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GODHRA


Nicole Elfi

 

     Fin février 2002, l’Inde était secouée par une nouvelle bouleversante : 58 pèlerins hindous brûlés vifs dans un train. La BBC avait annoncé : 58 « extrémistes » hindous calcinés. Les jours suivants, les nouvelles pleuvaient : un « génocide des musulmans », un « carnage » infligé par les hindous en représailles, une « conflagration inter-communautaire, organisée avec la complicité de l’État du Gujarat ». Nous entendions que Narendra Modi, le Premier ministre de cet État, avait l’intention d’en éradiquer les musulmans : c’est à dire plus de 9% de la population, soit cinq millions de Gujaratis. Que la police était complice et ne faisait rien pour arrêter les massacres. Narendra Modi était comparé à Hitler. Nous avons frissonné en parcourant les dossiers décrivant des viols et autres horreurs, censément infligés aux musulmans par les hindous.

     Six ans après, quand les bruits se sont tus, que se dégage-t-il de ces événements ? Quels sont les faits ?

     Ce 27 février 2002 au petit matin, le Sabarmati Express entre à la gare de Godhra, heureusement avec 4 heures de retard, donc en plein jour, à 7h 43. Ce train ramène 2 000 personnes, essentiellement des pèlerins de retour d’Ayodhya, la ville sainte en Uttar Pradesh, lieu traditionnel de la naissance de Râma.

     Lorsque le train redémarre de Godhra, il est bombardé de pierres et de briques, et les voyageurs de plusieurs wagons doivent fermer leur fenêtre. Quelqu’un tire le signal d’alarme : le train s’arrête une centaine de mètres plus loin, entouré d’une foule de musulmans. La police des chemins de fer arrive à faire repartir le train.

     Quelques minutes plus tard, le signal d’alarme est tiré de plusieurs wagons à la fois, et le train s’arrête environ 700 mètres plus loin. Une foule de plus d’un millier de musulmans est là, qui jette des briques, des pierres, puis des projectiles enflammés et des ballons d’acide, en particulier sur les wagons S-5, S-6, S-7.

     Le soufflet entre deux wagons est tranché : le train ne peut plus redémarrer. Les portes sont verrouillées de l’extérieur. Un feu commence dans le wagon S-7 que les passagers parviennent à éteindre. Mais l’attaque s’intensifie et le wagon S-6 prend feu. Des projectiles sont lancés sur les passagers qui tentent de s’enfuir. 58 pèlerins sont brûlés vif, dont 27 femmes et 10 enfants.

     Tout est fini à 8h et quart, en 20-25 minutes [1].

     Qu’en dit la presse indienne ? Imaginons un wagon de Français revenant d’un pèlerinage à Lourdes, brûlés vifs. Curieusement, au lieu de condamner l’événement sans ambiguïté, la presse indienne de langue anglaise a cherché à justifier l’acte : « Les pèlerins ont provoqué en chantant trop de bhajans », ces chants dévotionnels. Ou encore : « C’est parce que les pèlerins revenaient d’Ayodhya où ils demandent que soit reconstruit le temple au lieu de la naissance de Râma, cela heurte les sentiments des musulmans » (qui l’avaient démoli à une autre époque pour y construire une mosquée [2]). En un mot, ces victimes brûlées vives étaient coupables.

La colère du peuple

     Le peuple du Gujarat n’a pas réagi tout de suite. Trop choqué, mais surtout, plus encore que l’événement même, c’est l’insensibilité de « l’élite » indienne, et celle des médias, qui a outragé les Gujaratis. Et lorsque les corps calcinés ont commencé à arriver dans leurs familles respectives sans qu’aucune voix réconfortante ne s’élève, ni du gouvernement, ni des journaux ou des chaînes de télévision — nulle condamnation de cette barbarie mais un silence assourdissant d’indifférence — ce peuple de la non-violence, de la patience unique, a explosé.

     Quand un peuple ne se sent pas soutenu par une justice, ou par un code civil qui traite de façon égale ses citoyens, on peut s’attendre à ce qu’il explose. En l’occurrence, il y a eu une révolte dans tout le Gujarat. Pendant trois jours, des dizaines de milliers d’hindous, déchaînés, ont incendié les établissements musulmans, les boutiques, les maisons, les véhicules : de tous les bords, tous les partis, incontrôlables — on ne contrôle pas une révolution. 720 morts du côté musulman, 250 du côté hindou, chiffres officiels.

     On a parlé dans la presse d’un « génocide de musulmans ». Avons-nous lu un article décrivant les hindous qui ont héroïquement aidé à sauver un grand nombre de musulmans dans leurs quartiers ? Avons-nous vu seulement une interview d’une famille hindoue à la suite de l’incendie criminel du Sabarmati Express ? Plus d’un quart des morts était hindou. Où classer les 250 victimes ? Qui a évoqué les morts du côté hindou ? On a beaucoup vu le conseiller municipal du parti du Congrès, Taufeeq Khan Pathan, et son fils, bandits notoires, à la tête des émeutes musulmanes. Quel dossier a mentionné que les plus violents événements sont survenus à la suite de provocations de ces leaders ? Le rapport annuel 2002-2003 du ministère de l’Intérieur stipule que 40 000 hindous s’étaient réfugiés dans des camps. Pour se protéger de qui ? Quel en était le besoin s’ils étaient les principaux agresseurs ?

     Les accusés de terrorisme ont un soutien politique, ils ont l’aide des médias et d’une foule d’organisations obscures, toujours sous l’égide des « droits de l’homme », pour les défendre. Mais ces victimes dont la vie est fauchée sans raison, ne sont-elles « humaines » pour avoir quelque droit ? La majorité du peuple qui s’est révoltée n’est ni riche ni particulièrement intellectuelle — ni de droite ni de gauche : ce sont les gens simples, des Gujaratis moyens, des ouvriers, et même des tribus — mais pas seulement, car une partie de la classe moyenne supérieure, dont beaucoup de femmes, s’était jointe à la révolte.

La source des médias

     Pour commencer, à l’exception des journalistes locaux plus authentiques, aucun reporter de la presse anglaise ne s’est déplacé à la nouvelle du wagon calciné. Personne n’est venu interroger d’éventuels rescapés ou témoins du drame. Un wagon de pèlerins hindous ne vaut pas le déplacement : il fallait attendre les réactions de l’« élite » indienne, les instructions du politiquement correct, pour préparer les articles. Mais écoutons les nouvelles de la première phase des événements :

     Sur ce quai de gare de Godhra où les pèlerins étaient descendus prendre leur thé, une altercation eut lieu, lisait-on, entre un vendeur de thé musulman et quelques pèlerins : « Les pèlerins ont humilié le vendeur » ; « ils n’ont pas payé leur thé » ; « ils se sont délibérément disputés et lui ont tiré la barbe, puis l’ont battu... Au point que sa fille de 16 ans est venue à l’aide de son père pour le sauver des pèlerins, les implorant de cesser de battre son père... » ; les pèlerins « ont kidnappé la jeune fille et l’ont enfermée dans leur compartiment » (compartiment surtout occupé par des femmes et des enfants…). Pendant ce temps le pauvre vieux vendeur de thé « tapait à la porte du train pour qu’on lui rende sa fille »... C’est alors que « d’autres vendeurs de thé ont grimpé dans le train un peu plus loin et ont tiré l’alarme, puis ont mis le feu au wagon. »

     Étaient-ils si stupides pour mettre le feu au wagon où se trouvait kidnappée la jeune fille de leur collègue ? Et qu’attendaient donc ces 2 000 musulmans à 7h du matin rassemblés à deux pas avec des jerrycans d’essence acheté la veille au soir ?

     Rajeev Srinivasan, journaliste américain d’origine indienne reçut par e-mail au moins une douzaine de fois ce rapport anonyme, dont l’original était censé avoir été écrit par Anil Soni, un reporter de PTI (Press Trust of India). Il contacta Anil Soni pour le questionner sur la véracité du récit. « L’un de mes ennemis a concocté ce récit pour me créer des problèmes », répondit le reporter. « Est-ce que vous comprenez, Monsieur ? Je n’ai pas écrit cela du tout. Je suis correspondant du PTI, et le numéro de téléphone est le mien, mais ce n’est pas mon écrit. » Cet homme eut écho de « son rapport » par des centaines de gens, et en fut très troublé.

     Résultat d’enquête auprès des employés des chemins de fer ainsi que des voyageurs d’autres wagons : il n’y eut aucune dispute sur ce quai avec le vendeur de thé, personne ne lui tira la barbe, et aucune fille ne fut malmenée ni kidnappée.

     Néanmoins ce rapport fictif lancé par les auteurs du carnage fit le tour du monde, présenté comme « la véritable histoire ». Force nous est de constater que ce sont les agresseurs, en Inde, qui dictent le « politiquement correct », et instruisent les médias.


Des incendies et des canards

     Le 28 février après-midi, la révolte des Gujaratis hindous a éclaté. Quelques journalistes ont alors songé à se déplacer, avec un plan : cette révolte allait être traitée indépendamment du carnage d’origine à Godhra, comme une attaque sur les minorités musulmanes. Et en particulier comme une conflagration organisée par l’État du Gujarat.

     Le 28 février au soir, le Premier ministre de l’État prit la décision d’envoyer l’armée, et le lendemain 1er mars la violence est retombée grâce à l’arrivée de troupes dans les villes principales, avec des instructions de tirer à vue. Mais les forces de l’ordre sont encore insuffisantes par rapport à la marée du peuple en colère qui s’étend pour la première fois jusque dans les campagnes et les villages. Le Premier ministre fit appel aux États voisins du Maharashtra, du Madhya Pradesh, du Rajasthan et du Punjab pour un renfort de personnel de sécurité. Chacun de ces États refusa l’aide demandée.

     L’un des événements majeurs, largement rapporté dans la presse internationale, fut l’incendie de la Gulbarg Society à Ahmedabad, la maison d’un ex-député, Ehsan Jaffri. Cet homme plutôt raffiné et généralement respecté ne se sentait pourtant pas menacé. Mais le 28 février au matin une foule se rassembla autour de sa maison, dans laquelle un certain nombre de musulmans s’étaient réfugiés. Le député passa un grand nombre d’appels téléphoniques affolés aux autorités et à ses collègues, journalistes et amis. La foule allait croissant… (de 200 à 20 000, les chiffres varient selon les rapports). D’après un article de l’Indian Express du 1er mars 2002 ainsi que des rapports de police, le député, pris de panique, tira dans la foule, tuant 2 personnes, en blessant 13 autres, ce qui donna le feu vert à la violence : à 13 h 30 la foule incendia la maison en faisant exploser une bouteille de gaz. Bilan : 42 morts (selon l’édition du 11 mars).

     Le 30 avril 2002, le Human Rights Watch, une ONG basée à New York, publia un dossier sur les événements au Gujarat qui allait faire sensation et alimenter un grand nombre d’articles de la presse internationale.

     Dans ce reportage, Smita Narula relate l’attaque sur la maison d’Eshan Jaffri en faisant parler un « témoin ». D’abord une foule de 200 à 500 personnes jette des pierres, que les réfugiés dans la maison (environ 200 personnes — sic !) renvoient sur la foule. Puis la foule incendie le lieu à environ 13h 30 par l’explosion d’une bouteille de gaz. Le témoin saute alors du troisième étage de l’immeuble où il se cachait — et d’où il voyait en détail tout ce qui se passait au rez-de-chaussée, jusqu’au vol des bijoux (à croire que les sols des deux étages étaient transparents). C’est alors que le lecteur saute à son tour dans le sensationnel. Le témoin voit (ou a vu ?) que des jeunes filles sont « tailladées, puis brûlées »… ; « Quatre ou cinq filles sont violées, tailladées, puis brûlées »… ; « deux femmes mariées sont violées et tailladées, certaines au cou, d’autres à la main… » ; « soixante-cinq à soixante-dix morts ». Ces viols et ces taillades auraient commencé à 15 h 30... une fois la maison en feu. La foule attend-elle que tout soit consumé pour commettre ces crimes ?

     Parmi les plus macabres canards, celui de la romancière Arundhati Roy (bénéficiaire du prix littéraire booker de 1998). Dans un article au vitriol contre l’Inde, publié dans l’hebdomadaire Outlook du 6 mai 2002, Roy décrit l’événement qui entoure la mort d’Eshan Jaffri (extrait) :

« … Une foule entoura la maison de l’ex-député Iqbal Eshan Jaffri. Ses appels téléphoniques au directeur général de la Police, au préfet, au secrétaire en chef de l’État et au Secrétaire adjoint (affaires intérieures) furent ignorés… Les fourgons de police autour de sa maison ne sont pas intervenus. La foule est entrée dans la maison. Ils ont déshabillé ses filles et les ont brûlées vives. Puis ils l’ont décapité et démembré. »

     Remettons-nous.
     Un fils de Iqbal Eshan Jaffri, T.A. Jaffri, se sentit obligé de faire publier une rectification (en 1ère page du Asian Age le 2 mai 2002) :

« ... De mes frères et sœurs je suis le seul vivant en Inde. Je suis l’aîné de la famille. Ma sœur et mon frère vivent aux États-Unis. J’ai 40 ans et je suis né et ai été élevé à Ahmedabad... »

     Nous voilà rassurés quant à la santé des enfants d’Eshan Jaffri. De ses filles « déshabillées et brûlées », il n’en reste qu’une, qui se trouvait donc à l’étranger. Il n’y eut AUCUN VIOL au cours de cet événement. Nulle information ne le mentionna et aucune déposition ne fut faite à la police à ce sujet.

     Le gouvernement du Gujarat porta plainte contre le magazine Outlook, qui dans son numéro du 27 mai 2002, dû présenter ses excuses. Mais le magazine ne voulant pas perdre la face, tout en s’excusant, laissa Roy réitérer que les filles du MP « n’étaient pas parmi les 10 femmes violées et tuées ce jour-là à Chamanpura » !

     De Smita Narula à Arundathi Roy, de « quatre ou cinq » femmes en surgissent dix, sans identité, insaisissables.

     Roy débute son article théâtralement, ponctué de sanglots : elle raconte incidemment que l’amie d’une amie, Sayeeda, a été « prise dans une émeute ». On lui a « tranché le ventre, qu’on a bourré de loques brûlantes »... Après sa mort, « on lui a dessiné un OM sur le front. » Comme Zorro.

     Balbir Punj, journaliste et député, choqué, fit une enquête sur cet événement censé s’être déroulé à Baroda. Il entra en contact avec le gouvernement du Gujarat. Une enquête de la police révéla qu’aucun incident de ce genre n’avait été signalé, que personne du nom de Sayeeda, ni à Baroda ni dans la région, n’avait été attaqué. Par conséquent, la police demanda l’aide de Roy pour identifier la victime et accéder à des témoins qui pourraient les conduire aux coupables. La police ne reçut aucune coopération. Au lieu de cela, Roy fit répondre par son avocat « que la police n’avait aucun pouvoir de la convoquer ». De toute évidence, on ne souhaitait aucun éclaircissement.

    Une autre histoire de « fœtus » et de « ventre déchiré » et « brûlé », horrifia les auditeurs de par le monde. Annoncée tout d’abord par la BBC en tant que « rumeur non confirmée », répétée dans un criaillement de détails (divergents et variés, mais qu’importe ?), elle finit par faire croire qu’il n’y a pas de fumée sans feu. Cette rumeur sordide n’a jamais été confirmée ; d’où venait-elle ?

     Les articles furent copiés les uns sur les autres, « enjolivés » au fil des rumeurs et des « dossiers ». Comme une pièce montée. Et sans qu’aucun de leurs auteurs ne fut présent au cours des événements. Sans que quiconque, hormis les commissions d’enquêtes officielles, n’eut l’honnêteté d’interroger également les familles hindoues sur la tragédie qui se déroulait au Gujarat dans les deux communautés.

Les badauds interpellés

     L’incendie d’une boulangerie où 14 musulmans ont péri a fait couler beaucoup d’encre, en particulier le procès qui s’ensuivit (le Best Bakery case), car le principal témoin, une jeune musulmane Zaheera Habibullah Sheikh témoigna en faveur des accusés. Zaheera perdit plusieurs membres de sa famille lors de la tragédie. Pourtant, le 17 mai 2003, à la Haute Cour du Gujarat, à Vadodara (Baroda), elle atteste que les 21 personnes au banc des accusés sont innocentes et n’ont rien à voir avec l’incendie. Le magistrat Mahida conclut :

1) Qu’il y avait eu un délai inexcusable dans le premier rapport d’enquête préliminaire.

2) Que les individus arrêtés n’avaient rien à voir avec le carnage ; parmi eux certains avaient même aidé à sauver 65 musulmans du quartier de la boulangerie ; un témoin, Lal Mohammed Shaikh, résident de ce quartier déclara que lui-même, ainsi que 17 membres de sa famille furent sauvés par des individus se trouvant parmi les accusés.

3) Le magistrat critiqua la police pour avoir, sans enquête, harcelé des innocents qui se trouvaient sur le lieu du crime.

     Le 27 juin 2003, les 21 interpellés sont acquittés par manque de preuves, et Zaheera Sheikh s’estime satisfaite.

     Peu après cet acquittement, Zaheera reçoit au milieu de la nuit la visite de trois personnes de sa communauté. Il faut qu’elle change sa déclaration à la cour, « dans l’intérêt de leur communauté ». Accompagnée de sa mère, elle est emmenée « sans son consentement » à Mumbai (Bombay), où elle sera gardée deux jours à l’hôtel, puis emmenée chez Teesta Setalvad [3], activiste des fameux « droits de l’homme ». Là Zaheera et sa mère sont « gardées en otage » pendant plusieurs mois. Teesta Setalvad prépare des déclarations que Zaheera devra signer sous serment devant la National Human Rights Commission (NHRC), où elle désignera coupables des personnes qu’elle considère innocentes. Elle « avouera » avoir menti lors du procès à Vadodara, « tremblante de peur et menacée » par des leaders hindous, incriminant donc ces leaders ainsi que les 21 personnes précédemment acquittés. La Haute Cour du Gujarat soupçonne une intervention extérieure sur le témoin, elle rejette cette déclaration et maintient les acquittements. Le tribunal de la Cour suprême par contre accepte la rétraction, et le procès reprend son cours.

    En 2004 Zaheera réussit à se libérer de son confinement par l’activiste, et en novembre, saisie de remords d’avoir fait inculper des innocents, elle fait une déclaration qui va déranger beaucoup l’ordre des choses. « C’est le Ramadan et je veux dire la vérité. Ce que j’ai déclaré à la cour de Vadodara lors du procès était ma vraie déclaration, et le jugement à Vadodara était correct et me donne pleine satisfaction. » Zaheera déclare que tout ce qu’elle a pu dire après avoir quitté la cour était contraint et forcé par Teesta Setalvad et son associé Rais Khan, qui se sont « servis d’elle » à leurs propres fins. Dans sa déposition à l’enquête du juge Nanavati en 2006, Zaheera accusera encore l’activiste de l’avoir gardée enfermée et poussée à accuser d’innocentes personnes.

     La Cour suprême s’énerve, appelle la jeune fille « flip flop Zaheera », « menteuse auto-condamnée », et sans chercher à en savoir davantage, la condamne à un an de prison ferme pour outrage à la cour et à une amende de 50,000 roupies, qu’elle devra régler avant deux mois, faute de quoi la peine se reconduira d’un an. Teesta Setalvad est innocentée.

     En décembre de la même année, Zaheera est expulsée de sa communauté, avec l’approbation du All India Muslim Personal Law Board, pour avoir « constamment menti »… en réalité, pour avoir soutenu 21 hindous faussement accusés.

     Mais continuons notre exploration.

Les dossiers prémédités

     Smita Narula de Human Rights Watch (dossier du 30 avril 2002) intitulait son article : « Nous n’avons pas l’ordre de vous sauver » — Participation et Complicité de l’État dans la violence inter-communautaires. Ces propos venant des rives américaines ont été bus comme du petit lait par l’establishment et l’élite en Inde, mais relevaient-ils vraiment des « droits de l’homme » ? Smita Narula intimait que ce qui est arrivé au Gujarat n’était pas un soulèvement populaire, mais une attaque orchestrée contre les musulmans, organisée bien avant l’incident de Godhra, avec l’ample participation de la police et des officiels du gouvernement — patronnée par l’État du Gujarat. De quelle enquête découlait cette grave déclaration colportée aux quatre coins du monde ? Où se trouvent les faits pour la corroborer ?

Une enquête authentique

     Est-ce la raison pour laquelle une enquête sous l’égide du Conseil des affaires internationales et des droits de l’homme, basé à New Delhi [4], ne fut pas accueillie avec l’intérêt que l’on aurait pu imaginer ou souhaiter, ne serait-ce que pour la critiquer ? Les conclusions furent publiées dès le 26 avril 2002 lors d’une conférence de presse à Delhi. Les médias, selon une vieille technique inlassable, glissèrent la nouvelle dans le silence.

     Les cinq membres de cette commission d’enquête conduite sous la direction du juge Tewatia [5] passèrent six jours sur le terrain, explorant trois secteurs d’Ahmedabad qui furent le théâtre de violences, et les camps de secours où ils échangèrent librement avec les deux communautés, sans ingérence de l’État. À Godhra, cinq délégations de différentes communautés leur présentèrent les faits et leurs opinions. De même à Baroda dans sept localités et dans cinq camps de secours. Furent également interrogés le personnel des chemins de fer de la gare de Godhra, l’administration du district, dont le préfet (« collector ») et le commissaire de police, les rescapés du wagon S-6 du Sabarmati Express, ainsi que les passagers d’autres wagons, le personnel des pompiers (dont le véhicule principal avait été saboté).

     Enfin, 13 délégations comprenant 121 citoyens exprimèrent leur point de vue et leurs informations à la Commission. Ces délégations vont de l’Association des hôteliers à un groupe de tribus (« Vanavasis ») du Gujarat.

Conclusions « incontestables »

     Qu’avait donc à dire la commission d’enquête du juge D.S. Tewatia sur l’événement ? Ci-dessous quelques-unes de ses conclusions, rendues publiques le 26 avril 2002, et qu’il qualifia d’« incontestables » :

« L’incendie qui a brûlé vif 58 pèlerins hindous le 27 février 2002 est un acte accompli sur les ordres d’un pouvoir étranger hostile qui avait prémédité l’incendie du Sabarmati Express entier transportant quelque 2 000 personnes. L’objectif principal était de créer en Inde une conflagration intercommunautaire hindoue-musulmane. Les véritables auteurs du crime étaient des éléments jihadis dans la ville de Godhra à majorité musulmane. »

     Par ailleurs, le rapport du juge Tewatia établit les faits suivants :

 Il n’y avait eu aucune dispute sur le quai de Godhra entre les passagers et le vendeur de thé.

 Bombes incendiaires, ballons d’acide et liquides hautement inflammables stockés préalablement ont été utilisés pour incendier les wagons.

 Les conspirateurs ont empêché les pompiers d’atteindre promptement le train en feu.

 Cinquante-huit passagers du wagon S-6 ont été brûlés vifs par une foule de musulmans ; l’un des conspirateurs, Haji Balal, était conseiller municipal du parti du Congrès.

 Quelqu’un a utilisé la sonorisation de la gare pour inciter la foule à « tuer les infidèles et ennemis de Bin Laden ».

 Le rassemblement d’une foule d’environ 2 000 musulmans en trois minutes ne pouvait pas être spontané.

     Concernant l’administration :

 L’administration locale n’a pas réagi rapidement au carnage de Godhra. La police est restée passive et a hésité à user de la force contre les criminels. Elle n’a pas tenté d’arrêter les leaders de la foule qui a participé à l’incendie du wagon.

 À Godhra, Vadodara (Baroda) et Ahmedabad, la police a essayé de contrôler la foule en émeutes, mais le plus souvent n’y est pas arrivée, étant surpassée en nombre par des foules immenses, et étant insuffisamment armée ; dans certains cas, la foule possédait des armes plus meurtrières que celle des forces de l’ordre.

  L’administration n’était pas préparée à absorber ces migrations massives de gens affectés par les émeutes dans les deux communautés et n’avait aucune idée de la quantité de travail de secours et de réhabilitation nécessaires.

  À beaucoup d’endroits la police a fait un travail louable de protection de vie et de propriété. Les policiers, en général, ont réagi à la situation sans préjugés communautaires.

  Il manquait clairement l’entraînement nécessaire pour gérer les tensions dans un État témoin de frénésies communautaires périodiques.

     Déploiement de l’armée:

 Les informations disponibles démontrent qu’il n’y a eu aucun délai de la part du gouvernement du Gujarat à appeler et déployer ses troupes.


L’après Godhra

     Le rapport du juge Tewatia révèle par ailleurs que la participation des tribus dans les émeutes ajouta une dimension nouvelle à la violence communautaire. Ce sont ces communautés dites tribales, les Vanavasis, dans les localités rurales, qui attaquèrent les musulmans.

 Ils se sont servis dans leurs attaques de leurs arcs et flèches traditionnels et de leurs machettes. Se déplaçant en groupes, ils ont utilisés des signaux codés pour communiquer. Apparemment la colère accumulée pendant des années d’exploitation par les usuriers, par les commerçants et les agents forestiers musulmans était sur le point d’exploser.

     Le rapport continue :

 Le code éthique prescrit par le Conseil de la presse indienne a été impunément enfreint... Les médias ont sélectionné, dénaturé et ajouté des éléments fictifs pour établir leur point de vue [6]...

     Dès le premier jour, les bulletins de nouvelles télévisées, les éditoriaux et les articles des quotidiens en anglais, « semblaient être partis en croisade contre l’État du Gujarat ». Ceci eut pour effet d’enrager les citoyens au point que plusieurs d’entre eux dans les localités perturbées, angoissés, suggérèrent que la paix ne pourrait revenir qu’à la condition que certaines chaînes de télévision soient fermées pendant plusieurs semaines.

Quelques voix qui sauvent

     Il serait injuste de ne pas mentionner quelques voix qui s’élevèrent, parmi les journalistes eux-mêmes, contre cette énormité. L’une des plus éloquentes fut celle de Vir Sanghvi, journaliste hindou qui lui-même fait partie de cet establishment en opposition au monde hindou. Vir Sanghvi eut une soudaine crise de conscience dans The Hindustan Times (du 28 février 2002) :

« Il y a quelque chose de profondément inquiétant dans la réponse de ce que l’on peut appeler l’establishment séculier [7] vis à vis du massacre à Godhra ...
Il n’y a eu aucune provocation... Pourtant, “ ils l’avaient bien cherché , est le commentaire séculier dans son ensemble. Pratiquement ils condamnent le crime, mais blâment les victimes...

« Tâchons de considérer l’incident en dehors des constructions séculières que nous avons parachevées en Inde, et voyons à quel point une telle attitude semble bizarre dans d’autres contextes. Avons-nous dit que  les Américains l’avaient bien cherché lorsque les deux tours du World Trade Centre ont été attaquées l’an dernier ? Il y avait pourtant un immense ressentiment là-bas aussi parmi les intégristes contre la politique américaine, mais nous ne nous sommes pas même demandé si ce ressentiment était ou non justifié. Au lieu de cela, nous avons suivi la ligne du bon sens : n’importe quel massacre est détestable et mérite d’être condamné.

« Lorsque Graham Staines et ses enfants ont été brûlés vifs, avons-nous dit que ces missionnaires chrétiens s’étaient rendus impopulaires en se lançant dans les conversions, et donc  qu’ils l’avaient bien cherché ” ? Bien sûr que non, nous ne l’avons pas dit.

« Comment se peut-il donc que ces pauvres pèlerins soient une exception ? Comment se peut-il que nous les ayons déshumanisé au point de ne même pas voir la tragédie humaine que représente l’incident... Sommes-nous devenus prisonniers de notre propre rhétorique au point qu’un massacre terrifiant ne mène à rien de plus qu’une occasion de dénigrer le Sangh Parivar [8] ?

« Je connais bien les arguments car — comme la plupart des journalistes — je les ai utilisés moi-même. Et je continue d’affirmer qu’ils sont souvent valides et nécessaires. Mais vient un moment où cette sorte de construction séculière rigide va trop loin ; elle va à l’encontre du but recherché. Lorsque chacun peut voir que des passagers de train hindous ont été massacré par une foule musulmane, vous ne gagnez rien à mettre le meurtre sur le dos du VHP [9] ni à argumenter que les victimes l’avaient cherché. Ceci non seulement insulte les morts (que dire des enfants ? l’avaient-ils cherché, eux aussi ?), mais insulte l’intelligence des lecteurs... »

     P. Parameswaram, directeur du Bharatheeya Vichara Kendram, en mars 2002, S. Gurumurthy dans The New Indian Express (2.3.02), Jaya Jaitley, The Indian Express (7.3.02), Rajeev Srinivasan, Rediff on Net (25.3.02), T. Tomas, Business Standard (26.4.02), François Gautier, The Pioneer (30.4.02), M.V. Kamath, The Times of India (8.5.02), Balbir Punj, The Outlook (27.5.02), exposent un règne de l’absurde qui traite comme quantité négligeable la majorité de leurs concitoyens — la communauté hindoue — parce qu’elle n’est pas suffisamment regroupée ou unie, et parce qu’elle est non agressive.


Bouffonneries

     Deux ans et demi après les événements, le 3 septembre 2004, le Conseil des ministres du gouvernement central de l’UPA [10] approuva la nomination d’un comité dirigé par U.C. Banerjee, ancien juge de la Cour suprême, constitué par le ministre des chemins de fer, l’illustre bouffon Lallu Prasad Yadav, pour enquêter sur les causes de l’incendie du Sabarmati Express.

     « L’incendie est un accident », conclut le juge Banerjee en janvier 2005. Et cet accident a son origine « à l’intérieur du wagon, car aucune substance inflammable n’a pu être envoyée de l’extérieur ». Le conseil des ministres de l’UPA est satisfait. La politique a ses raisons que le bon sens ignore.

     Un survivant du carnage, Neelkanth Bhatia, cependant, n’était pas satisfait, et eut le courage de présenter une requête contre la nomination de ce comité. En octobre 2006, la Haute Cour du Gujarat annula la désignation du comité U.C. Banerjee qu’elle considérait « illégale », en particulier du fait qu’une autre commission d’enquête de haut niveau, celle du juge Nanavati Shah, avait déjà été constituée par le gouvernement pour enquêter sur le même sujet trois mois plus tôt.

     La Haute Cour rejeta donc le rapport provisoire qui conclut à l’accident et précisa que cette conclusion est à l’opposé des faits déclarés et enregistrés. La nomination de ce comité est un exercice de pouvoir « perverti », « illégal, anticonstitutionnel — nul et non avenu », conclut la Haute Cour, qui ne manqua pas d’observer que ce rapport paraît deux jours avant les élections au Bihar (l’État du ministre des chemins de fer) !


Septembre 2008


     Le rapport de la commission d’enquête du juge Nanavati Shah vient de sortir (voir annexe*). Quatre ans d’enquête. Il lève le blâme sur le peuple et la police du Gujarat ainsi que sur Narendra Modi, le premier ministre de l’État : « Il n’y a absolument aucun signe qui indique leur participation. »

     « Ces événements étaient le résultat d’un complot plus vaste qui visait à créer une conflagration dans une atmosphère de terreur et à déstabiliser le gouvernement du Gujarat », conclut le rapport, qui confirme celui du juge Tewatia, beaucoup plus succinct et moins officiel, publié six ans plus tôt.

     Les coupables sont nommés. Selon le juge, un certain Maulvi Hussain Umarji de Godhra était le cerveau des opérations. Deux des principaux accusés, Salim Panwala et Farukh Bhana, sont en fuite, vraisemblablement réfugiés au Pakistan. D’autres individus impliqués de près ou de loin à l’affaire ne seront guère inquiétés, considérés bons collaborateurs du gouvernement central actuel de l’Inde.

     Ceci éclaire le fait qu’une requête de Citizens for Justice and Peace ait été déposée à la Cour suprême pour suspendre la publication de ce rapport et demander « qu’aucune action ne soit prise sur ses recommandations [11] ». Le tribunal rejeta vivement cette tentative, et permit au public d’avoir enfin accès aux conclusions du juge Nanavati Shah.

     Hélas sous les pressions du gouvernement, des National Human Rights et de Citizens for Justice and peace, le tribunal de la Cour suprême vient de déclarer que les auteurs du carnage de Godhra (qui ont prémédité l’incendie du train entier et ont brûlés vifs 58 pélerins le 27 février 2002), ne seront pas jugés selon la loi réservée aux terroristes (la loi « POTA ») ; le tribunal déclare au peuple de l’Inde que ces terroristes n’en sont pas.

     Dans le New Indian Express du 24 octobre dernier, un professeur de l’université Jawarlal Nehru à Delhi (JNU), berceau du politiquement correct, s’insurge tout de même : « Il est devenu à la mode de traiter le terrorisme comme une forme de violence parmi d’autres et de minimiser ses conséquences dévastatrices. Les vies sont importantes, les droits sont importants, mais seulement ceux des inculpés de terrorisme. Les victimes du terrorisme meurent en vain car ils n’ont pas ces droits. C’est en tout cas la façon dont le courant dominant indien se comporte [12]. »

     Moralité, comme le remarquait ce grand historien de l’art, A.K. Coomaraswamy en 1909 : « Il est bien regrettable que la diffamation d’un pays ou d’une religion ne puisse être punie comme peut l’être celle d’un individu ». Car, aussi lamentable que cela puisse paraître, les intégristes chrétiens, musulmans, communistes ou politiques, individus ou organisations, continueront de vilipender les hindous du Gujarat et à détailler inlassablement et artistiquement des « carnages » de l’après Godhra.

     Ces calomnies s’étaient déversées sur les Gujaratis avec une volonté d’impliquer les hindous dans des actes que d’aucun temps ils n’avaient commis. De les accuser d’horreurs que pendant des siècles et jusqu’à nos jours, ils ont eux-mêmes subites. Ainsi va la politique et le modèle d’harmonie médiatique : lors d’émeutes ou d’attaques à la bombe par les musulmans sur les hindous, il est de bon ton d’accuser les victimes afin de contrôler d’éventuelles révoltes.

     « Pour préserver la paix, j’ai délibérément trompé les gens à propos des explosions en mars 1993 à Bombay », avoua ingénument Sharad Pawar, ex-Premier ministre du Maharashtra. Après 11 explosions à la bombe le 12 mars 1993, qui ont fait 257 morts et 713 blessés dans les quartiers hindous, il en inventa une douzième dans un quartier musulman pour que ces derniers ne soient pas les seuls accusés de terrorisme [13] !

     Le Gujarat a été particulièrement éprouvé ces dernières années. Par un tremblement de terre dévastateur en janvier 2001 dans la région de Bhuj, qui fit plus de 20000 victimes ; puis ce wagon de pèlerins calcinés en février 2002 et l’explosion populaire qui a suivi, puis une nouvelle attaque terroriste en septembre de la même année, dans un temple hindou (le temple Akshardham) qui fit 33 morts et 70 blessés... Au milieu de ces tragédies les Gujaratis semblent n’avoir aucun doute quant à la sincérité de leur Premier ministre dont l’administration se trouve être parmi les moins corrompues de toute l’Inde. Les élections de l’État ont eu lieu deux fois depuis ces événements : en décembre 2002 et en décembre 2007. Narendra Modi, le Premier ministre, remporta deux victoires électorales écrasantes, en dépit de campagnes médiatiques extrêmement hostiles et déchaînées qui l’ont traîné dans la boue. Cet homme voulait-il vraiment décimer cinq millions de citoyens, les musulmans de l’État du Gujarat ? Le moins que l’on puisse dire est que les média ont peu de contact avec la réalité indienne.

     Officiellement l’Inde a voulu oublier un millénaire d’intolérance islamique sur son peuple. Un pan de son histoire est englouti dans un désert de silence. Ainsi, des millions d’Indiens massacrés au cours des siècles n’ont pas droit au souvenir. Pas même dans les livres de classe, où les envahisseurs sont tournés en héros. Ganesh le scribe traditionnel est délogé par un certain nombre d’ « autruches » qui gravent l’histoire. Cette mutilation perpétue des plaies sur lesquelles, jamais, aucun baume ne passe.

     « Tu déranges mon eau », dit le loup en amont à l’agneau. Mais il se peut que l’agneau ne soit plus disposé à perpétuer son rôle de victime.

© Nicole Elfi

(Nicole Elfi a pris la route de l'Inde il y a plus de trente ans et y séjourne depuis, dans le Tamil Nadu. Elle est venue à l'Inde attirée par l'expérience de Mère et de Sri Aurobindo et a travaillé à la publication d'oeuvres les concernant ainsi qu'à des recherches sur la culture indienne. Nicole elfi est l'auteur du livre Aux Sources de l'Inde, l'initiation à la connaissance, Éditions Les Belles Lettres.)

 

 

 

Notes et références :

[1] Voir Godhra the Missing rage, de S.K. Modi, Ocean Books (2004: New Delhi)

[2] Voir sur notre site la rubrique consacrée à la « controverse » d'Ayodhya.

[3] Activiste sociale et Secrétaire de Citizens for Justice and Peace (ONG).

[4] Council for International Affairs and Human Rights, New Delhi.

[5] Justice D.S. Tewatia est un ancien président des Hautes Cours de Calcutta, du Punjab et du Haryana ; l’enquête comprenait également Dr. J. C. Batra, avocat principal à la Cour suprême, Dr. Krishnan Singh, universitaire, Jawahar Lal Kaul, journaliste chevronné, et Prof. B. K. Kuthiala, Doyen de la Faculté des études médiatiques à l’université Guru Jambheshwar de Hisar.

[6] Rapport de Justice Tewatia.

[7] Le terme de « secular », en Inde, a un sens à l’opposé de son sens originel. Lorsqu’en Europe la laïcité fut conçue pour libérer la société civile de la société religieuse et des églises, ici ce sont ces dernières, y compris les musulmans, qui portent l’étiquette « séculier », par opposition aux hindous dont la culture spirituelle a toujours laissé les êtres libres de toute imposition dogmatique (et qui sont les seuls à demander un code civil commun à tous) : ce sont ces derniers qui sont appelés « sectaires », « bigots », et non séculiers.

[8] Le Rashtrya Sangh Parival ou RSS est une organisation hindoue qui comprend, dit-on, deux millions d’Indiens sur toute l’Inde, en particulier parmi les gens simples, consacrée essentiellement à un service social et national. Soulignons que cette organisation n’a jamais été accusée de violence ou de crime ni de terrorisme, bien que pour les mêmes raisons citées plus haut, elle porte un certain nombre d’étiquettes qui vont du fascisme au nazisme !

[9] Le Vishva Hindu Parishad ou VHP est une organisation de soutien culturel aux hindous qui est gratifiée des mêmes qualificatifs que l’organisation citée plus haut.

[10] Le UPA est une coalition de partis divers, dont le principal est le parti du Congrès présidé par Sonia Gandhi ; Manmohan Singh, également du Congrès, est le Premier ministre.
Notons qu’à la date du 8 décembre 2006, 93 députés sont impliqués dans des procès criminels ; 10 d’entre eux font partie du conseil des « honorables ministres » avec des chefs d’accusation qui vont du viol au meurtre, en passant par l’extorsion (réf : Association of Democratic Reforms [ADR], New Delhi, cité dans The New Indian Express, 6.12.2006).

[11] Teesta Setalvad de Citizens for Justice and Peace (ONG), demande au tribunal de suspendre la sortie du document et d’interdire toute action sur les recommandations de cette enquête. Faute de quoi, « des millions d’exemplaires du rapport seront distribués et risquent de conduire à des violences entre communautés ». Que jamais la vérité ne sorte ! elle pourrait créer de la désharmonie.

[12] P R Kumaraswamy dans le New Indian Express du 24 octobre 2008, article intitulé : « All have the right to live. »

[13] New Indian Express, 13 août 2006.

 



*Annexe
Extraits du rapport de la commission d’enquête
du juge Nanavati (18 septembre 2008)

223. Ajay Bariya in his statements recorded by the police on 4.7.2002 and J.M.F.C. Godhra on 9.7.2002 has stated that on 27-2-2002, he had gone to Godhra railway station at about 7.00 a.m. After referring to the incident of Mohmad Latika, he has stated that after the chain was pulled and the train had stopped, he had gone out of the station. Shaukat Lalu had met him there and told him to run along with them. So he had gone with them to the backside of Aman Guest House. Shaukat and others had then gone inside the room of Razak Kurkur and come out with Kerbas. He was asked to put one Kerba in the rickshaw which was standing nearby. Petrol like smell was coming from it. Thereafter others had also come there with Kerbas and they were all kept in the tempy. All of them had then got into that vehicle which after passing through Bhamaiya nala and Ali Masjid had stood near the railway track near 'A' cabin. Each one of them was asked by Shaukat Lalu to carry one Kerba with him. At that time he had come to know that the train was to be set on fire. They had run towards the train through the foot track. He himself was reluctant go with those persons but Shaukat Lalu had compelled him to go along with them. He has then described in his statement how the coaches were attacked and coach S/6 was set on fire. According to him, Shaukat Lalu and Mohmad Latika had forcibly opened the sliding door of S/6 leading to coach S/7 and entered coach S/6 through that door. Hasan Lalu had thrown a burning rag which had led to the fire in S/6.

224. It is rightly pointed out by the Jan Sangharsh Manch that there was no prior information with the police and the authorities at Gandhinagar regarding the return journey of the Karsevaks from Ayodhya as can be gathered from the evidence of Mahobatsinh Zala (W-17), Raju Bhargav (W-31), DGP K.A. Chakravarti, Addl. DGP R.B. Shreekumar (W-995) and Ashok Narayanan, Chief Secretary, Home Department (W-994). Under the circumstances prevailing then, movements of Karsevaks was not a matter of concern. That appears to be the reason, why the police had not thought it necessary to keep itself informed about (171) their movements.

Merely because the police was not aware about the return journey of Karsevaks from Ayodhya, it would not follow therefrom that no one had known about their return journey from Ayodhya. Anyone who wanted to know about it could have obtained that information easily. Therefore, it would not be correct to say that there was no scope for any conspiracy, as the alleged conspirators did not know that Karsevaks were going to return from Ayodhya by that train. VHP had already announced earlier its plan of taking Ramsevaks to Ayodhya for the 'Purnahuti Maha Yagna'.

225. It is also true that some other train carrying Karsevaks going to Ayodhya had passed through Godhra railway station and the conspirators could have attacked them in pursuance of the object of the conspiracy to burn a coach carrying Ramsevaks and it was not necessary for them to wait till the morning of 27th February, 2002. Other possibilities cannot make doubtful what really has happened. Why the conspirators chose the Sabarmati Express train coming from Ayodhya and why coach S/6 thereof was made the target, was obviously the result of many factors, including what was desired by and suitable to the conspirators. Unless the conspirators who took that decision disclose the real reason, it would be a matter of drawing an inference from the surrounding facts and circumstances. It appears that the decision to put the plan into action was taken on the previous evening. On 26.2.2002 at about 9.30 p.m. the first step for procuring petrol was taken. It is likely that the conspirators had decided to burn a coach of this train as it used to pass Godhra during the night. That would have enabled them to carry out their object without being noticed and identified. It appears that because the train was running late, they had to make some changes in their plan and circulate a false rumour regarding abduction of a Ghanchi Muslim girl. That was done in order to collect large number of persons near the train and induce them to attack it, so that they get sufficient time to go near the train with petrol. It was also an (172) attempt to show that what happened was done by an angry mob because of the earlier incidents which had taken place at the station. The mob consisting of the general public would not have set coach S/6 on fire on the basis of the false rumour as their attempt in that case would have been to stop the train, search for the abducted girl and rescue her.

226. Ranjitsinh Jodhabhai Patel and Prabhatsinh Gulabsinh Patel serving at Kalabhai's petrol pump were present at the petrol pump on 26.2.2002 at about 10.00 p.m. Both of them have stated that at about that time Rajak Kurkur and Salim Panwala had come there and told Prabhatsinh to give them about 140 litres of petrol. Petrol was filled in the carboys which were brought in a tempy rickshaw. Prabhatsinh has further stated that Jabir Binyamin, Shaukat Lalu and Salim Jarda had come in the tempy. Both these witnesses have explained in their statements why they had earlier told the police that they had not given loose petrol to any one in a carboy on 26.2.2002.

227. On the basis of the facts and circumstances proved by the evidence the Commission comes to the conclusion that burning of coach S/6 was a pre-planned act. In other words there was a conspiracy to burn coach S/6 of the Sabarmati Express train coming from Ayodhya and to cause harm to the Karsevaks travelling in that coach.

228. The confessions of Jabir Binyamin Behra, Shaukat alias Bhano son of Faruk Abdul Sattar and Salim alias Salman son of Yusuf Sattar Jarda have also been placed before the Commission for its consideration. Jabir Behra had made a confession before the Chief Judicial Magistrate, Panchmahal District under section 164 of Cr.P.C. The confessions of Shaukat and Salim were recorded under the provisions of Prevention of Terrorism Act, 2002. It was contended by the Jan (173) Sanghars Manch that the Commission should not consider the confessions of the accused as the findings that may be recorded by this Commission are likely to cause prejudice to the accused in the trial which is pending before the Sessions Court. This objection was raised at an earlier stage of inquiry and it was rejected by passing an order. …. The inquiry before by the Commission is a fact finding inquiry and therefore, the Commission can look into and consider any piece of evidence for finding out the correct facts provided it is satisfied about its correctness. (174)

229. Jabir Behra in his confession dated 5.2.2003 has stated that he had gone with Salim Panwala to the petrol pump of Kalabhai for bringing petrol. Though the carboys filled with petrol were kept in the guest house of Rajak Kurkur, Salim Panwala had then gone to the Station to inquire whether the train was on time or was running late. Returning there from he had informed them that the train was running late by about 4 hours. Therefore, he had gone to home. He had again gone back to Aman Guest House at about 6.00 o'clock in the morning of 27th. Along with Salim Panwala, Shaukat Lalu and others he had gone in the tempy along with carboys to a place near 'A' cabin. He has further stated that Mohmed Latika had cut the vestibule between coach S/6 and S/7 and entered the coach through that opening and he had also followed him. Both of them had then together by force opened the door of coach S/6. They had gone inside with two carboys. Shaukat Lalu had followed them and opened the door of coach on A cabin side. Through that door Imran Sheri, Rafik Batuk and Shaukat Lalu had come inside the coach with more carboys. Those carboys were thrown in the coach and immediately thereafter there was a fire in the coach. Shaukat Lalu has also in his confession dated 19.8.2003 given these details. Salim Jarda in his confession dated 20.06.2004 has also stated that he had accompanied Salim Panwala, Siraj Bala, Jabir and Shaukat Lalu while going to the petrol pump of Kalabhai at about 9.30 p.m. for procuring petrol. He has also referred to the message sent by the Maulvi Saheb. Since he was reluctant to take any further part in such a bad act Rajak Kurkur had not allowed him to go. He was forced to stay in one room of the Guest House. He has then stated that next day morning he, along with Jabir Behra, Irfan, Shaukat Lalu and others had put the petrol filled carboys in the tempy and gone near A cabin. Rajak Kurkur and Salim Panwala had also followed them. He had thereafter not taken any part in the attack on the train and had remained standing at some distance.

All these three persons have retracted their (175) confessions but that by itself is not a good ground for throwing them out of consideration. When considered along with other facts proved by the evidence details given by this accused regarding the manner in which coach S/6 was burnt appear to be true. These confessions disclose that Rajak Kurkur and Salim Panwala were the two main persons who had organized execution of the plan and that what was being done was according to what was planned earlier and the directions of Maulvi Umarji. All the acts like procuring petrol, circulating false rumour, stopping the train and entering in coach S/6 were in pursuance of the object of the conspiracy. The conspiracy hatched by these persons further appears to be a part of a larger conspiracy to create terror and destabilise the Administration.

229. The Commission is required to consider the role and conduct of the then Chief Minister and/or any other Minister(s) in his Council of Ministers, Police Officers other individuals and organizations in the Godhra incident (i) in dealing with any political or non-political organization which may be found to have been involved in the Godhra incident and also (ii) in the matter of providing protection, relief and rehabilitation to the victims of communal riots and (iii) in the matter of recommendations and directions given by National Human Rights Commission from time to time. There is absolutely no evidence to show that either the Chief Minister and/or any other Minister(s) in his Council of Ministers or Police offices had played any role in the Godhra incident or that there was any lapse on their part in the matter of providing protection, relief and rehabilitation to the victims of communal riots or in the matter of not complying with the recommendations and directions given by National Human Rights Commission. There is no evidence regarding involvement of any definite religious (176) or political organization in the conspiracy. Some individuals who had participated in the conspiracy appear to be involved in the heinous act of setting coach S/6 on fire.

230. The policemen who were assigned the duty of travelling in the Sabarmati Express train from Dahod to Ahmedabad had not done so and for this negligent act of their an inquiry was held by the Government and they have been dismissed from service.

Ahmedabad. (G.T. Nanavati) (Akshay H. Mehta)
September 18, 2008 Chairman Member

Le texte intégral de ce rapport est disponible en ligne sur le site du gouvernement du Gujarat :
http://home.gujarat.gov.in/homedepartment/downloads/godharaincident.pdf

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