons pas demander à des Indiens, distingués ou pas, qui visitent Pondichéry, de rendre visite au Consul général.
     …À part cette règle générale je dois vous rappeler que l'Ashram et ses disciples ne peuvent pas être jugés d'après les critères ordinaires. Vous les avez comparés à la Cité du Vatican. Beaucoup de ces disciples qui vont régulièrement à Pondichéry, ont souvent rendu visite au Gouverneur au cours de leur séjour. Cela doit être un peu difficile pour eux de perdre cette habitude et de se rendre compte qu'un Consul général indien est en poste là.
     …Il n'est pas question pour nous de faire remarquer à M. Surendra Mohan Ghosh ces soi-disant entorses au protocole [33]. »

     Nous citerons un autre cas : celui de Ramaswami Reddiar, le Premier ministre de l’État de Madras qui, après les élections municipales, avait reçu l’ambassadeur de France en Inde [34] ainsi que le Gouverneur des Indes Françaises. La visite de « courtoisie » se passa très mal et le pauvre ambassadeur se fit insulter par l’homme politique indien.
Cela créa aussitôt un incident diplomatique et l’Inde dut s’excuser des propos et de l’attitude du Premier ministre tamoul.
Quelques jours après l’incident, en octobre 1948, Nehru écrivit à Reddiar pour lui faire des remontrances :

« L'ambassadeur s'est plaint amèrement de la réception que vous lui avez accordée, du langage violent que vous avez employé pendant l'entrevue et généralement de ce que vous avez dit et de la manière dont vous l'avez dit. Cela a créé un incident s'apparentant à un incident international en ce qui nous concerne [35]. »

     Nehru mit les points sur les « i » :

« Il n'était pas nécessaire pour l'ambassadeur de vous rencontrer car ses rapports officiels sont seulement avec le Gouvernement [central] de l'Inde. Néanmoins, il a fait l’effort de vous faire une visite de courtoisie. »

     Comme à Baig quelques mois plus tôt, il dut donner une leçon de coutumes diplomatiques :

« Les us diplomatiques exigent certaines formalités et certains types de comportement et si cet usage n'est pas suivi, les relations entre des nations sont aptes à en souffrir.
     Nous avons, donc, dû exprimer notre regret à l'ambassadeur français. Je me rends compte que vous n'êtes pas habitué à cette étiquette diplomatique et au protocole et que vous n'avez probablement eu aucun échange au niveau international avec des ambassadeurs et d'autres personnalités de ce genre.
     Il n’en reste pas moins vrai que nous avons été mis dans une position délicate et difficile du fait de ce que vous avez dit à l'ambassadeur français.
     Toutes nos transactions avec des pays étrangers doivent passer par notre ministère des Affaires étrangères. Certes Pondichéry est un petit territoire près de Madras, mais il se trouve que ce petit territoire est associé à la France pour le moment, et nous avons affaire à la République française, représentée ici par son ambassadeur. C'est pourquoi nous ne pouvons pas traiter ce problème comme si c'était une question sans importance. »

     On ne connaît pas la suite de l’histoire – peut-être n'y en a-t-il pas – mais le fait est que l’accumulation de petits incidents comme ceux que nous venons de relater n’a sûrement pas aidé à créer les conditions pour une solution amicale et pacifique comme l’envisageaient les deux pays au mois d’août 1947. À la décharge de Nehru, il faut bien dire que les Britanniques quittèrent précipitamment l’Inde à la fin de cette même année et qu'il y avait très peu de personnel formé pour prendre la relève. Les diplomates chevronnés se comptaient sur les doigts de la main et il n’était pas toujours facile de trouver l’oiseau rare dans ces circonstances [36].




Nehru et la politique pondichérienne

     Nous ne pouvons pas ne pas signaler un autre aspect de la vie politique de Nehru, en fait un autre chapeau sur sa tête déjà bien coiffée : celle de chef de parti. Bien que, pendant un court intérim, Purushottamdas Tandon eût occupé le poste de Président du Congrès, Nehru régna pratiquement en seul maître entre 1946 et 1964 à bord du navire du Congrès national indien qui avait amené l’Inde à l’indépendance. Il devait dominer le parti encore davantage après l’assassinat de Gandhi en janvier 1948 et la mort de Sardar Patel, son Premier ministre adjoint en décembre 1950.

     Bien qu’il fût constamment débordé par des affaires plus pressantes, Nehru continuait d’avoir un œil sur le parti et était à même d’utiliser ce dernier lorsqu’il était nécessaire.
     Nous allons voir comment le Premier ministre indien arrivait à faire monter (ou, à d’autres moments, relâcher) la pression sur le Gouvernement français lorsqu’il pensait que c’était nécessaire.
     Nous verrons également la volatilité des opinions (et même des convictions) des hommes politiques pondichériens qui étaient toujours prêts à changer de bord à la moindre offre un peu plus alléchante, qu’elle vînt de la France ou de l’Inde.
     Nehru avait toujours voulu garder une certaine décence dans ses actions. Mais, en dépit de ses professions de foi, il n’hésitait pas plus que les autres à utiliser la politique pondichérienne pour en arriver à ses fins. Il est vrai qu’en tant que chef du parti au pouvoir, il se devait d’œuvrer pour mettre en pratique les buts de celui-ci. Or, après la résolution passée en décembre 1948 au cours de la session de Jaipur, la ligne du parti était clairement définie :

« L'histoire de l'Inde a eu des hauts et des bas durant le cours des deux cents dernières années (ou même plus). Cela a laissé certaines possessions étrangères dans les diverses parties du pays. Ces possessions étrangères sont demeurées telles pendant cette longue période parce que l'Inde était elle-même sous domination étrangère. Avec la venue de l'indépendance, la continuation de l'existence de ces territoires étrangers en Inde devient une anomalie et est en contradiction avec la conception de l'unité et la liberté de l'Inde. Il est donc devenu nécessaire que ces territoires soient politiquement incorporés à l’Inde et aucune autre solution ne peut être stable ou durable ou en conformité avec la volonté des populations. Le Congrès croit que ce changement surviendra bientôt par des méthodes pacifiques et avec la coopération amicale des gouvernements concernés..
…Le Congrès serait heureux si l'héritage culturel présent de ces territoires pouvait continuer partout où c’est possible et dans la mesure où la population de ces territoires le désire et dans la mesure de l'autonomie accordée, afin de permettre aux populations de ces territoires de sauvegarder leur culture et leurs institutions dans le cadre de l'Inde libre [37]. »

     Nehru essaiera toujours de s’en tenir à ces résolutions [38] qui lui laissaient tout de même assez de champ libre pour négocier un accord. Toutefois il était clair qu’une solution telle que certains diplomates français l’envisageaient – par exemple un condominium ou l’attribution de la double nationalité – n’était acceptable ni pour Nehru ni pour le Congrès. Cela laissait, par contre, peu de place de manœuvre à la diplomatie française pour se retirer la tête haute.


Les volte-face de la politique pondichérienne

     Pour donner un exemple des difficultés de Nehru et montrer comment il était cependant capable d’utiliser les forces en présence, nous prendrons l’exemple de Goubert [39] et de sa délégation. Celle-ci, après les élections municipales de décembre 1948, avait été mandatée par les Conseils municipaux des comptoirs pour visiter Paris et New Delhi afin de chercher des « clarifications » sur l’avenir des Établissements. Une fois arrivée à Paris début juillet 1949, la délégation essaya d’obtenir ces fameuses clarifications. Malheureusement, elle ne fut pas très bien reçue par le Ministre de la France d’outre-mer et le Président de l’Assemblée nationale qui avaient de sérieux doutes sur la légalité de la délégation.

     Ce ne fut pas le cas à Delhi.

     Alors que la délégation venait juste d’arriver dans la capitale française, Nehru télégraphia à son ambassade à Paris qu’il acceptait la résolution des Conseils municipaux et qu’il recevrait officiellement la délégation :

« Une délégation de l'Inde française de trois personnes menée par M. Goubert et incluant Kamendra Mudaliar et Balasubramaniam Pillai est partie pour Paris pour des discussions avec le Gouvernement français sur l'avenir des Établissements français. Ils ont annoncé qu’à leur retour ils passeraient à New Delhi pour avoir des discussions similaires. Nous les avons informés de notre volonté de les recevoir [40]. »

     Mais, point intéressant, Goubert, ajoutait Nehru, avait déjà rencontré P.A. Menon, Secrétaire adjoint [41] dans le ministère des Affaires extérieures :

« ….Pour votre information, M. Goubert qui est le leader du Parti socialiste et le ministre de l'Administration générale a dit à P.A. Menon, il y a un mois ou deux, que son parti soutiendrait le règlement de l'avenir de l'Inde française sans référendum par une conférence tripartite. Si le Gouvernement de l’Inde garantissait l'autonomie des Établissements pour la période de transition, son parti insisterait sur l'union avec l'Inde soit à la conférence tripartite, soit avec un référendum si le Gouvernement français refusait la conférence. »

     Il concluait son télégramme en demandant à son ambassadeur de se tenir « informé des activités de la délégation ».

     Le 5 août, il déclara au cours d’une conférence de presse :

« En ce qui concerne les autres Établissements, comme Pondichéry, etc., il va y avoir un référendum vers le mois de décembre. Vous avez peut-être entendu dire qu'une délégation des Territoires français s’est récemment rendue à Paris, et puis qu’elle est venue ici et que nous avons eu des discussions avec eux. En fait, nous leur avons dit exactement ce qu'a toujours été notre politique. »

     Il précisa encore une fois quelle était la politique de son gouvernement et de son parti et conclut par les contreparties qu’il entendait proposer :

« …Un endroit comme Pondichéry, après ces 250 ou 300 ans de domination française, a développé beaucoup d'habitudes françaises, d’habitudes culturelles françaises et de traditions que nous acceptons. Nous ne voulons pas les retirer. »

     Fin juillet, Goubert et ses collègues étaient de retour à Delhi où ils furent immédiatement reçus par Nehru [42]. Goubert déclara qu’il n’y avait aucune différence de base entre la position de son Parti socialiste des Indes françaises, qui avait le soutien des populations dans l’Inde française, et le Congrès national indien, puisque tous les deux désiraient l’union des Territoires français avec l’Inde [43]. »

     La seule chose qui tracassait Goubert, c'était les attaques venant de la branche du Congrès du Tamil Nadu contre lui et ses collègues. Il demanda donc au Premier ministre d’user de son influence [good offices] pour empêcher ces attaques qui n’avaient plus de raison d’être. Pour Nehru, il n’y avait pas de problème :

« Le Premier ministre a reconnu qu'une fois que l'Inde française aurait rejoint l'Union indienne il y aurait très peu de rivalité locale, et au cas où son aide et celle de son Gouvernement seraient utiles, il [Goubert] pourrait compter dessus. Il a, cependant, indiqué qu’un peu d'opposition locale doit toujours exister [44]. »

     Goubert repartait donc de Delhi [45] avec l’intention d’annoncer la décision de son parti en faveur de l’union avec l’Inde, mais c’était sans compter sur les ressources de l’ambassadeur Lévi qui proposa aussitôt un statut d’autonomie pour les cinq comptoirs. Une sorte de république libre qui pourrait s’associer avec l’Inde et la France formant ainsi une sorte de condominium. Cette proposition, que Lévi avait annoncée sans en informer Paris, ne plut pas beaucoup aux ministères parisiens qui, aussitôt, firent une contre-proposition donnant aux Établissements un statut similaire à celui accordé au Vietnam.

     Nous n’entrerons pas ici dans les subtilités de la politique des deux ministères et les statuts juridiques des différents projets de loi, et nous reviendrons plutôt sur Nehru, qui sincèrement croyait que Goubert était passé du côté de l’Inde.

     Comme promis, Nehru écrivit le 5 août à Kala Venkatarao, le chef du Congrès du Tamil Nadu, pour lui demander de ne plus critiquer Goubert et son parti.

« Nous avons récemment eu des conversations avec les représentants du Parti socialiste et ils se sont exprimés en faveur de l'union avec l'Inde. En vue de cela, il n'est pas désirable pour le parti du Congrès de Pondichéry d’entrer en conflit avec le Parti socialiste à ce sujet. J'espère que discrètement vous les influencerez dans ce sens. Je joins la copie d'une lettre que j'envoie au Premier ministre de Madras. Vous devez aussi conseiller au parti du Congrès [de Pondichéry] de coopérer avec notre Consul général, Shri Rashid Baig [46]. »

     Nous voyons encore que Nehru contrôle complètement Baig qui orchestrait la lutte pour la « libération de Pondichéry » depuis le consulat indien.
     Comme mentionné dans la lettre citée plus haut, Nehru écrivit également à Kumaraswami Raja, le Premier ministre de Madras pour lui demander aussi de collaborer avec Goubert :

« Comme vous devez le savoir, nous avons récemment reçu une députation du Parti socialiste de Pondichéry, etc. Ce parti a été dans le passé un parti officiel soutenant plutôt le Gouvernement français et l'Union avec la France.
…Ils se sont maintenant rendus compte qu'il était avantageux pour Pondichéry de rejoindre l'Union indienne. Nous avons eu de longs pourparlers avec eux et leur position a été clarifiée. En vue de ce changement dans leur attitude et leur désir de joindre l'Union indienne, il serait désirable d'éviter des conflits internes entre le parti du Congrès et le Parti socialiste à Pondichéry.
     Je suggère qu'aucune déclaration ne soit faite par des représentants [du Congrès] et si quelque chose est dit, nous devons en être informés et nous agirons en conséquence.
     Pour le moment je vous demanderais d'exercer votre influence pour empêcher des conflits dans Pondichéry entre des groupes rivaux, en tout cas entre le parti du Congrès et le Parti socialiste [47]. »

     Ce que Nehru ne savait pas encore, c’est que le « transfuge » Goubert avait encore une fois changé son fusil d’épaule et, aussi rapidement qu’il avait pris une position en faveur de l’Inde, il était repassé avec la France [48].

     En septembre 1950, Nehru écrivit à Purushottamdas Tandon, qui venait juste d’être élu Président du Congrès à la session de Nasik [49]. Cette lettre a d’autant plus d’importance que Nehru n’avait pas un très bon rapport avec Tandon :

« J'aimerais votre aide et coopération sur la question des Établissements français du sud de l'Inde. Le Gouvernement français de ces Établissements a encouragé toutes sortes de gangsters là-bas, particulièrement à Pondichéry. Ceux-ci essaient de réprimer les partisans de l’union [avec l’Inde]. Nous sommes généralement restés calmes, à part quelques protestations de temps à autre. Je pense qu’il serait désirable pour les comités du Congrès dans les districts environnants du Sud-Arcot et de Tanjore de montrer un certain intérêt dans la question. Ils ne doivent pas, bien sûr, le faire au nom du Gouvernement. Ils ne doivent même pas mentionner le Gouvernement au cours de ces activités. Ils ne doivent rien faire d’incorrect. Ils peuvent, cependant, de leur côté aider de différentes manières le mouvement pour l’union et ainsi encourager les sentiments pro-union de la population de l’autre côté [français]. Ils devraient autant que possible coordonner leurs activités avec les groupes pro-union de l’autre côté [50].
     Je vous serais reconnaissant de donner des instructions au comité provincial du Congrès dans ce sens. Je pense qu'il ne doit pas être fait mention du Gouvernement. »

     Le même jour, Nehru envoyait une lettre sur un ton similaire à Kumaraswami, le Premier ministre de Madras, pour lui demander d’aider discrètement « les groupes pro-union et les membres du Congrès lorsqu’ils viennent sous votre juridiction. Bien sûr cela doit être fait sans trop de tapage [fuss]. » Il ajoutait que le gouvernement de Madras pourrait retirer les permis des commerçants pondichériens ayant des boutiques à Madras.

     Nous pourrions donner un autre exemple montrant que Nehru contrôlait bien la situation. À la mi-juin 1954, les comptoirs commençaient à tomber l’un après l’autre aux mains des « populations » locales. Yanaon était évacué par l’administrateur en vue de l’attaque imminente de forces de « libération » indiennes [51]. Selon des témoins oculaires, 200 policiers en civil (des forces paramilitaires) attaquèrent le commissariat et prirent en charge l’administration. C’était le moment où Mendès France arrivait au pouvoir à Paris.
     Nehru exerça alors sa modération pour garder une sorte de légalité et ne pas envenimer ses relations avec la France. Il avait bien compris qu’avec Mendès France, l’Inde avait une très bonne chance de résoudre le problème d’une manière pacifique, légale et définitive. Il ne voulait pas rater cette chance en donnant son aval à des mouvements de foule incontrôlables.
     Il écrivit donc à Sanjiva Reddy [52], le Premier ministre de l’État d’Andhra Pradesh :

« Je vous écris au sujet de Yanaon. J'ai appris qu'avec des réfugiés de Yanaon, notre Police armée [Armed Police] a vraiment participé à l’arrestation de policiers français et d’autres fonctionnaires de Yanaon. De plus certains membres de notre Police armée continuent à jouer un rôle là-bas. Ce n’est pas correct et cela nous met dans l’embarras. Le Gouvernement français a fait beaucoup de bruit à ce sujet et les journaux français en ont parlé.
     Je pense que notre Police armée doit immédiatement se retirer de Yanaon, si cela n'a pas déjà été fait. Qu’ils restent en civil n'est pas suffisant. Ils doivent se retirer, discrètement bien sûr et sans tapage et sans que cela soit signalé.
On pourrait proposer à la population de Yanaon des fonctionnaires retraités compétents, juste pour les aider à mettre en place une administration provisoire. Nous devons être très prudents en ce qui concerne ces enclaves françaises. Tout le monde connaît notre totale sympathie pour les éléments de pro-union, mais toute association officielle avec eux doit être évitée parce que cela affaiblit notre cause et fait apparaître que les populations de ces Établissements ne tiennent pas trop à l’union [53]. »

     On pourrait multiplier les exemples. Au moment où l’accord pour le transfert de facto avait été accepté à Paris, à la fin de juillet 1954, Mendès France avait demandé à Nehru de le garder secret afin qu’il puisse obtenir, sans trop de problème, l’approbation à l’Assemblée nationale. Nehru alors donna des ordres très stricts pour arrêter toute agitation [54]. Mais il serait trop long de citer tous les exemples. Une chose est sûre, le Premier ministre avait depuis le début un contrôle assez strict sur la situation.

     Un autre point, que nous avons signalé plusieurs fois en passant, mérite d’être souligné, c’est ce qu’il est convenu d’appeler la « voyoucratie politique » en vogue grâce à certains hommes politiques pondichériens et à leurs vieilles habitudes de truquer les élections [55].

     En fait, il y a un bien meilleur terme en hindi pour décrire ce fait social : le goonda raj ou « la loi des bandits ». Ces truands à la solde d’hommes politiques, prêts à tout pour quelques roupies de plus, et d'abord à passer dans l’autre camp, étaient des grands spécialistes du bâton (lathis) et de la distribution gratuite d’alcool ou de billets de banque [56]. Chaffard parlant des élections municipales [57] d’octobre 1948 écrit :

« À Pondichéry, le Parti socialiste de l’Inde française [58], enlève les 102 sièges du Conseil municipal. Les goondas ont distribué alternativement les coups et l’alcool. Les assesseurs des autres partis n’ont même pas pu accéder aux bureaux de vote, l’administration coloniale a fermé les yeux. Cela a été une farce [59] ! »

     Un journaliste de l’Agence France-Presse écrira :

« Couronnement : Goubert, [l’ex-greffier] est élu député de l’Inde française en juin 1951, après une campagne où, d’après de nombreux témoins, furent employés les pires moyens de pression et de truquage. Bref, il récolta 98% des suffrages…et aussitôt s’affilia a l’UDSR qui avait besoin d’un quatorzième membre pour compléter son groupe. L’élection fut validée [60]. »

     Sri Aurobindo, à qui on avait envoyé un des projets de loi visant à donner une grande autonomie aux Établissements dans le sein de la République indienne, envoya ses commentaires à Banerjee, le Consul de l’Inde à Pondichéry :

« Il y a un point sur lequel je voudrais faire une observation, que je considère d'importance primordiale. Le Gouvernement français voudrait naturellement que les droits démocratiques qu'il a concédés à l'Assemblée locale et aux municipalités locales puissent continuer pleinement. Le Gouvernement de l'Inde aussi, sans aucun doute, voudra que ce nouveau territoire ait une constitution aussi démocratique que celle des autres parties de l'Inde. Mais si rien n'est changé dans les conditions locales et que la liberté soit laissée à un certain type d'hommes politiques et de leaders de parti de se servir de toutes les occasions pour tout pervertir à leur propre profit, comment pourra-t-on empêcher que ne se perpétue l'ancien état des choses ?
...Cela ne peut être assuré par une constitution sur papier. La juste personne qu'il faut à la place qu'il faut, cela seul pourrait l'assurer [61]. »

     Il est difficile de dire si cet état de fait joua en faveur de la France ou de l’Inde. L'une et l'autre tour à tour utilisèrent les goondas. Dans le cas de l’Inde, cependant, on peut considérer, comme Nehru l’avait écrit à Indira Gandhi dans une de ses leçons d’histoire sur la Révolution française que « les agitateurs ne sont que des gens mécontents de leur condition et qui n‘ont qu’un désir : que cela change, et ils agissent en conséquence ».


Notes :

[1] Note, 27 June 1947. External Affairs Department File No.26(26)-X/47, pp. 6-7/n, National Archives of India. Aussi dans SWJN, Series II, Vol. 3, p. 411.

[2] Neogy Ajit, op. cit., p. 283.

[3] Bien que cela ait été oublié dans le cas des Loges.

[4] Le 27 octobre 1947.

[5] Connues sous le nom de « Azad Kashmir » ou « Cachemire libre ».

[6] « Pandit » Nehru signifie seulement que Nehru était un brahmane du Cachemire. Il est étonnant que Nehru, laïc par excellence et qui lutta toute sa vie contre le système des castes, ait accepté de se faire appeler d'un terme rappelant sa caste.

[7] Élections que le gouvernement français avait annoncées le 8 juin 1948.

[8] SWJN, Series II, Vol. 7, p. 680.

[9] SWJN, Series II, Vol. 7, p. 681.

[10] L’ambassadeur Lévi avait proposé de nommer des observateurs neutres.

[11] SWJN, Series II, Vol. 8, p. 424.

[12] SWJN, Series II, Vol. 12, p. 7.

[13] Depuis les premiers jours après l’indépendance de l’Inde, le gouvernement français ne s’était jamais fait trop d‘illusion sur la possibilité de « sauver » Chandernagor.

[14] SWJN, Series II, Vol. 16, p. 663.

[15] SWJN, Series II, Vol. 19, p. 679.

[16] SWJN, Series II, Vol. 20, p. 523.

[17] Une autre raison pour accepter de recevoir Bourguiba était peut-être que certaines de ces nations que l’Inde défendait dans leur lutte pour l’indépendance nationale, étaient violemment anti-indiennes sur la question du Cachemire. Cela était apparu à Conférence mondiale islamiste à Karachi en février 1951. Bourguiba était considéré comme plus modéré.

[18] SWJN, Series II, Vol. 16 (1), p. 505.

[19] SWJN, Series II, Vol. 16 (1), p. 510.

[20] Souligné par l’auteur.

[21] SWJN, Series II, Vol. 17, p. 552.

[22] SWJN, Series II, Vol. 17, p. 553.

[23] La gifle que Nehru reçut de la Chine en octobre 1962, lorsque les troupes chinoises envahirent le nord de l’Inde, devait faire le reste. L’Inde de Nehru, incapable de se défendre, ne pouvait plus prétendre à être le défenseur des petits États asiatiques. Le prestige de l’Inde, dont Nehru avait tant pris soin, était perdu et Nehru devait en mourir moins de deux ans plus tard.

[24] Sans doute pour que le traité de cession des Établissements français soit ratifié au plus tôt. Cela prendra malheureusement encore quatre ans.

[25] Un an plus tard, Nehru agira de même lorsqu’il refusera de reconnaître le gouvernement tibétain en exil. Il est vrai cependant que la Chine était plus près des frontières indiennes que l’Afrique du nord.

[26] All-India Youth Congress.

[27] Qui s’était souvent pourtant déclaré en faveur de l’union avec l’Inde (voir Mother India, Bombay, 25 juin, 1949).

[28] Comme Surendra Mohan Ghose, Président du parti du Congrès du Bengale.

[29] Sur la question de l’apartheid en Afrique du Sud.

[30] SWJN, Series II, Vol. 4, p. 644.

[31] SWJN, Series II, Vol. 4, p. 642.

[32] Cela aura des conséquences dramatiques pour la sécurité de l’Inde, à la fin des années cinquante, lorsque Krishna Menon, responsable du portefeuille de la Défense, se mettra à dos tout le gotha militaire indien.

[33] SWJN, Series II, Vol. 4, p. 642.

[34] Le comte Ostrorog.

[35] SWJN, Series II, Vol. 7, p. 681.

[36] Par exemple, n’ayant pas de « spécialiste » du Tibet au ministère des Affaires extérieures, le gouvernement indien demanda à un Britannique, M. Hugh Richardson, de représenter l’Inde en tant que chef de mission à Lhassa.

[37] SWJN, Series II, Vol. 8, p. 426.

[38] Nehru en avait écrit lui-même le texte.

[39] Rappelons-le, chef du Parti socialiste des Indes françaises.

[40] SWJN, Series II, Vol. 12, p. 417.

[41] À ne pas confondre avec V.K. Krishna Menon, le représentant indien aux Nations unies.

[42] Ce jour-là, les notes de l’entrevue étaient prises par Baig, qui était présent à l’entrevue.

[43] SWJN, Series II, Vol. 12,. p. 5.

[44] SWJN, Series II, Vol. 12, p. 419.

[45] L’autre question que Goubert discuta avec Nehru était la terminaison de l’union douanière qui avait amené beaucoup de difficultés pour le peuple. Le compte-rendu nous dit : « En ce qui concerne l'Union douanière le Premier ministre a déclaré qu'il a reconnu que l’on devrait arriver à une décision rapide et qu'il pense que la question était à présent à l'étude. Il a demandé à M. (P.A.) Menon d'étudier la question le plus tôt possible.... »

[46] SWJN, Series II, Vol. 12, p. 421.

[47] SWJN, Series II, Vol. 12, p. 422.

[48] Il faudra maintenant attendre cinq ans pour qu’il retourne définitivement dans le camp indien, avec toutes les conséquences que cela aura pour les Indes Françaises, mais le vent aura beaucoup changé à ce moment-là.

[49] Contre le souhait de Nehru.

[50] SWJN, Series II, Vol. 15 (1), p. 84.

[51] Menées par un certain Dadala, « sous-officier déserteur des forces publiques », d’après les Français, mais qui était considéré comme un héros libérateur pour les forces pro-indienne.

[52] Futur Président de l’Inde.

[53] SWJN, Series II, Vol. 26, p. 434.

[54] Nehru écrivit : « Il est nécessaire que de notre côté nous nous comportions avec circonspection afin d’éviter des incidents. Nous ne devons aussi pas couper les approvisionnements essentiels d'aucune sorte dont les populations ont besoin. …Nous vous conseillons d’éviter tout ce qui pourrait amener à des incidents indésirables. Ainsi, [par exemple] en postant des piquets de grève ou en interrompant les approvisionnements. Cela doit être évité. »

[55] Les « bâtonniers » ou voyous, utilisant de grands bâtons, régnaient en maître les jours d’élections. Ils se chargeaient d’aider les hommes politiques à « consulter » le peuple sur ses opinions politiques. Les plus forts étant souvent ceux recevant le patronage officiel.

[56] Ce goonda raj fleurit maintenant dans certains États du nord de l’Inde, mais il ne faut pas oublier que ce fut une spécialité des Indes françaises plus de cent ans avant de migrer vers le nord. Comme le fait remarquer Chaffard, les autorités françaises n’étaient pas toujours (pas souvent, pourrait-on même dire) innocentes. Le Commissaire de la république Ménard, n’essayait-il pas jusqu’aux derniers moments de l’Inde française, de « recruter » avec des « fonds secrets », des hommes de paille prêts à former un parti pro-français ?

[57] Par contre les élections à Mahé n’avaient pas pu avoir lieu car les registres d’état civil et les listes électorales avaient été brûlés par les émeutiers lors des incidents d’octobre 1948.

[58] De Goubert.

[59] Chaffard, Georges, Les carnets secrets de la décolonisation, (Paris : Calmann-lévy, 1965), p. 211.

[60] Cité par Chaffard, op. cit. p. 212.

[61] Sri Aurobindo, Birth Centenary Library, (Pondichéry, Sri Aurobindo Ashram Trust, 1972), Volume 26, p. 417.



 

           
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