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COURRIER INTERNATIONAL

L'INDE, LA FIÈVRE HINDOUISTE

 

     Dans son numéro 557 du 31 janvier 2002 à la couverture et au titre racoleurs « Le Courrier International » proposait un dossier spécial sur l'Inde : L'Inde, la fièvre hindouiste.

     Ce dossier était constitué d'articles et d'interviews émanant quasiment tous de journaux indiens de langue anglaise hostiles au parti du Bharata Janata Party (BJP), actuellement au pouvoir en Inde, et aux organisations hindoues. Comme à leur habitude ils véhiculaient les clichés habituels propres à cette pseudo-intelligentsia indienne d'obédience marxiste affidée au parti du Congrès – dont l'historienne Romila Thapar est la personnalité la plus représentative – sur le BJP et ces organisations hindoues : fondamentalisme hindou, nationalisme fascisant dont le RSS serait l'incarnation la plus visible et la destruction de la mosquée d'Ayodhya la preuve tangible, accusations habituelles de supposées campagnes orchestrées contre les chrétiens et les musulmans, etc.

     Aux yeux de ces « défenseurs » de la démocratie et de la pluralité, toute décision gouvernementale étant forcément inspirée par cette idéologie « brun-safran » [1], l'un d'eux allait jusqu'à dénoncer vigoureusement dans son article intitulé L'Islam dans le collimateur, paru dans l'hebdomadaire « Outlook », la volonté du gouvernement de fermer plusieurs centaines de madrasas illicites bien que celles-ci dispensent un enseignement similaire à celui suivi par les talibans dans les madrasas pakistanaises !
     Comme à son habitude, Romila Thapar accuse, dans le « Times of India », le gouvernement indien de vouloir réécrire l'histoire de l'Inde à la couleur safran et de faire de la propagande dans les manuels scolaires. Et elle défend une nouvelle fois le mythe de l'invasion aryenne au mépris de toutes les découvertes récentes. Attitude qui relève plus de l'obscurantisme dont elle taxe le gouvernement indien que d'une ouverture d'esprit propre à tout vrai chercheur.

     Le prix Nobel d'économie Amartya Sen se fait quant à lui un point d'honneur d'avancer dans « Outlook » que les deux plus grands empereurs [indiens] n'étaient pas hindous – au passage notons que si cela est vrai pour Akbar, le cas d'Ashoka est contestable car avant d'opter pour le bouddhisme il était bien hindou. Pour Amartya Sen, l'Inde n'a jamais été une civilisation hindoue. Pour lui la civilisation indienne apparaît au environ de l'an 1000 av. J.-C. et a donc été très vite influencée par le bouddhisme. Il est donc déplacé à ses yeux de se revendiquer d'une quelconque civilisation hindoue comme le font les organisations hindoues. Il faut donc en déduire que pour Amartya Sen la civilisation de l'Indus-Sarasvati, dont les vestiges des villes de Harappa et Mohenjo-daro sont les plus brillants témoignages, qui remonte au moins à 3500 ans av. J.-C., n'avait rien d'hindoue.

     Un dossier sur l'Inde sans parler de la question du Cachemire aurait été forcément incomplet. Edward Luce dans un article du « Financial Times », Le Cachemire, objet de toutes les passions, nous explique, sans rappeler la genèse de la création de l'État islamique du Pakistan, que « l'Inde ne rendra jamais sa portion de Cachemire de bon gré au Pakistan bien que celle-ci soit majoritairement peuplée de musulmans et que, de ce fait, la communauté internationale, États-Unis compris, devra jouer un rôle plus actif dans la résolution du conflit. »

     Et comme chaque dossier du « Courrier International », celui-ci est introduit par un éditorial d'Alexandre Adler [2] dans lequel il se fait l'écho de ce salmigondis, accumulant allégations infondées et approximations historiques.

     Particulièrement affligeant !

 


 

Réponses adressées au Courrier International

 

À l'attention d'Alexandre Adler

    Cher confrère,

     Écrivain, journaliste et photographe français, j'ai été le correspondant en Inde et en Asie du sud du « Journal de Genève » pendant quinze ans, puis du « Figaro » durant huit ans. Je suis l'auteur « d'Un Autre Regard sur l'Inde » (Éditions du Tricorne), pour lequel je fus invité à Bouillon de Culture en mai 2000 (le livre a été réédité deux fois depuis) et je prépare un livre sur l'Inde pour Albin Michel.

     J'ai été extrêmement choqué par votre numéro du 31 janvier dernier, Inde, la fièvre hindouiste. Comme tous ceux qui connaissent bien l'Inde, je considère qu'un pays qui possède une majorité de 850 millions d'hindous, se doit d'avoir un gouvernement qui reflète une culture et une civilisation uniques au monde. Après tout, nous avons bien en Europe quantité de partis chrétiens-démocrates – et personne n'y trouve à redire. Tout au long de son histoire, l'hindouisme a fait montre d'une remarquable tolérance, permettant aux chrétiens de Syrie, aux marchands arabes, aux Parsis de Zoroastre, aux juifs de Jérusalem, aux Tibétains persécutés chez eux, de s'établir en Inde et d'y pratiquer leur religion en toute liberté, alors qu'en retour les hindous ont été en butte à toutes les invasions, les persécutions et les colonisations possibles. Aujourd'hui encore, on ne peut trouver plus tolérant, plus ouvert, mieux disposé envers l'esprit occidental et démo-cratique que les hindous.

     Contrairement à ce que vous dites, il existe un problème avec l'Islam en Asie du sud : l'Inde doit en effet non seulement faire face à une menace extérieure : Afghanistan, Pakistan – et même Bangladesh, qui donne refuge à des extrémistes – mais aussi à un problème interne au Cachemire et de la part de certains groupuscules islamistes indiens sponsorisés par le Pakistan et l'Arabie Saoudite. Ce n'est même pas ce que je pense, c'est ce que je vois depuis vingt ans. Pendant longtemps, cela n'a pas été politiquement correct à dire, mais aujourd'hui, après les attentats du 11 septembre, le monde occidental est en train de réaliser la menace islamiste à laquelle l'Inde est en butte depuis près de vingt ans.

     Quant au Cachemire, la situation là-bas n'est pas aussi simple que vous le pensez, et cela pour plusieurs raisons.

1) Il y a eu nettoyage ethnique au Cachemire : il y avait un million d'hindous dans la vallée du Cachemire au début du siècle, trois cent mille en 1947 et à peine quelques centaines aujourd'hui. Tous les autres ont dû fuir sous la terreur : villages entiers massacrés, femmes violées, enfants émasculés.

2) L'état du Cachemire constitue une mosaïque multiethnique : il y a effectivement une majorité musulmane dans la vallée, mais on y trouve également une majorité bouddhiste au Ladakh et une (légère) majorité hindoue à Jammu, qui fait également partie de l'État du Cachemire.

3) Personne ne sait que les Chinois tirent quelques ficelles au Cachemire, cela pour contenir l'Inde, qu'ils considèrent à juste titre comme leur adversaire principal en Asie (militaire, nucléaire, économique) ; ils ont ainsi armé de nombreux mouvements séparatistes dans le nord-est de l'Inde et ont été jusqu'à donner aux Pakistanais la technologie nucléaire nécessaire à la fabrication de la bombe « islamique » (rapports de la CIA au Sénat américain).

4) Après l'assassinat du journaliste Daniel Pearl, les Américains se rendent de plus en plus compte qu'il est malaisé de combattre le terrorisme avec le terrorisme : le principal responsable du kidnapping est un terroriste pakistanais, Omar Shaikh, qui avait été relâché par les Indiens lors du détournement d'un avion Katmandu-Delhi des lignes intérieures indiennes en décembre 1999.

5) Le point de vue pakistanais doit être également défendu : dans (l'absurde) logique de la partition du sous-continent, la vallée du Cachemire aurait dû revenir au Pakistan.

6) Bien évidemment, le scénario d'une guerre nucléaire doit être évoqué, car en sus des tensions indo-pakistanaises, le contentieux frontalier sino-indien, est, à mon avis, encore bien plus dangereux.

     Vous allez me rétorquer – avec raison – que tous les articles publiés par votre magazine ont été écrits par des journalistes indiens et tirés de la presse indienne. Mais un certaine frange des médias indiens, tels les magazines Outlook, Frontline, ou le journal Hindu, s'accroche désespérement à une Inde nehruvienne, marxisante, congressiste, qui est en train de se faire complètement supplanter par une Inde plus nationaliste, capitaliste et hindoue... Ces gens-là croquent de l'hindou à longueur de journée, une vieille habitude des colons anglais, reprise par le parti du Congrès, qu'avait déjà remarquée Alain Daniélou dans son « Histoire de l'Inde » (Fayard). Il est vrai également que la presse française est influencée par nos « spécialistes » de l'Inde du CNRS et du CERI, qui nous rabâchent constamment les même poncifs : les castes, le « fondamentalisme » hindou, Ayodhya, les minorités « persécutées » en Inde. Mais ne sont-ils pas en train de se planter, comme se plantèrent les journalistes et écrivains qui ignorèrent la montée de la Chine il y a 30 ans ? Je sais de source sûre que certains indianistes français ont conseillé à Lionel Jospin d'attendre la chute du gouvernement BJP avant d'entreprendre un voyage officiel en Inde. Du coup, Jospin est le seul homme d'État à ne pas s'être rendu ici. Encore une fois, les Français vont se faire brûler par les États-Unis, qui sont en train d'investir l'énorme marché indien, alors que la France bénéficie d'un capital de sympathie en Inde bien plus important que celui des Américains?

     Et si le Bharathiya Janata Party et les groupuscules dont il est issu, tel le RSS (que vous avez montré en couverture), allait être le parti dominant le sous-continent indien dans les prochaines décennies à venir ? Car, malgré la propagande vicieuse de certains indianistes, aucun de ces groupuscules hindous n'a jamais été violent; et hormis la destruction de la mosquée d'Ayodhya, dont les communistes et les musulmans indiens on fait grand cas, ces partis hindous sont démocratiques, ouverts à l'Occident et généralement totalement inoffensifs.

     Je vous serais reconnaissant de publier cette lettre dans votre rubrique « Regards », afin de rééquilibrer le côté unilatéral de votre numéro sur l'Inde

     Amicalement

François Gautier

 

(Écrivain, journaliste et photographe français, François Gautier, né à Paris en 1950, fut le correspondant en Inde et en Asie du Sud du Figaro pendant plusieurs années. Il est actuellement correspondant pour l'Asie du Sud au journal Ouest-France. Il vit en Inde depuis plus de trente ans, ce qui lui a permis d'aller au-delà des clichés et des préjugés qui ont généralement trait à ce pays, clichés auxquels il a longtemps souscrit lui-même comme la plupart des correspondants étrangers en poste en Inde (et malheureusement aussi la majorité des historiens et des indianistes).
François Gautier a été invité à présenter Un Autre Regard sur l'Inde à l'émission Bouillon de Culture en juin 2000.)

 

 

Monsieur Adler,

     « La fièvre hindoue » n'a jamais tué personne. Ni ceux qui la portent soi-disant, ni ceux qui, comme vous, en toute ignorance, la méprisent. Elle n'a jamais heurté personne. Elle ne porte pas et ne portera jamais de AK47.

     La Chine a attaqué l'Inde en 1962. Le Pakistan (pays islamique fondé sur la haine et qui ne sait que la propager) a attaqué l'Inde quatre fois. L'Inde s'est défendue bravement, toujours, et victorieusement en dépit des aides internationales allant toujours au Pakistan (plate-forme stratégique pour intérêts pétroliers et autres). Hélas les gouvernements de l'Inde ont toujours été assez bêtes pour redonner à l'ennemi ce que les lourdes pertes en sang versé avaient sauvé de terre.

     L'Inde hindoue que vous accusez n'a jamais envahi un pays voisin, n'a jamais fait la guerre à quiconque. En aucun autre pays, les minorités religieuses ne jouissent de tant de libertés et de faveurs comme c'est le cas en Inde. C'est le pays de la tolérance comme nul autre au monde. Disons aucun autre dont la population serait encore vivante : les 120 millions d'Indiens d'Amérique décimés (le chiffre reste incertain) ne sont plus là pour témoigner (sauf un échantillonnage dans quelques réserves) des massacres et des tortures infligés par vos églises diverses.

     Les Indiens d'Amérique, comme les Indiens de l'Inde, comme beaucoup d'autres peuplades, étaient trop raffinés. Je n'irai pas dans le détail des centaines de millions d'êtres décimés par la religion « paisible et éclairée » de l'Occident. Qui continue « d'apporter la lumière » et son prosélytisme agressif de la « vraie religion », dévastant foyers, communautés, tribus entières, avec d'amples fonds pour permettre « la récolte des âmes ». Cette imposture est permise encore aujourd'hui en Inde – tolérance auto-destructrice.

     Je ne parlerai pas non plus du passé de l'islam ni de son futur qui vous promet un monde uni lorsque les résistants à Mahomet et à la sharia seront éliminés.

     Vous sélectionnez dans la presse indienne pour « attestation de véracité » les magazines hostiles à la culture indienne ! Pourquoi pas les autres, si vous étiez un tant soit peu intéressé à informer ? Vous interviewez des Indiens marxistes dits « historiens » ou érudits, valorisés à vos yeux par leur négation de toute civilisation indienne – soit-disant historiens ou intellectuels considérés comme obsolètes en Inde. Qui mutilent l'histoire de l'Inde suivant les théories et la mécanique de (non-)pensée marxiste-maoïste. D'où vous vient cet intérêt pour une pensée si périmée ? pour les fantômes de ces édifices tombés ?

     D'où vous vient donc cet acharnement à vilipender ce pays qui a toujours accueilli les réfugiés, embrassé les immigrants, avec ce profond respect pour la diversité des cultures. Où la communauté juive a toujours vécu en totale liberté et harmonie avec les populations locales, pendant que l'Occident éclairé persécutait ses frères et sœurs ?

     Pourquoi cette campagne de mensonge éhontée ? Pour qui prenez-vous vos lecteurs ? Quel est le but ?

     Est-ce le morcellement de l'Inde (déjà bien entamé par le prosélytisme violent et sécessionniste, par les maoïstes de la Chine et par l'islam.) que vous cherchez ? Est-ce une préparation pour assurer vos lecteurs que l'Inde est fanatique, quasi-nazie, bref « horrible » (même si l'on ne sait pas pourquoi !) et le Pakistan, l'enfant chéri, principale source de terreur dans le monde, est admirable ? Bref que l'Inde est essentiellement mûre pour les futurs bombardement américains ?

     Vous parlez du nationalisme hindou, comme d'une plaie. On parle en Occident de « droite hindoue », mais M. Adler, l'Inde n'a jamais eu ni de « droite » ni de gauche, ces notions importées d'Occident n'y ont pas de sens, sauf pour des intérêts politiques particuliers. La civilisation indienne n'a jamais connu que le Centre.

     Ces propos ne tiennent pas d'un idéal ni d'idées. Je vis depuis de nombreuses années en Inde, étudiant les origines de sa civilisation et la richesse de sa culture. Nous vivons au cœur de la population et en contact avec différents milieux. Avons des yeux pour voir, et un discernement pour comprendre. Nous sommes fatigués de vos campagnes de mensonge éhonté.

     Est-ce l'inconnu et le différent qui hérisse le monde occidental ? Est-ce ignorance ? aveuglement ? Perversion politiquement correcte ?

Nicole Elfi


(Nicole Elfi vit en Inde depuis plus de vingt cinq ans, elle est l'auteur du livre Satprem, par un fil de lumière, publié aux Éditions Robert-Laffont)

 

 

Messieurs,

     J’ai vécu plusieurs années en Inde où je retourne régulièrement. J’y ai aussi de nombreux contacts. C’est un pays que je connais donc assez bien et que j’aime profondément. Aussi, j’ai été très choqué par l’édition du « Courrier International » n° 547 du 31 janvier.

     Sa couverture et son titre racoleurs L’Inde, la fièvre hindouiste sont de la pure manipulation médiatique. Et on voit bien ce que vous essayez d’évoquer auprès du public : l’Inde serait prise par la fièvre fascisante d’un supposé « nationalisme hindou ». Cela relève plus du sensationnalisme que du journalisme.

     Quant à votre dossier sur l’Inde, il manque totalement d’objectivité et présente une image fausse et biaisée de la situation qui prévaut actuellement dans ce pays. Image que veulent projeter les opposants au BJP, et il est vraiment regrettable que vous la propagiez. Est-ce volontaire ou accidentel ?

     Comme à chaque élection qui ont lieu en Inde, et il y en a sous peu en Uttar Pradesh, les pythies du Congrès et de la pseudo-intelligentsia occidentalisée d’obédience marxiste, dont Romila Thapar est une des chefs de file, entonnent régulièrement le refrain de la menace que ferait peser sur la démocratie indienne le BJP et les organisations hindoues, notamment le RSS. Déjà, avant les élections de 1998 et la victoire du BJP, elles nous annonçaient les pires calamités qui allaient s’abattre sur les minorités en Inde si le BJP accédait au pouvoir. Depuis rien de tout cela ne s’est produit, et au contraire une baisse des conflits intercommunautaires a même été enregistrée. Il est maintenant reconnu de tous que ces conflits ont été beaucoup plus limités dans tous les États gouvernés par le BJP ou ses alliés qu’ils ne l’étaient dans ces mêmes États lorsque le Congrès était au pouvoir.

     D’autre part, l'article d'Alexandre Adler, comme d’autres dans ce dossier, sont entachés d’erreurs grossières qu’une analyse plus approfondie des sujets abordés aurait permis d’éviter. Sans pouvoir rentrer dans le détail, malheureusement, citons tout d’abord le Cachemire. Contrairement à ce que Alexandre Adler écrit, cet État ne faisait absolument pas partie des provinces rattachées au Pakistan lors de la partition. Bien au contraire, comme le lui permettait « l’Indian Independance Bill », le Maharadjah Hari Singh opta pour l’Indépendance de son État qui fut envahi après le 15 août 1947 par des mercenaires pakistanais. Hari Singh fit alors appel à New Delhi et demanda le rattachement de son État à l’Union indienne. L’acte d’accession du Cachemire à l’Inde fut signé le 26 octobre 1947. Ce que semble (ou veut ?) méconnaître aussi Monsieur Edward Luce du « Financial Times ». Et si aujourd’hui Delhi est prêt à reconnaître la ligne de contrôle comme frontière avec le Pakistan, ce dernier ne l’entend pas de la sorte. Par tous les moyens, y compris le terrorisme, comme cela est aujourd’hui largement avéré, il cherche à amener le Cachemire dans son giron.

     Toujours au sujet du Cachemire Alexandre Adler écrit aussi qu’Il n’y aura pas de phase deux de la négociation du fait des événements dramatiques qui découlèrent de la partition de l’Inde et entraînèrent le durcissement de la frontière ouest. Mais ce que vous ne précisez pas, – le savez-vous au moins ? –, c’est que l’État islamique du Pakistan fut créé pour et par les musulmans sous la pression des fondamentalistes de la Ligue Musulmane de Mohammed Ali Jinnah, alors que l’Union indienne optait pour la démocratie. Et les terribles massacres qui suivirent la partition commencèrent au Pakistan où les musulmans attaquèrent les « infidèles » hindous qui finirent par répliquer. Et pendant que les musulmans de l’Inde et du Pakistan chantaient partout, comme l’écrit Alain Daniélou dans son « Histoire de l’Inde », « nous avons eu le Pakistan pour une chanson, Delhi nous coûtera une bataille » [...] les hindous du Pakistan [infidèles au yeux de l’Islam] furent spoliés, massacrés, privés de droit civique et de protection. Les survivants quittèrent en masse leurs maisons, leurs terres, leurs villages, dans un exode qui fut l’un des plus effarants des temps modernes et n’est pas encore terminé. Tandis que plus de la moitié des musulmans choisirent de rester dans l’Inde démocratique et laïque où ils conservaient leurs biens et leurs droits. Et si aujourd’hui 130 millions de musulmans vivent en Inde, la communauté hindoue du Pakistan et du Bangladesh, où elle est victime de pogroms réguliers, s’est réduite à une peau de chagrin. Il y avait 25% d’hindous avant la partition dans ce qui devint le Pakistan, 15% après et environ 1% aujourd’hui !

    Au sujet de la situation actuelle entre l’Inde et le Pakistan vous écrivez que Musharraf et Vajpayee sont condamnés à reprendre les choses là où leurs prédécesseurs les avaient laissées. Mais Monsieur Adler ignore-t-il donc la poignée de main historique de Lahore, le 28 février 1999, à l’initiative du Premier Ministre indien, Monsieur Atal Behari Vajpayee, pourtant qualifié péjorativement de « nationaliste hindou », avec son homologue pakistanais Nawaz Sharif ? Initiative qui instaurait un climat de détente sans précédent entre les deux pays. Mais le Général Musharraf, l’actuel dictacteur pakistanais alors chef des armées, trahissant une nouvelle fois la confiance de New Delhi, allait en profiter pour organiser et lancer l’opération de Kargil qui conduisit à un regain de tension entre les deux pays. Et si une « vraie » guerre fut évitée, in extremis, c'est parce que Bill Clinton fit pression sur le Premier ministre pakistanais Nawaz Sharif afin qu’il ordonne le retrait de l'armée et des terroristes islamistes infiltrés sur le territoire indien dans les hauteurs de Kargil.

     L'ignorance de cette rencontre de Lahore se révèle aussi dans votre chronologie Vingt ans d’instabilité dans laquelle il n’est fait nulle mention de cet événement.

     Rappelons aussi que malgré l’implication de Musharraf dans l’opération de Kargil, A.B. Vajpayee l’invita au sommet d’Agra en 2001.

     Je ne vois pas non plus quel fait autorise Alexandre Adler à écrire que A.B. Vajpayee rejette l’Islam. C’est de la pure affabulation, rien dans ses propos et actes ne le permet. Au contraire, je pourrais citer à titre d’exemple, en plus de la poignée de mains de Lahore, l’amélioration progressive des relations entre l’Inde et le Bangladesh, république islamique, initiée sous la législature d’A.B. Vajpayee qui a permis la mise en place d’un service de bus direct entre Dacca et Calcutta en 1999. Un projet de liaison ferroviaire entre les deux voisins était en cours d’élaboration jusqu’à la victoire de l’opposition fondamentaliste musulmane pro-pakistanaise conduite par Khaleda Zia, la veuve du général Zia Ur-Rahman, aux élections législatives d’octobre 2001.

     D’autre part, Alexandre Adler met sur le même pied Musharraf et A.B. Vajpayee. Aurait-il oublié que son « Atatürk » soutenait financièrement, militairement et logistiquement, – et ce jusqu’au 11 septembre 2001 –, les talibans ainsi que le terrorisme islamique transfrontalier non seulement au Cachemire mais dans l’Inde entière ? Rappelons que les auteurs de l' attentat terroriste du 1er octobre 2001 contre le Parlement du Cachemire étaient des militants du groupe islamiste Jaish-e-Mohammed, organisation ayant pignon sur rue au Pakistan et que ceux ayant perpétré celui contre le Parlement indien du 13 décembre étaient des Pakistanais [1].

     On comprendra aisément les méfiances de New Delhi vis-à-vis du parangon de la lutte anti-terroriste d’Islamabad.

     Pour terminer au sujet de article d'Alexandre Adler, concernant la question communiste et les capables leaders marxistes des grands états comme l’écrit, voici quelques chiffres qui vous feront peut être réflechir : d’après « l’Indian Express » du 16 décembre 1999, il y aurait eu, en 1998, 165 décès dus à des actes de violence politique au Bengale communiste de Jyoti Basu. Et en 1999 ce record était sur le point d’être battu. Le Kérala communiste n’est pas en reste. Parmi les victimes, principalement des opposants politiques au gouvernement communiste. Mais sur cet extrémisme marxiste là, farouchement anti-hindou, rien dans nos médias.

     Quelques points rapidement en ce qui concerne les autres articles de votre dossier.      Dans votre « Chronologie », à l’année 1999-2000 sont évoquées des violences contre les chrétiens auxquelles les organisations nationalistes hindoues sont soupçonnées d’y être impliquées. Vous semblez totalement ignorer le résultat de l’enquête de la commission du Juge Wadhwa qui a innocenté totalement les organisations hindoues de toute participation dans une quelconque campagne de violence envers la minorité chrétienne cette année là. Ce qu’a confirmé le rapport de la National Commission for Minorities (NCM) paru en Inde en février 2001. Ce rapport conclut qu' aucun parti politique en particulier, aucune organisation, religieuse ou non, n'a orchestré les attaques dont ont pu être victimes des chrétiens. Ce sont des actes individuels isolés. Par contre, ce rapport condamne les médias pour leur empressement à établir ce genre de conclusion – comme vous le faites dans votre journal.

     Dans votre rubrique « Organisation », au sujet du RSS nous pouvons lire que MS Golwalkar a préconisé une politique de discrimination à l’égard des musulmans et des autres minorités religieuses. Or, savez-vous que les volontaires de cette organisation, que vous qualifiez de « miliciens », se dépensent sans compter lors des catastrophes qui frappent l’Inde afin de porter secours à tous sans aucune discrimination religieuse, sociale ou de caste, comme ce fut le cas lors du terrible cyclone en Orissa en 1999 et du tremblement de terre au Gujarat en janvier 2001.

     Messieurs, vous êtes journalistes ? Eh bien démarrez une enquête digne de ce nom sur le RSS, et je vous mets au défi de trouver quoi que soit de « fasciste » dans cette organisation.

     Quant à l’article L’Islam dans le collimateur, là, franchement, chapeau Monsieur Saba Naqvi Bhaumik. Qui ne trouvera pas légitime que le gouvernement d’un pays en proie au terrorisme d’organisations islamistes décide de sévir contre des madrasas – qui plus est illégales et dont le programme a été adopté par celles qui ont formé les talibans au Pakistan ! Le contraire serait tout simplement irresponsable après le 11 septembre, l’attentat du 1er octobre contre le Parlement cachemiri, l’attentat du 13 décembre contre le Parlement indien et celui de janvier contre un centre culturel américain à Calcutta. Alors que la plupart des gouvernements en la circonstance ont pris des mesures spéciales (fouilles des voitures, contrôle des communications, etc.), Monsieur Bhaumik nous présente celles du gouvernement indien comme une campagne des extrémistes hindous. Là, les bras m’en tombent !

     Comment est-il possible que la direction de la rédaction du « Courrier International » n’ait pas relevé le ridicule de ces arguments ainsi que leur caractère fallacieux ?

     À titre d’exemple du caractère spécieux des arguments avancés par Monsieur Bhaumik, citons celui du financement de ces madrasas par des fonds étrangers. Si effectivement le VHP reçoit des dons de l’étranger, les bâilleurs de fonds de la plupart des madrasas indiennes ne sont pas n’importe quelle nation : L’Arabie Saoudite et les Émirats Arabes Unis. Celles là même qui financèrent et financent encore aujourd’hui les madrasas pakistanaises où naquit le mouvement taliban et qui abritent les membres des organisations islamistes les plus rigoristes. Il est largement avéré aujourd’hui que ces nations soutiennent le fondamentalisme islamique international, de la Bosnie à la Tchétchénie en passant par nos banlieues.

     Et c’est ce fondamentalisme islamique, entre autre, qui menace la cohésion de la société indienne.

     Non, Messieurs, on ne peut pas publier n’importe quoi. La déontologie de votre métier exigerait plus de professionnalisme et vous devriez avoir à cœur de publier un dossier plus réaliste et sérieux sur l'Inde.

     Bien cordialement,

Laurent Baldo

(Laurent Baldo, a vécu sept ans en Inde, pays où il retourne régulièrement et où il a de nombreux contacts. Il est membre fondateur de l'association Jaïa-Bharati dont il est Président.)

 

[1] Depuis la parution de ce dossier, le dictateur pakistanais n'a montré aucune volonté d'éradiquer le terrorisme transfrontalier qui émane du Pakistan (voir l'article Le Pakistan un état terroriste).

 

 

 

     
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