href="ayodhya/index.htm" href="cachemire/index.htm" href="culture/index.htm" href="invasion/index.htm" href="histoire/index.htm" href="indiatoday/index.html" href="contes-legende/krishna-leela/index.htm" Jaia Bharati, génie indien, Sri Aurobindo, culture indienne, aryen, veda, information sur l'Inde, exposition sur l'Inde, Frédéric Soltan, Dominique Rabotteau, Inde des Dieux et des Hommes, Inde de la mer et des Hommes, Revue de l'Inde, François Gautier, Les Belles Lettres


















La Revue de l'Inde


L'INDE FAIT-ELLE PEUR AUX INDIANISTES ?

(numéro 9)

Revue trimestrielle (octobre - décembre 2007)

 

La Revue de l'Inde N°9 : L'Inde fait-elle peur aux indianistes ?Éditorial

     Comme nous le montre le sondage de la BBC, dont nous parlerons plus loin dans ce numéro spécial consacré à l'indianisme français, de nombreux clichés – qui n'ont plus toujours lieu – continuent à s'attacher obstinément à l'Inde.

     L'indianisme français, dont la mission – sponsorisée par l'Etat – est de nous informer sur l'Inde, remplit-il donc bien sa tâche ? Les indianistes du CNRS ou de l'EHESS, ne se sont-ils pas trop attardés sur les problèmes ultra connus et médiatisés de l'Inde : castes, intouchabilité, pauvreté, fondamentalismes, négligeant ainsi de parler de son indéniable potentiel ? Ou alors ne se sont-ils pas enferrés dans des sujets trop pointus : temples chola du XII ème siècle, procession rituelle dans le Karnataka, rite de la Sati dans l'hindouisme… ? Peut-on parler de l'Inde sans y vivre ? Autant de questions que La Revue de l'Inde a posées à tous, donnant aussi bien la parole aux indianistes qu'à leurs critiques.

     La Revue de l'Inde se devait également de célébrer le centenaire (1907-1994) d'Alain Daniélou, sanscritiste, musicologue, écrivain, historien et peintre. Alain Daniélou a su prêter sa voix à la culture indienne traditionnelle, sans retour critique, mais avec un grand effort de fidélité. Son Histoire de l'Inde vient d'être rééditée par Fayard pour la énième fois et son Mythes et Dieux de l'Inde (Le Rocher) constitue l'explication la plus cartésienne de ce qu'est la philosophie hindoue.

     Jean-Yves Lung, fidèle collaborateur de La Revue de l'Inde, vous présente ce dossier, qui nous l'espérons, engendra un dialogue avec ceux qui ne tolèrent pas toujours la diversité d'opinions. Emilie Klein, notre rédactrice en chef adjointe, l'a mis patiemment bout à bout ; et Ekta Bouderlique a coordonné ce Spécial en France.

     Bonne Lecture

     François Gautier

 

Et si les hindous osaient explorer leur propre culture ?

Jean-Yves Lung


( Jea
n-Yves Lung, collaborateur permanent de La Revue de l'Inde,
est professeurau centre international d'éducation à Auroville)

 

     Ce numéro de la Revue a offert aux indianistes comme aux hindous la possibilité de s'exprimer sur la façon dont l'hindouisme est construit comme objet de représentation. C'est un sujet qui soulève beaucoup d'amertume de part et d'autres : les indianistes se voient accusés d'une pensée occidentalo-centrée qui dénature l'hindouisme et le dévalorise, tandis que les hindous se voient suspectés, voire accusés, d'entretenir un agenda politique dès lors qu'ils tentent de défendre la valeur de leur culture. Le débat est systématiquement dévié du fait qu'en Europe comme en Amérique, il met en cause la légitimité du savoir universitaire, alors qu'en Inde, il est politisé du fait de la division entre partis qui se réclament d'une laïcité modernisatrice et ceux qui se réclament des valeurs et de l'identité hindoues. Quoique l'on dise, on sera accusé par l'un ou l'autre bord, voire par les deux, des plus sombres intentions.

     Le débat mérite mieux que cela, car il soulève une question de fond concernant les méthodes mêmes de la connaissance appliquée à une culture. Une culture, c'est quelque chose qui vous nourrit. Vouloir comprendre une culture en refusant d'être nourri par elle est une impossible tentative : ce que l'on saisit est autre chose : une construction mentale qui utilise les éléments culturels étudiés comme matière première de ses propres créations : Sans ouverture à l'autre, nous ne parlons que de nous-mêmes. La culture occidentale peut alors apparaître comme un empire qui soumet les autres peuples à son discours. Mais est-ce si simple ? Une approche qui se veut objective se doit de souligner les insuffisances comme les vérités de chaque côté.

     Du côté universitaire, il faut d'abord rendre justice à la riche contribution de l'indianisme, qui a mis à jour les textes indiens, établi les dictionnaires et les éditions critiques. C'est là un formidable de travail de connaissance, qui heureusement se poursuit, sans lequel la culture hindoue serait encore inconnue et qui a été accompli avec la probité intellectuelle propre à la culture scientifique. Hélas, on ne peut pas dire que ce travail se soit accompagné d'un souci de comprendre l'autre et sans doute cette compréhension était-elle impossible : les cultures européennes et indiennes reposant sur des paradigmes si différents qu'ils sont presque opposés, il semblait que l'une dût céder face à l'autre et accepter d'être pensée par elle plutôt que de se penser elle-même. Ainsi l'Occident a-t-il mis l'Inde à la question, comme pour lui faire avouer l'inavouable et la convaincre de ses insuffisances, projetant sur une culture qu'il ne comprenait pas ses catégories inadéquates ou ses fantasmes préférés. Il est compréhensible que les hindous refusent de se laisser ainsi déposséder de leur sens et de se retrouver réduit à l'état d'objet ethnologique en voie d'être civilisé par l'Occident.

     Pourtant, nous ne pouvons pas renoncer au droit de questionner et d'explorer librement, si mal utilisé qu'il ait été. C'est là une conquête de l'esprit humain sur l'autorité des traditions et une condition pour que l'effort de connaissance grandisse sur ses propres bases. Cette liberté d'explorer et de commenter a existé pleinement dans l'Inde ancienne, mais elle a dépéri au profit d'une transmission fidèle de l'héritage. Grâce à la vénération des hindous pour leurs textes sacrés, ces derniers nous ont été transmis pratiquement intacts au cours des millénaires mais cette vénération interdit aujourd'hui toute libre exploration et interprétation des textes. Défiés par l'Occident sur l'interprétation des védas ou des oupanishads, les hindous ne peuvent pas répondre si ce n'est en citant les autorités du passé, qu'ils s'interdisent de soumettre au questionnement. Réciter les anciens mantras avec joie et amour est pour eux plus important que les comprendre, comme s'ils sentaient que la joie et l'amour étaient plus vrais et plus utiles que la connaissance pour garder le sens d'être ce qu'ils ont été à travers les âges. L'amour est toujours respectable mais une culture ne peut démissionner des exigences de la connaissance, sauf à se voir déposséder d'elle-même par ceux qui tentent l'aventure à sa place. Et c'est ce qui est arrivé à l'Inde comme à d'autres. Aujourd'hui. Les indianistes savent bien que les pandits indiens auxquels ils ont recours ont une connaissance des textes et de la langue dont ils ont besoin pour leur propre travail, mais ils savent aussi qu'ils ne peuvent partager avec eux le besoin de comprendre et d'explorer.

     Tant que les indiens n'auront pas décidé d'entreprendre eux-mêmes l'exégèse de leurs textes, de partir à une redécouverte et une refondation de leur propre culture, ils seront toujours dans une position défensive. Et ce serait une grande perte pour tout le monde s'ils ne le faisaient pas, car l'ancienne culture indienne était éminemment une culture de la connaissance, et elle garde en elle des trésors : une richesse conceptuelle unique ainsi que des méthodes d'élucidation et de maîtrise qu'elle seule a su conserver. Le monde a besoin de l'Inde mais pas d'une Inde qui répète son passé sans chercher à le comprendre, encore moins d'une Inde qui s'efforce d'imiter l'Occident, il a besoin d'une Inde qui accepte d'être à nouveau créatrice dans les domaines de la conscience et de l'action, sur ses propre bases, certes, mais capable d'embrasser et d'inclure tout ce que l'Occident a su glaner au cours des siècles. Ce travail de synthèse, il se pourrait qu'elle soit la seule à pouvoir l'effectuer, car elle seule a su dire que toutes les voies sont possibles et légitimes et que la seule Vérité qui soit vraie, transcendante à toute connaissance et condition de toute connaissance, est celle qui sait tout inclure. Si l'Occident défie l'Inde quant au sens et à l'utilité de sa culture, il est dans son rôle, et il appartient aux indiens de relever le défi dans son intégralité.

 

 

Prix au numéro : 11 euros
La Revue de l'Inde
Revue généraliste
11 euros / 172 pages
 
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